03.07.2009
La France doit-elle dépenser plus pour l'enseignement supérieur ?
La Note relève trois faits intéressants. D'abord le faible niveau de dépense par étudiant en France : en général 2% du PIB dans l'OCDE contre 1,3% en France. Le deuxième fait c'est le faible taux d'obtention d'un diplôme à l'issue d'une formation supérieure : seule l'Italie est vraiment derrière nous dans les pays de l'OCDE.
Enfin le troisième élément c'est le rapport entre dépense par étudiant et croissance économique. Selon la Note, "tous les pays ayant un PIB par habitant supérieur à celui de la France présentent également des dépenses par étudiant plus élevées. L'effort consenti accroît la richesse nationale. Ainsi une augmentation des dépenses d'enseignement supérieur de 0,7 point du BIP de la France se traduirait par une croissance potentielle de 0,2 point au bout de 10 ans et de 0,4 point au bout de 15 ans, soit 2 points de PIB en 2017 et 4 à l'horizon 2022". Un argument intéressant au moment où le gouvernement promet d'investir dans la croissance.
Mais pour la Note, "l'accroissement des moyens de financement n'est pas une condition suffisante pour améliorer les performances de l'enseignement supérieur. D'autres facteurs sont aussi importants notamment l'organisation et la qualité de l'offre de formation et la qualité de l'orientation". L'augmentation de la dépense ne suffira pas à améliorer le rendement de l'enseignement supérieur.
On notera un dernier point : s'il y a croissance des dépenses ce ne sera pas du fait d'une croissance du nombre d'étudiants : celui-ci a déjà tendance à diminuer. La Note se garde de le signaler mais on a là une différence notable avec les autres pays développés, d'autant qu'on considère comme enseignement supérieur en France des formations courtes (bac +2) qu ne sont pas toujours comptabilisées dans les autres pays.
Si la croissance économique dépend du taux de diplômés du supérieur, l'augmentation du nombre d'étudiants et de ce taux dépend en partie de l'enseignement supérieur, mais en partie aussi de la capacité du système éducatif de base à se démocratiser. Car les étudiants supplémentaires dont l'économie pourrait avoir besoin ne seront pas trouvés dans les classes favorisées où déjà le taux d'accès au supérieur est très fort. Ils ne pourront être trouvés que dans les milieux défavorisés. C'est notre capacité à hisser jusqu'au supérieur les enfants issus des milieux ouvriers et issus de l'immigration qui sera déterminante.
L’enjeu politique majeur est donc celui d’une mobilisation rapide et massive pour réussir la démocratisation du système éducatif et celui de l’accès à l’enseignement supérieur. Il n’est pas de projet politique qui soit plus fédérateur, aussi essentiel à la fois pour l’épanouissement des jeunes, pour la justice sociale, et pour l’efficacité économique.
20:41 Publié dans Société de la connaissance | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note
30.06.2009
Une belle brochette
Cette cérémonie vient conclure près de quatre années de gestation parfois difficile mais finalement heureuse. Jacques Auxiette et les maires des trois villes siège des universités ont insisté sur la nécessaire fédération des forces régionales pour être plus visibles et mieux reconnus dans le paysage national et international. Les établissements d'enseignement supérieur et de recherche ont une responsabilité vis à vis de notre territoire qui se mobilise pour relever le défi de la société de la connaissance. Les collectivités locales, de plus en plus sollicitées pour financer tant l'immobilier universitaire que les projets de recherche ou les actions internationales souhaitent conclure un partenariat actif avec le PRES et partager des projets stratégiques. En effet, au-delà de la création d'une institution nouvelle, l'essentiel est de construire une vision stratégique qui ouvre de nouvelles perspectives de développement au bénéfice du monde universitaire et de notre Région.
Le Président du PRES Daniel Martina, Président de l'Université d'Angers, a souligné la nécessité d'ouvrir le PRES à l'ensemble des grandes écoles et centres de recherche aux côtés des fondateurs et des CHU. Il a rappelé les différentes missions du PRES dont certaines sont déjà effectives comme la création d'écoles doctorales régionales et d'autres font l'objet de travaux communs entre les équipes des universités et de l'École Centrale de Nantes s'agissant de formation continue, de valorisation, de politique internationale, etc. Il a également rappelé que tout en construisant son projet régional, le PRES devait dialoguer avec ses voisins et notamment avec "l'Université Européenne de Bretagne" pour gagner encore en pertinence et en efficacité. N'oublions pas que la Bretagne et les Pays de la Loire réunis ne pèsent en matière de recherche pas plus que Grenoble.
Les chercheurs et enseignants-chercheurs sont peut-être encore sceptiques vis à vis de ce projet qui sûrement trop tardé et complique encore leur paysage institutionnel. A eux de s'en saisir pour en faire un outil efficace au service de leurs projets et de leurs ambitions. Je connais la richesse et le potentiel de développement de l'enseignement supérieur et de la recherche en Pays de la Loire. J'attends de cette création un nouvel élan fondateur, une nouvelle aventure collective qui nous portera de la 8-10ème à la 5-6ème place nationale.
20:22 Publié dans Agir dans les territoires, Société de la connaissance | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
29.06.2009
La droite régionale à la recherche d’une boussole
Le 15 mai dernier, le Conseil régional avait adopté à l’unanimité un ambitieux plan de relance régional de 260 M€, qui donnait un nouvel élan aux politiques engagées depuis 2004 et apportait des réponses nouvelles à l’urgence sociale. La droite n’avait pu faire autrement que de voter ce programme d’action, construit semaine après semaine par Jacques Auxiette avec tous les acteurs des Pays de la Loire, et en premier lieu avec le Conseil Économique et Social Régional.
La droite a du réaliser un peut tard qu’en votant notre plan de relance, elle validait nos principales orientations politiques. Elle a donc saisi la première occasion venue pour reprendre ses distances. Elle a ainsi voté contre le budget supplémentaire présenté jeudi dernier, qui n’était pourtant que la traduction financière du plan d’action voté le 15 mai... Comprenne qui pourra.

L’UMP a également pensé qu’elle pouvait s’appuyer sur le contexte post élections européennes pour chercher à diviser la majorité régionale. Mal lui en a pris puisque l’examen du projet d’Agenda 21 régional a permis d’apporter une éclatante démonstration de la cohésion de notre majorité. Elaboré collectivement au sein de la majorité, débattu avec les Ligériens dans les assises régionales, cet Agenda 21 a été porté par tous les élus PS, Verts, PCF et divers gauche et soutenu par le CESR (86 voix contre 6). Cet Agenda 21 nous engage pour les prochaines années et conduira à des évolutions profondes des politiques régionales. Nous l’avons construit ensemble, nous le mettrons en œuvre ensemble. En s’abstenant sans mettre en avant la moindre proposition, la droite se place hors jeu du débat régional.
L’UMP est en train d’apprendre à ses dépends qu’il ne suffit pas de chercher à surfer sur les européennes ou la dynamique Sarkozy pour reprendre la Région des Pays de la Loire. Elle va progressivement réaliser que ses bases sont plus fragiles que ce qu’elle croit. En effet, la droite a perdu les élections européennes dans les Pays de la Loire. Si le PS a réalisé un mauvais score, la gauche reste à un niveau élevé avec 42.4% des voix quand la droite plafonne à 42.3%. Depuis 2007, la droite a perdu 7 points dans la région et la gauche en a gagné 3. En 2002, nous partions de 41% des voix, nous avons gagné en 2004 avec 52.4% des voix. En partant en 2009 de plus de 42%, tous les espoirs de victoire sont permis pour 2010. A nous de mériter la confiance des citoyens.
11:50 Publié dans Agir dans les territoires, Décrypter l'actualité | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
25.06.2009
Ouvrir le champ des PossibleS : 2 ans déja !
Voila deux ans que ce blog existe. Il n'aurait pas duré sans votre soutien.Depuis son lancement fin juin 2007, il aura été nourri par 240 notes et 745 commentaires, pour environ 6500 pages vues par mois. La démarche n'a donc rien d'un simple gadget, puisque cette plateforme interactive m'aura permis d'échanger des idées et des points de vue avec bon nombre d'entre vous.
Quand beaucoup d'élus se contentent de publier quelques notes en période électorale, je reste convaincu de la nécessité de prendre plus au sérieux les nouveaux outils offerts par Internet. Certains continuent de l'ignorer mais le rapport des citoyens à l'information et au débat public a changé et la politique doit s'y adapter. L'exercice est exigeant : il n'est pas toujours aisé de maintenir un lieu de débat ouvert sans tomber dans la démagogie, la sur-réaction à l'actualité ou la simple promotion personnelle. J'espère avoir tenu la ligne d'un blog consacré à la réflexion sur le renouvellement du projet de gauche face aux transformations du monde et de notre société.
La publication régulière de notes sur ce blog a été pour moi un effort de discipline et une obligation saine de prendre du recul et de formaliser mes positions. Je l'ai souvent fait en m'appuyant sur les mobilisations associatives, les publications des chercheurs et des intellectuels ou tous les signaux mettant en lumière l'émergence de nouveaux enjeux. J'en retiens que dans notre monde qui bouge si vite, les informations utiles existent, de nombreux acteurs pensent les transformations en cours et proposent des réponses nouvelles. J'espère que ce blog aura contribué à une meilleure appropriation collective de ces contenus.
Je veux croire à l'intelligence collective et à un suffrage universel qui se forme progressivement dans le débat public. C'est pourquoi je poursuivrai ce blog au cours des prochains mois. J'en profite pour saluer et remercier les contributeurs et les commentateurs qui lui ont permis de vivre et de s'épanouir comme espace de dialogue et de confrontation.
Enfin, je vous invite à rejoindre le groupe Facebook lié à ce blog et à y poursuivre nos échanges. A bientôt !
07:25 Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note
22.06.2009
Faim dans le monde : plus d'un milliard de personnes touchées
Il y a de quoi être inquiet : selon les prévisions conjointes de la FAO, du PAM et du FIDA, la sous-alimentation atteindra un niveau record en 2009 : 1,02 milliard d'êtres humains, soit +11 % par rapport à 2008...Malgré une production mondiale record de céréales en 2008, la crise efface peu à peu les progrès accomplis ces dernières années en matière de lutte contre la faim. Ainsi, selon l'Organisation pour l'alimentation et l'agriculture (FAO), la récente aggravation de la faim dans le monde n'est pas le résultat de mauvaises récoltes au niveau mondial, mais une conséquence de la crise économique qui a provoqué baisse des revenus et pertes d'emplois.
Parallèlement, le Programme alimentaire mondial (PAM) a réalisé une étude dans cinq pays (Arménie, Bangladesh, Ghana, Zambie et Nicaragua) qui montre les réponses dramatiques des ménages face à cette situation : réduction du nombre de repas, report sur des denrées moins chères mais moins nutritives (privation de viande, par exemple), vente du bétail, emprunts, déscolarisation des enfants, etc. On remarque par ailleurs que les plus sévèrement frappés ne sont pas seulement les pauvres les plus démunis, mais aussi de nouveaux pans de la population qui plongent dans la misère.
La faim dans le monde est un scandale qui dure. La sous-alimentation frappe partout, y compris en bas de chez nous : plus de 25 000 personnes en meurent chaque jour. Il ne faudrait pourtant pas grand chose pour éradiquer ce fléau, en regard des sommes injectées dans le sauvetage des banques, qui sont des coupables, quand les affamés ne sont que des victimes.
Le monde ne manque pourtant pas de nourriture mais celle-ci reste mal répartie sur la planète : les excédents au Nord et les besoins au Sud. Dans nombre de pays pauvres, la production alimentaire et les rendements progressent, permettant souvent à ces pays d’être auto-suffisants, comme c'est le cas du Brésil ou du Vietnam. Mais la faim n'est pas seulement un problème de production, c'est d'abord une question de répartition des richesses. Même dans les pays riches, on est surpris de constater que la malnutrition existe encore, malgré tous les programmes sociaux : au total, neuf millions d'habitants des pays industrialisés ont faim, et c’est aussi le cas de 25 millions de personnes dans les pays dits "en transition".
Face à ce désastre persistant, les remèdes sont pourtant simples. Il faut relancer l'investissement dans l'agriculture en favorisant des projets de développement agricole durable dans les pays du Sud, tout en créant des infrastructures routières, ferroviaires et portuaires afin d’acheminer rapidement la nourriture vers les zones frappées par la famine.
Par ailleurs, la "bonne gouvernance" est un élément fondamental pour une solution durable au problème de la faim dans le monde. Les pays développés et les organisations internationales doivent avoir des exigences en matière de démocratie et de protection des droits de l’Homme face aux dictatures prédatrices vivant aux dépens de leur population, et la realpolitik ne doit plus être l'excuse pour susciter ou appuyer des guerres civiles comme on en a tant vu en Afrique. L'argent public doit pouvoir alimenter les populations, et non financer les guérillas et autres marchands de canons.Le combat contre la sous-alimentation est porteur d'espoir car les outils sont à portée de main. Selon les experts, nous pouvons être pratiquement sûrs que la famine sera définitivement vaincue au cours de ce siècle. Mais cette victoire contre la faim peut se situer en 2030 comme en 2080. Entre ces deux dates, il y a cinquante ans, soit plus de quatre cents millions de morts.
17:28 Publié dans A la une : nouveaux désordres agricoles, Agir dans les territoires | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note
18.06.2009
18 juin 1954

"Mesdames, messieurs, je vous offre un contrat. Chacun de vous pèsera en conscience les sacrifices que je lui demande, mais aussi les chances que je peux apporter au pays. […]
Le gouvernement sera ce que seront ses membres. Je ferai appel à des hommes capables de servir, à des hommes de caractère, de volonté et de foi. Je le ferai sans aucune préoccupation de dosage. […] Il n’y aura pas de ces négociations interminables que nous avons connues ; je n’admettrai ni exigences ni vetos. […]
Mesdames, messieurs, on m’a accusé parfois de pessimisme comme si je goûtais quelque sombre plaisir à prédire les catastrophes et à prêcher les pénitences. La sévérité de mes jugements ne reposait, en réalité, que sur un profond optimisme à l’égard des moyens de la France et des chances qui lui sont offertes. C’est parce que nous pouvons nous redresser en prenant appui sur les réalités que j’ai dénoncé les illusions. Les difficultés et les périls ont rendu aujourd’hui chacun plus conscient des efforts à fournir ; c’est pourquoi, plus encore qu’hier, je crois à la renaissance nationale, vigoureuse et rapide […]
A vrai dire, un homme politique n’a que le choix entre se redire ou se contredire. J’appartiens plutôt à l’école de ceux qui se redisent et je m’en excuse. Mais je voudrais que cela soit, pour vous, ce soir, une raison de plus de me faire confiance."
23:02 Publié dans A gauche et au PS, Coup de coeur, coup de gueule | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note
16.06.2009
PS : quelques pistes pour s’en sortir
Vous pouvez télécharger l'intégralité de cette note en cliquant ici.La situation du PS est suffisamment sérieuse pour mériter quelques développements. Je me permets donc de vous proposer une note inhabituellement longue que vous lirez, je l’espère, jusqu’au bout et qui ne manquera pas de vous faire réagir. J’espère qu’elle contribuera à donner aux militants socialistes comme aux autres quelques repères et signes d’espoir.
Prenons le temps de la réflexion : la fuite en avant ne sert qu’à masquer nos faiblesses et nos responsabilités.
Depuis dimanche soir, les leaders socialistes agitent de nouvelles solutions miracles. Les uns font des primaires ouvertes la réponse au repli sur lui-même du Parti Socialiste. Je ne suis pas contre. C’est peut-être la seule méthode possible pour déborder les résistances internes au changement. Néanmoins, la période récente montre qu’en l’absence de réelle transformation interne, l’ouverture sur l’extérieur ne dure qu’un temps et que le PS retombe très vite dans ses ornières.
D’autres brandissent la nécessite de construire la « maison commune de la gauche ». Le rassemblement de la gauche est indispensable et doit rester le cœur de notre stratégie ; mais ce n’est pas quand on est faible et divisé qu’on est le mieux placé pour rassembler. Quels sont d’ailleurs les partenaires qui accepteraient ainsi de se mettre en rangs serrés derrière le Parti Socialiste sans autre forme de procès ? Sûrement pas les Verts en tous cas.
D’autres enfin appellent à une refondation totale du PS ou à une rénovation exemplaire. Ces formules font sourire. Elles sont brandies après chaque échec par ceux-là même qui s’efforcent ensuite d’étouffer les tentatives de changement de peur qu’elles ne mettent en cause leur pouvoir.
Non, décidément, ce ne sont pas quelques formules miracles, vite trouvées et vite abandonnées qui donneront une nouvelle jeunesse au Parti Socialiste. Ces gesticulations ne visent qu’à empêcher le débat de fond et l’établissement des responsabilités dans l’échec du PS. Nous avons besoin de temps pour mener jusqu’à son terme une réflexion approfondie.
Il faut tirer un bilan sincère des derniers mois : l’obsession présidentielle et le ratage du congrès de Reims expliquent non seulement la défaite mais le déclin du PS.
La politique a besoin de leader, nul ne le contestera. Au Parti Socialiste, tout le monde pense avoir l’étoffe d’un leader et c’est bien là que le bât blesse. La multiplication des ambitions conduit à celle des coteries, la recherche des accords d’appareil l’emporte sur le débat de fond.
Nous avions pourtant été nombreux à décrire le scénario que nous venons de vivre de nombreux mois avant le congrès de Reims. Les signataires de la contribution des « socialistes de l’Ouest », comme Pierre Moscovici et bien d’autres, avaient défendu une thèse simple : pour permettre une clarification politique, ceux qui pensaient la même chose devaient se retrouver sur la même motion et, puisqu’aucun leader ne s’imposait naturellement, confier à une personnalité non présidentiable la mise en œuvre d’un programme de travail s’appuyant sur une démarche collective. A défaut, les motions se multiplieraient sans raison, les présidentiables compteraient leurs troupes, les alliances les plus absurdes deviendraient possibles, le Parti Socialiste perdrait alors toute crédibilité et s’enfoncerait dans la crise.
C’est bien ce scénario qui s’est développé depuis un an. Les militants ont refusé de départager des motions creuses et souvent proches les unes des autres. La fusée Delanoë s’est écrasée sitôt lancée, Martine Aubry épaulée par les plus vieux courants du PS a surgi de nulle part, un vote truffé de fraudes scandaleuses de part et d’autre n’a pu départager les deux candidates, et quelques jours après le congrès, un texte que personne ne connaît et qui n’a jamais été soumis aux militants a donné naissance à une majorité improbable. Sur ces bases corrompues, la nouvelle direction n’a jamais pu faire redémarrer le navire socialiste.
L’échec des européennes n’est donc pas celui de Martine Aubry, personne n’a d’ailleurs osé le prétendre. Il marque le point final d’une catastrophe politique prévisible et dans laquelle pourtant tous les leaders du PS ont foncé tête baissée. Il est encore temps de se reprendre.
L’enjeu ce n’est pas de prendre le contrôle du PS mais de convaincre les Français. De ce changement de culture dépend notre salut.
Cela paraîtra paradoxal mais la véritable ligne de fracture au sein du PS est là. La grande majorité des dirigeants de notre parti pense que le pouvoir nous reviendra mécaniquement, quand l’impopularité et l’usure du pouvoir auront raison de la droite. Cette culture est ancienne : on l’appelle entre nous la « théorie du balancier ». Elle nous rapportera peut-être un jour la majorité du Sénat mais sûrement pas la victoire aux élections présidentielles.
Pour toute une série de responsables du PS, seules comptent les techniques de prise du pouvoir interne : s’attirer les bonnes grâces des grosses fédérations, passer des accords, briser les personnalités originales, claquemurer le PS rue de Solférino, cultiver l’esprit de boutique d’un parti aux faibles effectifs plus facile à contrôler. Le nombre, la vie, les idées, l’intelligence, leur font peur. C’est cette culture qui a pris le pouvoir au congrès de Reims et qui l’a mené à l’abattoir.
Les élections européennes nous montrent que les Français peuvent choisir à gauche une autre voie que le soutien au PS pour construire l’alternance. Je suis convaincu qu’ils se trompent, que le rassemblement construit par Daniel Cohn-Bendit reste fragile et que les Verts ne sont pas porteurs d’un projet de gouvernement global, cohérent et crédible, susceptible de rassembler une majorité de suffrages dans un second tour.
C’est à nous d’en convaincre les Français. Nous devrions être portés par une seule ambition : construire un projet, organiser le dialogue avec les Français, convaincre, rassembler, et rendre l’espoir à la gauche. Si cet objectif devient le notre, c’est alors la culture politique même du PS qui s’en trouvera chamboulée : chacun prendra conscience que nous ne pouvons créer qu’en valorisant toutes les intelligences, que nous ne pourrons convaincre qu’en étant nous mêmes unis, que nous ne pourrons gagner qu’en additionnant nos forces. Alors le débat sur le leadership deviendra possible même si il ne sera jamais facile.
L’avenir du PS ne passe donc ni par un leader providentiel – on les a déjà tous essayés ! – ni par une réforme institutionnelle miracle. Cet avenir passe par un changement de mentalité et de culture politique, une révolution des esprits, la redécouverte de la fraternité socialiste, du plaisir d’agir ensemble pour nous idées, de la conscience aigue de notre solidarité de destin. C’est cela qui nous permet de gagner localement et qui nous manque crucialement au niveau national.
Les électeurs sont libres et c’est tant mieux, à nous d’être à la hauteur.
Le temps des électorats captifs est terminé et il s’agit d’une bonne nouvelle. Au moment des élections, les citoyens choisissent d’aller ou voter ou pas, de choisir telle offre ou telle autre et ils le font en conscience. La crise de la démocratie est une formule creuse quand la participation est inférieure à 50% pour certains scrutins mais supérieure à 80% pour un autre, et cela dans le même pays et à seulement deux ans d’intervalle.
Le rapport des citoyens à l’élection a changé et nous devons nous adapter. La politique est devenue une question d’offre et non d’identité. Confrontés à un choix, les électeurs peuvent piocher dans un éventail parfois très large en fonction de ce qu’ils perçoivent comme la meilleure réponse à leurs questions. Cela nous oblige à plus de créativité dans la production des idées et dans la manière de s’adresser aux Français.
L’électorat socialiste comprend au moins trois composantes. Une partie des électeurs nous est toujours fidèles, ce qui ne veut pas dire qu’ils ne sont pas critiques. Une autre, souvent issue des milieux populaires, ne se mobilise que si nous savons créer un espoir de changement crédible à leurs yeux, à défaut, ces électeurs là se réfugient le plus souvent dans l’abstention. La troisième composante de notre électorat potentiel est à la recherche d’une offre politique réformiste et ouverte, refuse tout dogmatisme et proclame son attachement à l’Europe, à l’écologie et aux libertés ; critique à l’égard du PS, cet électorat nous abandonne souvent, il nous a largement préféré le Modem en 2007 et Europe Écologie dimanche dernier.
Le défi pour le PS est de s’adresser à ces trois électorats et de les rassembler autour d’un projet progressiste. Les bases de notre projet existent. Je reprendrais volontiers les mots de mon ami Philippe Quéré : « nous voulons la liberté pour tous. Nous voulons contribuer à l’émancipation de chacun ». Pour convaincre, il nous faut d’une part donner une traduction concrète à cette ambition et d’autre part proposer une méthode qui vise à conduire le changement en s’appuyant sur les dynamiques citoyennes et la participation des acteurs eux-mêmes.
Que celles et ceux qui partagent à la fois cette analyse et cette ambition se reconnaissent et se tendent la main. Alors, le renouveau du PS peut être aussi rapide que son déclin.
09:16 Publié dans A la une : que faire du PS ? | Lien permanent | Commentaires (7) | Envoyer cette note
14.06.2009
Avec Hadopi, ce n’est pas seulement une loi qui est condamnée mais une conception de l’action publique

La censure de la loi Hadopi par le Conseil constitutionnel n’est pas étonnante. Dans un État républicain, on ne donne pas à une autorité administrative le pouvoir de prononcer contre les citoyens des sanctions qui limitent leurs libertés fondamentales. Le gouvernement avait été prévenu depuis longtemps, les députés de l’UMP avaient voté la loi contraint et forcés, cette censure est la chronique d’une décision annoncée.
Alors pourquoi le Président Sarkozy a-t-il fait voter cette loi ? Certains y voient un coup tactique visant à détacher de la gauche les professions culturelles qui lui étaient largement acquises. J’y verrai plus simplement un mépris complet pour les règles de notre pays et les libertés individuelles. Le tout puissant Président de la République, encore conforté par les élections européennes, confond depuis longtemps conviction et détermination avec autoritarisme et passage en force.
Cette méthode lui sourit politiquement mais conduit systématiquement dans l’impasse les chantiers qu’il décide d’ouvrir. L’abandon de la réforme du lycée et la crise profonde de l’université illustrent les dégâts de cette pratique absurde et brutale du pouvoir.
Les socialistes devraient illustrer par l’exemple une méthode politique alternative. Plutôt que de multiplier des débats internes qui conduisent à l’adoption de textes vagues et creux, le PS ferait mieux d’investir dans l’intelligence collective et dans la construction de réformes conçues dans les conditions de l’exercice du pouvoir:
Réaliser un diagnostic, expliciter nos orientations, ouvrir le dialogue avec les acteurs concernés, élaborer un projet ambitieux, aller à la rencontre les citoyens pour présenter le fruit de nos réflexions, affiner notre projet en fonction de ces échanges, expérimenter les actions envisagées en utilisant les pouvoirs locaux dont nous disposons quand cela est possible, évaluer et mettre en débat les résultats de ces politiques, les réviser en conséquence, voilà qui donnerait sens et crédibilité à la démarche des socialistes.
Beaucoup de sujets se prêtent à cette approche comme par exemple l’autonomie des jeunes, le développement des énergies renouvelables, la formation tout au long de la vie, les services aux personnes, les déplacements, l’action culturelle, l’innovation économique,…. Cette méthode est souvent celle des élus locaux. Elle pourrait facilement être globalisée à l’échelle nationale si le PS choisissait de s’investir collectivement dans cette voie qui permet de combiner ambition politique, crédibilité dans l’action et démocratie participative. C'est en construisant des projets et en les mettant en débat que le PS retrouvera la confiance des citoyens.
18:14 Publié dans A gauche et au PS, A la une : que faire du PS ?, Décrypter l'actualité | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note
09.06.2009
Européennes : les socialistes ne peuvent plus faire semblant
Je ne sais plus trop quoi penser de l’avenir de mon parti. Je crois à la force et à la jeunesse de l’idéal socialiste, ce point de rencontre entre la question sociale et la passion démocratique. Mais depuis maintenant près de 15 ans, j’assiste à ses crises successives, suivies d’une promesse de refondation, toujours avortée, toujours trahie. Les générations les plus anciennes, comme les plus récentes, qui ont dirigé le Parti Socialiste ont failli à leur tâche en préférant le plaisir morbide des jeux de pouvoir internes à la mission exigeante de construire, collectivement, une offre politique crédible à gauche en phase avec les réalités de la société d’aujourd’hui.
Le gouffre entre les réalités nationales et locales du PS est devenu abyssal. Le microcosme de Solférino piétine allègrement ce qui est essentiel à nos yeux et au cœur de notre action : la primauté du travail collectif, la volonté d’unité des socialistes et de rassemblement de la gauche, des leaders respectés et ouverts à la confrontation, une ligne politique claire et stable, un projet politique fort, mis en débat, et régulièrement renouvelé dans le dialogue avec les citoyens et les acteurs locaux, une action efficace et cohérente avec les discours.
Ce grand écart ne peut plus durer très longtemps. Soit le PS sera balayé au niveau local comme au niveau national, soit le PS devra changer au niveau national pour se mettre au diapason des pratiques locales, ce qui rendra nécessaire que celles et ceux qui le font vivre au quotidien l’investissent et y prennent toutes leurs responsabilités.
Nous n’en pouvons plus des congrès inutiles et bâclés, du vide des discours, et de la concurrence effrénée des égos. Le PS ne peut plus attendre que l’impopularité de la droite le ramène au pouvoir : pour gagner une élection, il faut avoir un leader et surtout un projet. La politique est une question d’offre et les électeurs choisissent librement. On se perdrait à continuer de l’oublier.

20:47 Publié dans A gauche et au PS, A la une : que faire du PS ? | Lien permanent | Commentaires (7) | Envoyer cette note
06.06.2009
Voter, tout simplement

Les grands acquis de l'Europe font la qualité de notre vie d'aujourd'hui : la paix, maintenue depuis plus de 60 ans, alors que l'Europe avait été déchiré par des guerres désastreuses tout au long du siècle précédent ; la liberté dont bénéficient tous les Européens depuis la chute du mur de Berlin ; la participation de tous les Européens à une aventure commune et la réussite des élargissements progressifs dont l'accompagnement a permis d'élever le niveau de vie de dizaines de millions d'Européens ; malgré les insuffisances de l'Europe sociale, le maintien d'un modèle de société unique dans le monde fondé sur les services publics, la solidarité et la redistribution.
Il faut donc voter, voter à gauche bien sûr, et d'abord voter socialiste. Une Europe sociale et écologique a besoin d'une majorité de gauche. Tant qu'il n'y aura pas de majorité de gauche au Parlement européen, l'Union Européenne ne pourra mener une politique de gauche. Ce principe de base est celui de toutes les démocraties et l'Union Européenne est une démocratie, même imparfaite. Les socialistes sont les seuls à disposer d'une grand parti européen : le PSE, présent dans tous les pays. Une majorité de gauche, nécessairement plurielle, ne peut s'organiser qu'autour d'un parti socialiste fort.
08:53 Publié dans A gauche et au PS, Décrypter l'actualité | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note



