09.05.2008

Vers le retour des farines animales ?

Il y a quelques jours, Filip me faisait remarquer à propos de la biométrie qu’il ne fallait pas sombrer dans la paranoïa. C’est juste, mais le rythme auquel nous arrivent des informations inquiétantes doit nous inciter à une très grande vigilance et à l’exercice du devoir d’alarme, pour tenter de sensibiliser les citoyens à des enjeux qui doivent être débattus le plus en amont possible si l’on souhaite préserver la possibilité d’un réel contrôle démocratique.

Il est par exemple indispensable d’alerter l’opinion sur la possibilité d’un retour prochain des farines de viandes et d’os dans l’alimentation animale. Depuis de nombreux mois, les producteurs de porcs français et européens plaident pour le retour de ces farines dont l’utilisation est interdite depuis la crise de la vache folle. Les farines ont été remplacées par des céréales dans l’alimentation des porcs. Confrontés à l’augmentation des cours mondiaux des céréales, les producteurs espèrent du retour des farines une économie de 4 centimes par kilo de viande !

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Le gouvernement français est réticent mais l’union européenne semble plus réceptive. Il est vrai que porcs et volailles sont omnivores et non végétariens et que d’un point de vue purement zootechnique l’utilisation des farines animales n’a rien d’aberrant. L’histoire a néanmoins montré les dangers de cette pratique et la nécessité d’un encadrement très rigoureux. La volonté d’utiliser les farines pour baisser les coûts de production n’est pas rassurante car elle s’inscrit dans un contexte où des producteurs aux abois risquent de faire peu de cas des règles sanitaires.

La maîtrise sanitaire de l’alimentation nécessite une attention toujours accrue. La diffusion de plusieurs études récentes montrant l’omniprésence des pesticides dans les aliments nous rappelle que la priorité doit être donnée à la mobilisation des acteurs et à la recherche de nouvelles améliorations. Le retour des farines aurait une très grande portée symbolique et serait perçue par tous, producteurs comme consommateurs, comme un signe de relâchement de l’effort collectif mené au bénéfice de la protection de la santé.


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26.04.2008

Vins et pesticides : un mauvais ménage

cf6f8fac85dd219a87065787810eb59c.jpg Il y a encore quelques jours, les consommateurs français pouvaient se moquer des vins frelatés italiens dangereux pour la santé. Mais depuis lors le réseau européen Pesticides Action Network Europe (PAN-Europe) a publié une étude qui établit la présence généralisée de pesticides dans les vins commercialisés en Europe et en France.


Deux voies s’offrent à nous pour aborder cette question. La première, rassurante, part du constat suivant lequel les taux de pesticides constatés restent inférieurs aux limites maximales autorisées et donc que les vins concernés sont sans danger pour les consommateurs.

A contrario, on peut s’étonner que les normes en matières de pesticides étant beaucoup plus laxistes pour le vin que pour l’eau, la quasi-totalité des vins analysés révèlent une teneur très supérieure à la norme maximale pour l’eau, plusieurs centaines ou milliers de fois supérieure dans certains cas. Cet élément peut légitimement soulever des interrogations.

Pour élargir le débat, on peut souligner que la viticulture européenne, qui représente 3.5% de la surface agricole utile, absorbe 15% des volumes de pesticides de synthèse. De nombreux viticulteurs ont réagi à cette pratique en se tournant vers l’agriculture biologique. Hier marginale, la viticulture bio a été dynamisée par de nombreux jeunes viticulteurs, héritiers de famille aux pratiques conventionnelles, qui ont choisi de se tourner vers le bio pour encore mieux valoriser l’authenticité du vins comme produit de terroir en symbiose avec son environnement. La législation européenne a encouragé cette évolution en rendant possible depuis juin 2007 l’attribution du label bio au vin et non plus au seul raisin.

Les vins issus de l’agriculture biologique ont passé avec succès le test de l’étude PAN-Europe. Pour la FNAB, la solution à la présence de pesticides dans le vin est toute trouvée : c’est le bio !

10.04.2008

Entre agrocarburants et émeutes de la faim : pour le retour des politiques agricoles

« Partout les prix flambent, les pauvres grondent » titrait Ouest-France lundi dernier. Dans toute l’Afrique, en Asie centrale, dans les Antilles se réveille le spectre de la faim qui menace de larges parties de la population. Le libéralisme trouve une nouvelle fois ses limites. Une action publique volontariste s’avère de nouveau indispensable pour éviter des déséquilibres destructeurs.

Il y a encore quelques mois l’agriculture européenne se cherchait une nouvelle vocation et faisait le pari du non alimentaire et des agrocarburants. J’ai à plusieurs reprises montré dans ce blog à quelles impasses menaient les agrocarburants. La semaine dernière, le gouvernement allemand a sonné l’hallali en annonçant l’arrêt de son programme. Non seulement le bilan environnemental des agrocarburants est négatif, mais en plus ils dégradent prématurément les mécaniques automobiles.

Aujourd’hui les pauvres ont faim dans le monde entier. L’alimentation manque et les prix explosent. Les agrocarburants ne sont bien sûr pas les seuls responsables de cette situation mais ils ont accentué les déséquilibres en détournant une partie des agriculteurs de la production alimentaire. L’explosion de la consommation qui accompagne celle du pouvoir d’achat dans les nouvelles grandes puissances comme la Chine ou l’Inde, l’urbanisation galopante qui grignote les terres cultivables, le réchauffement climatique qui provoque des sècheresses exceptionnelles comme en Australie, tous ces phénomènes se combinent pour conduire à une hallucinante pénurie alimentaire mondiale.

2debd1ea75f082ec267bb59c92a23a69.jpgCes deux dernies mois les émeutes de la faim se sont accélérées. Elles ont déjà fait des dizaines de morts et des centaines de blessés au Cameroun, à Haïti, en Egypte,… L’alimentation n’est pas une marchandise comme les autres. Depuis des décennies, les politiques libérales poussent au développement des cultures d’exportation et au démantèlement des systèmes de contrôle des échanges et des prix. Les cultures vivrières locales sont fragilisées, l’autosuffisance alimentaire régresse, les politiques agricoles volontaristes sont remises en cause.

Quand on parle de sécurité alimentaire dans nos grands pays développés, on fait référence à la sécurité sanitaire des produits. On a oublié que ce terme avait historiquement une autre signification : celle de l’accès garanti à la nourriture pour la population. L’insécurité alimentaire est de retour et appelle de nouvelles réponses politiques.

Les crises actuelles plaident pour le retour de politiques publiques agricoles, nationales, régionales et mondiales, pour assurer la production en quantité suffisante d’une nourriture sûre et de qualité. Ces politiques doivent s’organiser autour de quelques principes simples : économiser l’espace et consacrer les surfaces cultivables à l’alimentation, reconnaître le droit à la souveraineté alimentaire c'est-à-dire le droit pour chaque pays de viser l’autosuffisance et de protéger ses frontières, mener une révolution agronomique durable qui permette des gains de productivité rapides dans une agriculture adaptée aux contextes locaux et respectueuse de l’environnement.

La faillite du libéralisme à tout crin est de plus en plus évidente chaque jour. Elle sonne le retour d’une action publique collective, pragmatique, à l’écoute des besoins des populations.

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02.03.2008

Agrocarburants : la fin avant le début ?

3a2172eda8dd4bbde95d00092d55dc44.jpg Les agrocarburants ont du plomb dans l’aile. J’avais déjà dénoncé il y a plusieurs mois l’ineptie économique, écologique et agronomique des agrocarburants. Depuis, les mauvaises nouvelles ne cessent de tomber. L’avenir de cette industrie semble déjà compromis alors qu’elle n’a pas encore pris son envol...

Jugez-en plutôt :

- En augmentant la demande pour les céréales, la relance des agrocarburants s’est traduite par une envolée de prix des matières premières. L’augmentation du prix de l’alimentation qui en résulte pèse sur le pouvoir d’achat dans les pays développé menace l’approvisionnement des pays pauvres. Le plus absurde est que cette hausse du prix des matières premières condamne l’industrie des biocarburants elle-même puisque la hausse des prix de revient qui en résulte ruine sa compétitivité.

- L’institut de l’élevage dénonce l’augmentation du coût de production du lait et de la viande liée à la montée en puissance des agrocarburants qui pourrait mener « à l’abandon de l’herbe, des fourrages cultivés, des systèmes économes en énergie et fournisseurs de produits de qualité ».

- Un rapport de la chambre des communes britannique est venu confirmer, après d’autres études de l’OCDE et de la FAO, le bilan environnemental négatif des agrocarburants. Les parlementaires entendent limiter le soutien public aux seules cultures présentant un avantage écologique par rapport à l’essence. Ils dénoncent « le soutien aux biocarburants [qui] a été prématuré au regard des risques environnementaux importants associés aux technologies actuelles ».

- 150 scientifiques, réunis à Grenoble les 28 et 29 janvier, se sont demandés « comment [on avait] pu s’engager aussi rapidement dans la production d’agrocarburants ». Ils soulignent notamment les conséquences environnementales négatives pour la biodiversité, la forêt, la consommation de l’eau et les pollutions par les nitrates. Ils recommandent à contrario la valorisation de la biomasse, notamment dans les pays du Sud.

- Last but not least, les acteurs des filières de l’énergie demandent de réviser à la baisse l’incorporation du « pétrole vert » dans l’essence. L’Agence Internationale de l’Energie recommande quant à elle « l’arrêt des investissements nouveaux dans la production de biocarburants de première génération » en raison de « coûts élevés », d’une « utilisation importante des surfaces agricoles », et d’un « renchérissement des matières premières ». (Le Monde 23/02/2008)98d67c8c0bd013cc137ff1161323fd26.gif


Fermez le ban ! La promotion des agrocarburants n’a jamais eu comme fondement l’intérêt général mais le soutien aux grandes cultures céréalières et à la FNSEA qui faisait lors de son dernier congrès du non-alimentaire la planche de salut de l’agriculture du 21ème siècle. Il faut donc aujourd’hui faire preuve de lucidité et stopper une fuite en avant déraisonnable dans le monde agricole et industriel.

Pour autant, il ne faudrait pas jeter le bébé avec l’eau du bain. L’échec des agrocarburants ne doit pas faire oublier les promesses des biocarburants de seconde génération : valorisation des déchets et de la biomasse, micro-organismes producteurs d’énergie … Tournons la page des agrocarburants pour ouvrir celle des biocarburants et de la bioénergie.

16.11.2007

Alimentation : ce qu’ils vous préparent !

Les industriels de l’alimentation sont confrontés à la hausse brutale des prix agricoles. Ils aimeraient pouvoir répercuter ces hausses sur les distributeurs et les consommateurs mais ceux-ci se rebiffent. Rassurez-vous, les industriels ont plus d’un tour dans leur sac !

4fb0ad76ff40b8ed246e6dbd4602ed5a.jpg Dans son édition du 8 novembre, Le Monde évoque les deux stratégies empruntées par les industriels : monter en gamme en proposant des produits à plus forte valeur ajoutée, réduire les coûts de fabrication des produits classiques.

En proposant des produits nouveaux, centrés sur la santé et la nutrition, et qui n’ont pas d’équivalent sur le marché, les industriels peuvent fixer librement leurs prix en l’absence de concurrence et donc de comparaison possible. Rappelez-vous Actimel, vendu à prix d’or par Danone pour un bénéfice nutritionnel improbable. Ce type de stratégie nécessite néanmoins des moyens en recherche et développement qui ne sont pas à la portée de tous.

Pour les PME de l’agroalimentaire, il est beaucoup plus accessible de s’adapter en réduisant les coûts de fabrication. Pour y parvenir, la présidente d’une agence spécialisée dans l’innovation alimentaire évoque la riante perspective « des yaourts sans lait, des steaks avec 50% de soja » et rajoute : « nous sommes même loin d’avoir tout exploré. Si le soja est trop cher, on mettra autre chose ». Les industriels peuvent aussi baisser le poids d’un produit sans en changer le prix, ou renoncer à leur marque et passer sous marque distributeur pour réduire les coûts de marketing et de publicité. Séduisant, non ?

Agriculture et alimentation sont ainsi entrées dans les turbulences. Le développement des agrocarburants, les aléas climatiques, la hausse de la demande des pays émergents, la désorganisation de la production liée à la réforme de la PAC,5dfb2371f13a9c942e700ade7cbef709.jpg se sont combinés pour produire un cocktail explosif. Les prix flambent, les pays pauvres ne peuvent plus nourrir leur population, les consommateurs européens trinquent... et l’industrie agroalimentaire renoue avec ses pires démons en envisageant tous les tripatouillages possibles de ses produits pour sauver ses marges : la santé face aux enjeux financiers. Il est temps de se rappeler que l’alimentation représente un enjeu éminemment politique et qu’il n’est pas opportun de la laisser entre les mains des seuls intérêts privés.

04.11.2007

Les agrocarburants passeront-ils l’hiver ?

14bd5b140e8c4a7a1e928e1a42207e7f.jpg Sale temps pour les agrocarburants. Le Grenelle de l’environnement les a superbement ignorés, soulignant ainsi leur faible intérêt écologique. L’équilibre économique de la filière est mis en danger par la hausse des prix des céréales, elles-même en partie liée au développement des agrocarburants.

La Commission européenne envisage de réduire les aides au développement des cultures énergétiques mises en place en 2003. On peut la comprendre. Au moment où l’ensemble des marchés agricoles sont en situation de déséquilibre lié à un déficit d’offre de produits alimentaires, l’intérêt des cultures énergétiques ne paraît plus aussi évident.

Cette perspective fait fortement réagir les associations de producteurs de céréales qui ont massivement investi dans les outils industriels de la filière. La baisse des soutiens publics risque de leur être fatale à un moment où la hausse du prix des céréales vient remettre en cause la rentabilité économique de la filière des agrocarburants. Il s’agit là d’une belle histoire d’arroseurs arrosés. La forte demande en provenance de ces filières a contribué à faire flamber les prix agricoles. A court terme, les producteurs ont touché le gros lot mais ce niveau élevé des prix se retourne contre ceux qui se sont engagés dans le développement des agrocarburants.

Le Grenelle de l’environnement a quant à lui proprement enterré la légitimité environnementale des agrocarburants. Dans le texte consacré à l’énergie, il est suggéré de procéder à une « revue générale des différentes filières (éolien, hydroélectricité, biocarburants) » pouvant déboucher sur un « plan de promotion des filières renouvelables d’excellence écologique ». Le caractère alambiqué de ce texte, fruit d’intenses négociations, montre bien que l’excellence écologique des agrocarburants n’est pas considérée comme acquise.5bf95a4c0af5a944cc42ea75f4598cc5.jpg Le texte consacré à l’agriculture ne dit pas un mot de cette filière, pourtant présentée au dernier congrès de la FNSEA comme la planche de salut du monde agricole. Par contre, les deux textes soulignent l’intérêt de valoriser les filières courtes de production d’énergie dans les exploitations agricoles (biomasse mais aussi solaire et petit éolien) pour viser l’autonomie énergétique de 30% des exploitations en 2013.

Les faits sont têtus. Ils s’accumulent pour montrer l’absence d’utilité sociale et environnementale des agrocarburants. Au gouvernement désormais de prendre ses responsabilités et enterrer définitivement cette chimère.