09.05.2008
Vers le retour des farines animales ?
Il est par exemple indispensable d’alerter l’opinion sur la possibilité d’un retour prochain des farines de viandes et d’os dans l’alimentation animale. Depuis de nombreux mois, les producteurs de porcs français et européens plaident pour le retour de ces farines dont l’utilisation est interdite depuis la crise de la vache folle. Les farines ont été remplacées par des céréales dans l’alimentation des porcs. Confrontés à l’augmentation des cours mondiaux des céréales, les producteurs espèrent du retour des farines une économie de 4 centimes par kilo de viande !

Le gouvernement français est réticent mais l’union européenne semble plus réceptive. Il est vrai que porcs et volailles sont omnivores et non végétariens et que d’un point de vue purement zootechnique l’utilisation des farines animales n’a rien d’aberrant. L’histoire a néanmoins montré les dangers de cette pratique et la nécessité d’un encadrement très rigoureux. La volonté d’utiliser les farines pour baisser les coûts de production n’est pas rassurante car elle s’inscrit dans un contexte où des producteurs aux abois risquent de faire peu de cas des règles sanitaires.
La maîtrise sanitaire de l’alimentation nécessite une attention toujours accrue. La diffusion de plusieurs études récentes montrant l’omniprésence des pesticides dans les aliments nous rappelle que la priorité doit être donnée à la mobilisation des acteurs et à la recherche de nouvelles améliorations. Le retour des farines aurait une très grande portée symbolique et serait perçue par tous, producteurs comme consommateurs, comme un signe de relâchement de l’effort collectif mené au bénéfice de la protection de la santé.

19:30 Publié dans A la une: nouveaux désordres agricoles | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note
06.05.2008
Bilan des municipales : une nouvelle vision des enjeux territoriaux
En dix ans, notre perception des territoires a été complètement bouleversée. Une vie locale essentiellement communale a laissé place à des enjeux territoriaux plus larges avec notamment les conséquences de la montée en puissance de l’intercommunalité et de l’étalement urbain. Les dernières élections municipales ont témoigné d’une prise de conscience encore plus forte de ces transformations.L’aire urbaine de Nantes couvre désormais une large partie du département. Les citoyens y sont confrontés aux mêmes enjeux d’accès au logement et à l’emploi, de déplacement, de qualité de vie. Lors des récentes élections municipales, les candidats de gauche n’ont pas eu peur de proposer des projets locaux qui rompaient avec l’enfermement municipal pour prendre à bras le corps ces nouveaux enjeux. Mon collègue Dominique Tremblay par exemple, candidat à Varades, a dès le début de la campagne mis au cœur de sa démarche la question du sens à donner au développement de sa commune à mi-chemin entre Nantes et Angers. Poser ainsi les enjeux était osé et courageux. Il a été brillamment élu. De même, les victoires municipales de la gauche dans les pôles périurbains que sont Blain, Clisson, Vallet et Saint-Philbert-de-Grand-Lieu, ainsi que le basculement à gauche de la Communauté de Communes Erdre-et-Gesvres, témoignent d’une profonde évolution des attentes des populations.
Nous irions droit à l’échec si la ville centre restait sourde à ces préoccupations. L’évolution de la réflexion de Jean-Marc Ayrault sur la stratégie de développement de Nantes témoigne au contraire d’une prise en compte croissante des enjeux d’aménagement du territoire à l’échelle de l’aire urbaine voire au-delà.
Au cours de son premier mandat, entre 1989 et 1995, Jean-Marc Ayrault s’est attaché à réveiller Nantes et à relancer ses structures intercommunales avec la création du district en 1992. Son second mandat a donné la priorité au rapprochement avec Saint-Nazaire et la construction d’un projet métropolitain. Le début de son troisième mandat, en 2001, a vu se concrétiser ces orientations avec la création de la Communauté Urbaine et celle du SCOT (Schéma de Cohérence Territoriale), fédérant l’ensemble des territoires situés entre Saint-Nazaire et Nantes autour d’une vision commune des déplacements et de l’habitat.
Je faisais partie de ceux qui considéraient que ce formidable mouvement n’était encore pas suffisant car les institutions créées et les politiques mises en place ne concernaient que la moitié de l’aire urbaine de Nantes, qui comprend aujourd’hui plus de 100 communes. Le projet métropolitain présenté aux électeurs en 2008 permet de franchir de nouvelles étapes. C’est désormais l’ensemble de l’aire urbaine d’une part, et le réseau des villes de l’Ouest d’autre part (je traiterai ce point dans une prochaine note), qui deviennent les nouvelles frontières de notre action politique.Dans le cadre de ce projet, de nouvelles pistes d’intervention sont proposées :
- La mise en place d’une coordination permanente entre Nantes Métropole et l’ensemble des autres intercommunalités proches
- Une recherche d’interconnexion des transports urbains et périurbains, en partenariat avec le Conseil Régional et le Conseil Général pour offrir des transports collectifs de qualité à tous les habitants de notre bassin de vie
- La création de zones d’activité économiques communes à plusieurs intercommunalités afin de développer des pôles d’emploi à la périphérie de l’agglomération en préservant une solidarité financière et en luttant contre le dumping fiscal.
Ces trois questions sont cruciales pour réussir un développement durable et équilibré de notre territoire. Les élus de droite sont aujourd’hui dos au mur. Ils auront le choix entre s’engager dans ces coopérations et solidarités ou s’enfermer dans leurs donjons locaux.
10:55 Publié dans Agir dans les territoires | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note
03.05.2008
Biométrie* et informations numériques : Big brother est-il à nos portes ?
Jacques le Goff passe en revue les dispositifs qui génèrent des informations sur les individus, informations qui deviennent autant de traces des moindres actes de notre vie quotidienne. Il ne s’agit plus seulement de fichiers informatiques surveillés par la CNIL ou du fichier national des empreintes génétiques. Les sujets émergents semblent innombrables et surtout se multiplier à très grande vitesse : développement de la biométrie, avec en perspective une carte d’identité biométrique, projet d’une carte vitale 3 contenant une large partie du dossier médical, traçabilité des actes d’achat sur internet ou dans la grande distribution, informations de localisation liées au GPS, données conservées par les cartes à puce dont l’usage se développe dans les transports...

Comme l’indique Jacques le Goff « Le plus préoccupant est moins le perfectionnement des techniques que la facilité avec laquelle nos société s’en accommodent », sans apparemment craindre que ces dispositifs puissent un jour être utilisées pour contrôler les pratiques sociales et encadrer les libertés individuelles.
Je peux témoigner de cette facilité de diffusion des technologies numériques à travers l’exemple, qui en surprendra peut-être certains, des lycées de la région. En effet, plusieurs d’entre eux avaient décidé, après accord de leur conseil d’administration, d’adopter la biométrie pour contrôler les accès aux cantines scolaires. Il s’agissait par exemple de procéder à un double contrôle par code secret et empreinte digitale. L’objectif visé était de simplifier la gestion des accès et d’éliminer les risques de fraude.
S’agissant de restauration scolaire et d’équipement des lycées, l’autorité de tutelle est le Conseil Régional. Confrontés à ces différents projets, les élus de gauche de la majorité de la commission éducation et enseignement supérieur du Conseil Régional des Pays de la Loire, dont je fais partie, ont décidé de les suspendre, pour prendre le temps d’une réelle réflexion approfondie. Nous souhaitons ainsi éviter que des décisions soient prises pour des motifs utilitaires sans que tous les enjeux qu’elles soulèvent ne soient débattus collectivement.
* Depuis quelques années, le mot biométrie est utilisé également dans le sens plus restrictif de l'identification des personnes en fonction de caractéristiques biologiques telles que les empreintes digitales, les traits du visage, etc.
12:25 Publié dans Demain se décide aujourd'hui | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note
29.04.2008
A Nantes Métropole aux cotés de Jean-Marc Ayrault

Avec mes collègues Bernard Aunette et Patrick Cotrel, nous avions participé à une première réunion en décembre 2007, suite à notre élection à Sainte-Luce, mais ce second conseil était l’occasion de s’inscrire pleinement au sein des instances de Nantes Métropole. Bernard Aunette, Maire de Sainte-Luce, est ainsi devenu vice-président en charge de l’action foncière, sujet important pour l’ensemble de l’agglomération et notamment pour notre commune.
Je fais partie d’une génération pour qui l’engagement communal est indissociable d’un projet d’agglomération. C’est en effet à cette échelle que se joue l’avenir du territoire qu’est le bassin de vie dans lequel chacun d’entre nous habite et se déplace pour travailler, accéder aux loisirs, retrouver ses amis ou sa famille,… Il était donc important pour moi de m’impliquer au sein de Nantes Métropole au service de ce projet.
A la demande de Jean-Marc Ayrault, j’ai accepté de m’investir sur les politiques d’innovation et de développement économique. J’ai ainsi rejoint le Conseil d’Administration d’Atlanpole dont il est le Président. Atlanpole est la technopole de l’agglomération nantaise, technopole à rayonnement régional, qui a pour mission de rapprocher les mondes de la recherche et de l’économie, de détecter et d’accompagner les projets d’entreprises innovantes, et de contribuer à la promotion du territoire pour y attirer de nouvelles activités. Atlanpole participe ainsi activement à l’animation de pôles de compétitivité comme « Atlantic Biothérapies » dans le domaine de la santé.
J’ai accepté cet engagement nouveau pour deux raisons : l’honneur de travailler directement avec Jean-Marc Ayrault sur l’animation d’une politique essentielle pour l’avenir de notre agglomération, et l’envie de prolonger l’action menée au Conseil Régional (où j’anime la politique de la recherche et de l’enseignement supérieur) et de l’orienter en direction du monde économique et de la création d’activités nouvelles.08:10 Publié dans Agir dans les territoires | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note
26.04.2008
Vins et pesticides : un mauvais ménage
Il y a encore quelques jours, les consommateurs français pouvaient se moquer des vins frelatés italiens dangereux pour la santé. Mais depuis lors le réseau européen Pesticides Action Network Europe (PAN-Europe) a publié une étude qui établit la présence généralisée de pesticides dans les vins commercialisés en Europe et en France. Deux voies s’offrent à nous pour aborder cette question. La première, rassurante, part du constat suivant lequel les taux de pesticides constatés restent inférieurs aux limites maximales autorisées et donc que les vins concernés sont sans danger pour les consommateurs.
A contrario, on peut s’étonner que les normes en matières de pesticides étant beaucoup plus laxistes pour le vin que pour l’eau, la quasi-totalité des vins analysés révèlent une teneur très supérieure à la norme maximale pour l’eau, plusieurs centaines ou milliers de fois supérieure dans certains cas. Cet élément peut légitimement soulever des interrogations.
Pour élargir le débat, on peut souligner que la viticulture européenne, qui représente 3.5% de la surface agricole utile, absorbe 15% des volumes de pesticides de synthèse. De nombreux viticulteurs ont réagi à cette pratique en se tournant vers l’agriculture biologique. Hier marginale, la viticulture bio a été dynamisée par de nombreux jeunes viticulteurs, héritiers de famille aux pratiques conventionnelles, qui ont choisi de se tourner vers le bio pour encore mieux valoriser l’authenticité du vins comme produit de terroir en symbiose avec son environnement. La législation européenne a encouragé cette évolution en rendant possible depuis juin 2007 l’attribution du label bio au vin et non plus au seul raisin.
Les vins issus de l’agriculture biologique ont passé avec succès le test de l’étude PAN-Europe. Pour la FNAB, la solution à la présence de pesticides dans le vin est toute trouvée : c’est le bio !
07:05 Publié dans A la une: nouveaux désordres agricoles | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note
23.04.2008
Une violence glaçante
Le Monde, samedi 19 avril. Page 3. Sur du papier d’écolier, les collégiens du 93 « sonnent l’alarme ». Ils appellent au secours avec leurs mots hésitants, protestent contre leurs conditions de travail, contre l’insécurité permanente, le climat de violence et de désespoir dans lequel leur jeunesse s’enlise. Ils demandent plus d’autorité, mêlant le rappel à l’ordre républicain et le respect du à l’école et aux savoirs. L’urgence est là, pas dans les coupes sombrent dans les effectifs enseignants et les réformes bâclées des programmes. Les lycéens du même département qui manifestaient ces dernières semaines portaient la révolte de toute une jeunesse.Même numéro du Monde, page suivante, verso de la précédente, ironie. « La Cour suprême américaine justifie l’injection létale ». La contestation de cette procédure d’administration de la mort avait gelé l’application de la peine capitale dans de nombreux États depuis 6 mois. Celles-ci risquent de reprendre de plus belle même si la décision rendue par les juges laisse ouverte la possibilité de nouveaux recours. L’abolition reste un combat d’une actualité brûlante.
Sommes-nous présents dans ces combats, nous les socialistes, nous les habitants d’une région relativement épargnée par la violence, nous les citoyens d’un pays qui a abolit la peine de mort il y a près de trente ans ?
07:40 Publié dans Coup de coeur, coup de gueule | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note
20.04.2008
OGM : triste bilan d’un débat
Le Grenelle de l'Environnement est bel et bien mort. Au fil des lectures au Sénat et à l’Assemblée Nationale du projet de loi sur les OGM, la droite a montré son véritable visage : elle est favorable aux OGM, fidèle au productivisme, sourde à la protestation des citoyens. Les misères des ministres et parlementaires courageux ne nous arracheront pas de larmes, ils ont choisi leur camp et en subissent les pratiques rétrogrades.Ces dernières semaines auront au moins permis de clarifier le débat public sur les OGM. Rares sont ceux qui sont hostiles par principe aux biotechnologies mais deux thèses dominantes s’affrontent :
. Les plantes OGM actuelles, essentiellement pesticides et insecticides, présentent un intérêt très faible et des alternatives « conventionnelles » existent. A contrario, le risque de dissémination irréversible dans l’environnement est élevé alors que ses conséquences à long terme sont difficiles à cerner. Il est donc raisonnable d’interdire ces OGM là.
. Les OGM sont une technologie banale, utile au monde agricole, nécessaire dans la concurrence international. Les risques sont faibles. Leur interdiction marquerait un précédent qui pourrait se traduire par un refus plus général de l’innovation.
Comme on le voit ce débat ne se porte pas d’abord sur l’évaluation des risques environnementaux ou sanitaires mais sur la manière de les gérer. Il oppose deux visions différentes de la société, la première centrée sur le développement durable et le principe de précaution, la seconde sur le productivisme et la confiance dans le progrès technologique.
Le débat parlementaire était par nature tronqué puisqu’il s’agissait de transcrire dans le droit français une directive européenne qui organise la procédure d’autorisation des OGM en la faisant reposer uniquement sur leur évaluation scientifique, et renvoyait au droit national la question de la coexistence entre filières avec ou sans OGM. Le droit européen ou la Constitution française reconnaissent le principe de précaution mais ne lui ont jamais donné de « mode d’emploi » opérationnel. Il s’agit là d’une formidable supercherie car sans ce mode d’emploi, la précaution est un concept stérile. En effet, son sens même est de proposer que face à un risque de dommage grave et irréversible non encore prouvé scientifiquement il est nécessaire de se poser la question de l’action et d’organiser un processus de délibération démocratique pour en décider.
A défaut de proposer une définition de ce processus qui pourrait amener à autoriser ou interdire une technologie au nom d’un choix démocratique de société, le débat parlementaire ne pouvait se focaliser que sur la question clé des règles de coexistence entre cultures OGM et sans OGM. L’enjeu était majeur. Si les contraintes de coexistences sont élevées la viabilité des filières OGM est fragilisée, si les contraintes sont faibles leur dissémination généralisée est inévitable.Le débat parlementaire s’est donc concentré autour de trois points.
. La possibilité de « produire et de consommer sans OGM » : ce principe imposait aux cultures OGM de garantir l’absence de pollution génétique. La droite y a substitué la possibilité de « produire et de consommer avec ou sans OGM », formule vide de sens qui s’apparente à la liberté du renard dans un poulailler libre.
. La protection de certaines filières de qualité et « sans OGM » : la gauche s’est repliée sur le désormais fameux amendement Chassagne, du nom d’un député communiste du Puy-de-Dôme, qui prévoyait que "les OGM ne peuvent être cultivées, commercialisées ou utilisées que dans le respect de l'environnement et de la santé publique, des structures agricoles, des écosystèmes locaux et des filières de production et commerciales qualifiées sans OGM et en toute transparence". Cela aurait notamment permis d’assurer la protection des filières bio et AOC, en en faisant porter la charge aux producteurs d’OGM.
La droite a vidé cet amendement de sa substance en rajoutant : « La définition du “sans organismes génétiquement modifiés” se comprend nécessairement par référence à la définition communautaire. Dans l'attente d'une définition au niveau européen, le seuil correspondant sera fixé par voie réglementaire, sur avis du Haut conseil des biotechnologies, espèce par espèce. »
En effet, il n’existe aucune définition européenne du sans-OGM car le seuil de 0.9% souvent évoqué, et que les Sénateurs voulaient imposer dans le texte, porte sur l’étiquetage de l’alimentation et en aucun cas sur la production. Il reviendra donc au gouvernement de fixer ce seuil. On verra alors quelle est sa véritable position sur le sujet
. Cerise sur le gâteau, au lieu de favoriser la contre-expertise indépendante et de protéger les « lanceurs d’alerte », ce qui aurait été de bon sens au regard des enseignements des 20 dernières années, la droite s’est défoulée en instaurant une répression féroce et disproportionnée du « délit » de fauchage des OGM.
Sur ce sujet comme sur les autres le voile se déchire, la droite de Sarkozy et Fillon reste la droite, aveugle, brutale, ultralibérale.

14:40 Publié dans A la une: OGM | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
17.04.2008
L’Espagne gagne 9 à 8 !
Imaginez un pays largement décentralisé, où le non-cumul des mandats s’applique de manière stricte, où les femmes représentent 36% des parlementaires et 9 des ministres sur 17. Imaginez un gouvernement qui compte une femme n°2 du gouvernement, une autre de 37 ans ministre de la Défense, et une troisième de 31 ans ministre de la Parité.
Ce pays existe. Il ne s’agit pas d’un de ces pays nordiques connus pour être à la pointe de l’expérimentation politique et sociale. Il s’agit d’un pays latin, comme est censé l’être le notre, à qui nous avons longtemps donné des leçons, et qui aujourd’hui offre à nos frontières un contre-modèle rafraîchissant.

08:20 Publié dans Décrypter l'actualité , Demain se décide aujourd'hui | Lien permanent | Commentaires (5) | Envoyer cette note
10.04.2008
Entre agrocarburants et émeutes de la faim : pour le retour des politiques agricoles
Il y a encore quelques mois l’agriculture européenne se cherchait une nouvelle vocation et faisait le pari du non alimentaire et des agrocarburants. J’ai à plusieurs reprises montré dans ce blog à quelles impasses menaient les agrocarburants. La semaine dernière, le gouvernement allemand a sonné l’hallali en annonçant l’arrêt de son programme. Non seulement le bilan environnemental des agrocarburants est négatif, mais en plus ils dégradent prématurément les mécaniques automobiles.
Aujourd’hui les pauvres ont faim dans le monde entier. L’alimentation manque et les prix explosent. Les agrocarburants ne sont bien sûr pas les seuls responsables de cette situation mais ils ont accentué les déséquilibres en détournant une partie des agriculteurs de la production alimentaire. L’explosion de la consommation qui accompagne celle du pouvoir d’achat dans les nouvelles grandes puissances comme la Chine ou l’Inde, l’urbanisation galopante qui grignote les terres cultivables, le réchauffement climatique qui provoque des sècheresses exceptionnelles comme en Australie, tous ces phénomènes se combinent pour conduire à une hallucinante pénurie alimentaire mondiale.
Ces deux dernies mois les émeutes de la faim se sont accélérées. Elles ont déjà fait des dizaines de morts et des centaines de blessés au Cameroun, à Haïti, en Egypte,… L’alimentation n’est pas une marchandise comme les autres. Depuis des décennies, les politiques libérales poussent au développement des cultures d’exportation et au démantèlement des systèmes de contrôle des échanges et des prix. Les cultures vivrières locales sont fragilisées, l’autosuffisance alimentaire régresse, les politiques agricoles volontaristes sont remises en cause.Quand on parle de sécurité alimentaire dans nos grands pays développés, on fait référence à la sécurité sanitaire des produits. On a oublié que ce terme avait historiquement une autre signification : celle de l’accès garanti à la nourriture pour la population. L’insécurité alimentaire est de retour et appelle de nouvelles réponses politiques.
Les crises actuelles plaident pour le retour de politiques publiques agricoles, nationales, régionales et mondiales, pour assurer la production en quantité suffisante d’une nourriture sûre et de qualité. Ces politiques doivent s’organiser autour de quelques principes simples : économiser l’espace et consacrer les surfaces cultivables à l’alimentation, reconnaître le droit à la souveraineté alimentaire c'est-à-dire le droit pour chaque pays de viser l’autosuffisance et de protéger ses frontières, mener une révolution agronomique durable qui permette des gains de productivité rapides dans une agriculture adaptée aux contextes locaux et respectueuse de l’environnement.
La faillite du libéralisme à tout crin est de plus en plus évidente chaque jour. Elle sonne le retour d’une action publique collective, pragmatique, à l’écoute des besoins des populations.

11:25 Publié dans A la une: nouveaux désordres agricoles , Demain se décide aujourd'hui | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note
07.04.2008
Cerner la réalité des écarts de revenus en France

« Entre 1996 et 2005, le niveau de revenu annuel des 5 % des ménages les plus riches s’est accru de 6 108 euros supplémentaires, inflation déduite et après impôts. Au cours de la même période, celui des 10 % les plus pauvres a augmenté de 1 137 euros. L’écart a donc progressé de 4 971 euros.
Ce chiffre n’est publié nulle part. On mesure l’inégalité de revenu de façon relative : le rapport entre les revenus des 5 % les plus riches et celui des 10 % les plus pauvres ; sans jamais évoquer les inégalités de revenu absolues : l’écart en euros entre les revenus des plus riches et des plus pauvres. L’écart relatif est resté stable dans notre exemple. En 1996 comme en 2005, on obtient le même écart relatif de 5,4.
Pour que l’écart relatif reste stable, il faut que la variation en pourcentage soit la même, quel que soit le niveau de revenu. Ce qui est le cas dans notre exemple, avec une hausse d’environ 11 %. Pourtant, on ne se loge pas, on ne s’habille pas, on ne mange pas avec des pourcentages, mais bien avec des euros. Au cours de la période, les plus riches ont perçu 5 000 euros de plus à dépenser que les plus démunis.

Cet exemple constitue une illustration de la confusion qui règne sur les revenus en France […] :
1- On oublie de raisonner en valeur absolue, ce qui n’est pas "plus" ou "moins" valable que de façon relative. Ainsi les Etats-Unis utilisent un seuil de pauvreté défini en valeur absolue et non de façon relative.
2- La plus grande partie des revenus du patrimoine - majoritairement détenus par les plus riches - ne sont toujours pas intégrés.
3- Les revenus des indépendants sont mal appréhendés, notamment parce qu’ils peuvent affecter à leur outil de travail une partie de leurs dépenses personnelles.
3- Le coût du logement est mal pris en compte. L’Insee […] ne tient pas compte du fait qu’une partie de la population a une charge de logement très réduite : les propriétaires qui ont achevé de rembourser leurs emprunts.
Nous vivons une période d’accroissement net des écarts absolus de revenus, et très probablement une hausse des écarts relatifs si l’on prenait en considération les revenus du patrimoine. La France n’est pas l’Amérique, les inégalités y demeurent beaucoup plus modérées. Elle est aussi un pays beaucoup plus hypocrite où les discours se côtoient, quand certains médias mettent en avant la réduction des inégalités, d’autres voient une « explosion ». Autant de discours décalés par rapport à la réalité sociale, qui entrainent une incompréhension de la population.
Il est temps que notre pays se dote d’un instrument de mesure des revenus fiable et complet, publié chaque année, diffusé à un large public. Le document édité par l’Insee est un premier pas, mais il n’apporte pas l’ensemble des réponses. Seule figure une première évaluation, très sommaire, des revenus du patrimoine et le coût du logement. Il faudrait pour cela un choix politique fort. La responsabilité de la situation actuelle incombe moins à ceux qui produisent la statistique qu’au désintérêt dans notre pays pour la connaissance des revenus. »
15:38 Publié dans Décrypter l'actualité | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note



