22.10.2009
Un milliard d’affamés
Le vendredi 16 octobre marquait la journée mondiale de l’alimentation. Deux jours plus tôt, l’Unicef s’était déclaré profondément préoccupé par le nombre croissant d’enfants affectés par la faim et la sécheresse dans la Corne de l’Afrique : en 2009, ce sont environ 500 000 enfants de moins de cinq ans qui souffriront de malnutrition sévère. Par ailleurs, selon l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture, le nombre de personnes qui souffrent de la faim devrait dépasser le milliard cette année.La communauté internationale s’était engagée à réduire le nombre de personnes qui souffrent de la faim à moins de 420 millions d’ici à 2015. Mais cet objectif ne pourra plus être tenu, car les causes structurelles multiples expliquant cette situation se sont aggravées : conflits entre pays, guerres civiles, désorganisation des systèmes agricoles… sans oublier les conséquences de la récession mondiale. Car si les prix agricoles ont baisé après la flambée de 2007 et 2008, ils restent encore bien plus élevés qu’il y a quelques années.
A ceci s’ajoute une chute vertigineuse des investissements étrangers dans les pays en développement (-32% par rapport à 2007) et de l’aide publique au développement (-25% par rapport à 2007 pour les 71 pays les plus pauvres). Pour ces pays, le coût de l’accès au financement s’est accru en même temps que les débouchés commerciaux se réduisaient. Non seulement les générations actuelles sont privées d’une partie de leurs maigres revenus mais ce sont aussi les chances des générations futures d’avoir une vie meilleure qui se trouvent amoindries …
Alors que les pays riches se concentrent sur leurs propres difficultés et que les banques recommencent à distribuer de faramineux bonus grâce à une politique fiscale lamentable, la FAO appelle à "une assistance immédiate pour éviter une aggravation de la situation", car ces bouleversements ont eu "des effets dévastateurs sur la plupart des populations pauvres dans le monde" qui pèseront sur le développement ultérieur de ces pays (à savoir : travail des enfants, émigration segmentée et vente d’actifs comme le bétail).
Cependant, il faut être conscient que l’assistance et l’injection monétaire dans des systèmes ravagés ne ferait que réduire le choc. Il faut aller plus loin. Des changements structurels s’imposent pour assurer durablement une hausse de la production vivrière : infrastructures commerciales, régulation des prix de vente, modernisation agricole, aide aux petits producteurs... La question de la gouvernance reste incontournable pour permettre des solutions durables au problème de la faim. L’aide internationale doit être un outil pour alimenter les populations et non pour alimenter les comptes en banques des guérillas.
Des pistes concrètes existent pour progresser rapidement. Les chercheurs du programme Agrimonde ont développé deux scenarii pour nourrir la planète en 2050 qui compterait alors près de 40% de population supplémentaire. Après avoir reconstitué les quantités de nourriture produites entre 1961 et 2003, ils ont construit un outil utilisable pour chaque pays, exprimé en kilocalories, qui propose deux options. La première privilégie les rendements sans se soucier de l’écologie et permet de produire 3588 kilocalories par jour et par habitant de la planète, dont 834 d’origine animale. La deuxième option propose un développement écologiquement intensif sur la base d’une consommation de 3000 kilocalories par jour et par personne, dont 500 seulement d’origine animale. Ce scénario supposerait que les pays développés révisent leur régime alimentaire pour diminuent leur consommation d’un quart et permettre ainsi d’augmenter d’autant celle de l’Afrique sub-saharienne.Le programme Agrimonde rappelle aussi deux choses fondamentales. D’une part, il est nécessaire de réduire fortement les gaspillages, estimés à 800 kilocalories par habitant et par jour. D’autre part, il est indispensable d’établir une régulation des échanges internationaux de produits agricoles et alimentaires afin de protéger le développement des agricultures locales.
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11.10.2009
Agriculture, alimentation et développement durable : les dogmes à l’épreuve du réel
Le développement durable est un sujet trop sérieux pour laisser prise au dogmatisme. L’urgence environnementale implique de regarder le réel en face, qu’il condamne sans appel le productivisme ou qu’il remette en cause des convictions défendues avec force au nom de l’écologie. Le débat libre et sans fard est nécessaire, le conformisme nous mènerait dans l’impasse.Aujourd'hui, trois exemples me permettront d’illustrer mon propos : les biocarburants, le quinoa, la consommation de proximité.
En quelques années le débat sur les biocarburants a beaucoup évolué. Après avoir défendu pendant longtemps les agrocarburants, élaborés à partir de grandes cultures (maïs, blé, betterave, canne à sucre…), les autorités doivent se rendre à l’évidence : le bilan énergétique des agrocarburants est médiocre et l’effet de substitution sur l’usage alimentaire des surfaces agricole est dangereux. L’Ademe fait son mea culpa 7 ans après son premier rapport en la matière, et annonce désormais le lancement des biocarburants de seconde génération qui valorisent la biomasse à travers la création en France de deux sites expérimentaux.
Le quinoa est une des plantes star de la consommation engagée. Terra Economica lui consacre un article dans son numéro de septembre. "Il est bio et équitable. On adore sa légèreté et son petit goût de noisette." Il fait aujourd’hui le bonheur des paysans boliviens qui sont désormais plus de 40 000 à vivre de sa culture ou de sa transformation. Pour autant la médaille a un revers qui se révèle chaque jour plus douloureux : "autrefois cultivé à flanc de collines, sur un mode alterné et en petites parcelles, le quinoa glisse vers les plaines, plus propices à la culture intensive." Le succès du quinoa entraîne une "contrepartie [qui] est sévère : abandon de l’élevage des lamas, appauvrissement des sols, érosion des terres et apparition de nouveaux ravageurs… D’année en année, la productivité baisse et la désertification est en marche."
Sur le site de la Mission des Agrobiosciences, Jean-Claude Flamant décortique les enjeux de développement durable liés à la notion de proximité souvent présentée comme une solution miracle. Changement climatique, adéquation avec nos modes de vie, relation à l’alimentation, lien social, commerce équitable, sont successivement passés en revue pour montrer que si la notion de proximité peut être un levier du changement, elle peut également, si l’on n’y prend pas garde, générer des effets boomerang inattendus. Il nous demande de sortir de l’incantation pour agir au concret.
Alors tentons une conclusion au risque de susciter des polémiques : on ne rendra pas service au développement durable en passant d’un dogme à un autre. Le progrès social a besoin d’esprit critique et de délibération collective, plutôt que de fascination pour des modes successives et parfois éphémères.
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22.06.2009
Faim dans le monde : plus d'un milliard de personnes touchées
Il y a de quoi être inquiet : selon les prévisions conjointes de la FAO, du PAM et du FIDA, la sous-alimentation atteindra un niveau record en 2009 : 1,02 milliard d'êtres humains, soit +11 % par rapport à 2008...Malgré une production mondiale record de céréales en 2008, la crise efface peu à peu les progrès accomplis ces dernières années en matière de lutte contre la faim. Ainsi, selon l'Organisation pour l'alimentation et l'agriculture (FAO), la récente aggravation de la faim dans le monde n'est pas le résultat de mauvaises récoltes au niveau mondial, mais une conséquence de la crise économique qui a provoqué baisse des revenus et pertes d'emplois.
Parallèlement, le Programme alimentaire mondial (PAM) a réalisé une étude dans cinq pays (Arménie, Bangladesh, Ghana, Zambie et Nicaragua) qui montre les réponses dramatiques des ménages face à cette situation : réduction du nombre de repas, report sur des denrées moins chères mais moins nutritives (privation de viande, par exemple), vente du bétail, emprunts, déscolarisation des enfants, etc. On remarque par ailleurs que les plus sévèrement frappés ne sont pas seulement les pauvres les plus démunis, mais aussi de nouveaux pans de la population qui plongent dans la misère.
La faim dans le monde est un scandale qui dure. La sous-alimentation frappe partout, y compris en bas de chez nous : plus de 25 000 personnes en meurent chaque jour. Il ne faudrait pourtant pas grand chose pour éradiquer ce fléau, en regard des sommes injectées dans le sauvetage des banques, qui sont des coupables, quand les affamés ne sont que des victimes.
Le monde ne manque pourtant pas de nourriture mais celle-ci reste mal répartie sur la planète : les excédents au Nord et les besoins au Sud. Dans nombre de pays pauvres, la production alimentaire et les rendements progressent, permettant souvent à ces pays d’être auto-suffisants, comme c'est le cas du Brésil ou du Vietnam. Mais la faim n'est pas seulement un problème de production, c'est d'abord une question de répartition des richesses. Même dans les pays riches, on est surpris de constater que la malnutrition existe encore, malgré tous les programmes sociaux : au total, neuf millions d'habitants des pays industrialisés ont faim, et c’est aussi le cas de 25 millions de personnes dans les pays dits "en transition".
Face à ce désastre persistant, les remèdes sont pourtant simples. Il faut relancer l'investissement dans l'agriculture en favorisant des projets de développement agricole durable dans les pays du Sud, tout en créant des infrastructures routières, ferroviaires et portuaires afin d’acheminer rapidement la nourriture vers les zones frappées par la famine.
Par ailleurs, la "bonne gouvernance" est un élément fondamental pour une solution durable au problème de la faim dans le monde. Les pays développés et les organisations internationales doivent avoir des exigences en matière de démocratie et de protection des droits de l’Homme face aux dictatures prédatrices vivant aux dépens de leur population, et la realpolitik ne doit plus être l'excuse pour susciter ou appuyer des guerres civiles comme on en a tant vu en Afrique. L'argent public doit pouvoir alimenter les populations, et non financer les guérillas et autres marchands de canons.Le combat contre la sous-alimentation est porteur d'espoir car les outils sont à portée de main. Selon les experts, nous pouvons être pratiquement sûrs que la famine sera définitivement vaincue au cours de ce siècle. Mais cette victoire contre la faim peut se situer en 2030 comme en 2080. Entre ces deux dates, il y a cinquante ans, soit plus de quatre cents millions de morts.
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31.03.2009
La sécurité sanitaire en péril
Le mensuel « Que-choisir ? » publie dans son numéro de mars une brève édifiante qui illustre le délitement progressif du service public de sécurité des aliments. Plutôt que de paraphraser cette note dont je partage chaque mot, j’ai préféré publier in extenso ce court texte...« Augmenter le nombre de fonctionnaires, ce n’est pas dans l’air du temps. C’est pourtant ce que réclame le syndicat qui regroupe les vétérinaires chargés des contrôles publics censés garantir la sécurité sanitaire des aliments (SNISPV – Syndicat national des inspecteurs de santé publique vétérinaire). Avec un argument de poids.
Une mission d’inspection de l’Office vétérinaire et alimentaire, organe de la commission européenne, a mis en lumière des lacunes considérables dans l’inspection des volailles dans les abattoirs français. A tel point que Bruxelles a menacé d’interdire nos exportations de volailles si tout ne rentrait pas vite dans l’ordre.
Les chiffres parlement d’eux-mêmes : une vingtaine de contrôleurs (en équivalent temps plein) étaient ces derniers temps présents dans les abattoirs de volailles alors que, de l’aveu même de la Direction Générale de l’Alimentation, il en faudrait cent vingt pour assurer une inspection rigoureuse, respectant la règlementation communautaire.
Devant l’hypothèse d’un embargo aux « conséquences économiques désastreuses », le directeur de cabinet de Michel Barnier, ministre de l’Agriculture, s’est fendu d’une circulaire auprès des directeurs régionaux de l’alimentation, pour les enjoindre d’augmenter les effectifs de vétérinaires dans les abattoirs. Problème selon le SNISPV, on ne dispose d’aucune marge de redéploiement, les effectifs ayant sensiblement diminué depuis 5 ans. Dès lors, ramener des contrôleurs dans les abattoirs de volailles revient à supprimer des visites dans les autres abattoirs, les boucheries, les restaurants, etc. La sécurité des aliments n’en sortira pas gagnante. Mais les pouvoirs publics s’en soucient-ils vraiment, eux qui attendent que Bruxelles menace nos intérêts économiques pour se pencher sur la question ? »
Un changement de pied est urgent dans la politique nationale de sécurité des aliments. On se souviendra que le démantèlement du service public d’inspection vétérinaire en Grande-Bretagne a été un des facteurs déclenchant de la crise de la vache folle et des grandes épidémies animales comme la fièvre aphteuse qui ont frappé ce pays ces dernières années. Une fois de plus, libéralisme et intérêt général ne font pas bon ménage, le combat idéologique contre les services publics est dangereux pour la santé et le bien-être des populations.
05:57 Publié dans A la une : nouveaux désordres agricoles | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note
11.03.2009
Bonnes et mauvaises nouvelles sur le front de l’alimentation
L’actualité est riche sur le front de l’alimentation et voit se succéder bonnes et mauvaises nouvelles qui témoignent ainsi des oscillations de l’action publique. Je vous en propose ici quelques exemples instructifs qui montrent la nécessité d’une « mise en politique » plus forte de ces questions... Malgré les crises de sécurité des aliments intervenues depuis de nombreuses années, la consommation et l’alimentation restent les parents pauvres de l’agenda politique.Camembert au lait cru : retour au bercail des mauvais élèves
Les deux plus grands producteurs de camembert : Lactalis et la coopérative Isigny Sainte-Mère avaient depuis deux ans choisi de renoncer au lait cru. Ils invoquaient des problèmes de maîtrise des risques sanitaires qui cachaient mal leur volonté de changer de mode de recette pour abaisser les coûts de production.
Le cahier des charges de l’AOC imposant l’utilisation du lait cru, ces deux sociétés avaient été contraintes de renoncer à l’appellation et avaient subit une perte de 30% de chiffre d’affaire au profit des producteurs de l’AOC. Les consommateurs ont donc ici imposé leur Loi.
La Commission européenne échoue à obtenir la levée de l’embargo hongrois et autrichien sur les OGM...
Contre toute attente, le refus de la proposition de levée de l’embargo faite par la Commission a réuni 22 des 27 États lors d’une récente réunion du Conseil des Ministres de l’environnement. Face à cette majorité qualifiée, la Commission ne peut décider seule et sera contrainte de revenir à la charge. C’est de bon augure pour la France qui verra son cas traité prochainement, mais cette fois par le Conseil des ministres de l’Agriculture.
... mais des traces d’OGM dans les assiettes bio en Belgique !
20% des produits testés présentant des traces d’OGM, dont certains produits bio, sept produits contenant des OGM non autorisés dans l’Union Européenne, tel est le constat dressé par l’organisation belge de défense des consommateurs Test-Achat. Celle-ci stigmatise le laxisme de l’Union Européenne, l’insuffisance de sa législation, et l’illusion de la possibilité de maîtriser les risques de contamination.
Fruits et légumes encore plus contaminés par les pesticides
Au cours de ses contrôles menés en 2007, la DGCCRF a identifié en moyenne 8% de produits non conformes à la règlementation en matière de résidus de pesticides pour les fruits, légumes et produits céréaliers. Ce taux est en constante augmentation depuis trois ans et plus de 40% de ces produits présentent des traces de pesticides. Ce constat est alarmant car il témoigne là encore d’une difficulté de maîtrise de la qualité sanitaire des produits.
15:39 Publié dans A la une : nouveaux désordres agricoles | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note
13.01.2009
Le Round Up de Monsanto dangereux pour la santé ?
Le Round Up est le désherbant le plus vendu dans le monde et le produit phare de Monsanto. Cette entreprise est leader des OGM végétaux et a développé de nombreuses lignées résistantes au Round Up. Cela lui permet de coupler la commercialisation des semences et celle du désherbant qui peut ainsi être utilisé sans nuire à la récolte. Censée conduire à une réduction de l’utilisation des herbicides, cette stratégie a été dénoncée comme purement commerciale et conduisant au contraire à leur banalisation.Les travaux publiés montrent que les effets les plus marqués sur les cellules étudiées ne sont pas dus au composé actif principal, le glyphosate, mais à d’autres composés entrant dans la formulation du Round Up. Selon G.-E. Seralini, ces résultats devraient conduire à remettre en cause les principes dominants d’analyse des risques qui étudient séparément le principe actif et les adjuvants, pour au contraire tenir compte de « l’effet cocktail » lié à leur combinaison en évaluant globalement leur impact toxicologique. Les experts de l’Afssa estiment au contraire que cette nouvelle publication ne justifie pas une réévaluation du Round Up.
Une nouvelle fois ce sont les principes et méthodes d’analyse qui sont au cœur des polémiques, ainsi que la place des études toxicologiques dans l’évaluation des risques. Il est temps d’ouvrir un débat pluraliste et transparent sur ces questions qui ont un impact direct sur l’approche de la relation entre santé et environnement.
C’est dans ce contexte que se poursuit l’offensive des promoteurs des OGM. Le même article du Monde signale que Monsanto entend commercialiser "au début de la prochaine décennie" un maïs transgénique résistant mieux à la sécheresse. Au même moment, le semencier Pioneer Hi-Bred International défend une autre approche en menant des essais sur un maïs lui aussi tolérant à la sécheresse mais obtenu par sélection classique (non OGM), montrant ainsi que les alternatives aux OGM existent bel et bien et que celles-ci n’ont rien d’inévitables.
09:34 Publié dans A la une : nouveaux désordres agricoles | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note
11.09.2008
Le retour de la « sécurité alimentaire » : des dizaines de millions de personnes menacées par un désastre alimentaire
Le nombrilisme des pays développés traduit leur égoïsme forcené ; ces dernières années la part de leur PIB consacrée à l'aide au développement a ainsi baissé. Mais ce repli sur nous-mêmes ne peut évacuer la réalité vécue par le milliard de personnes qui vivent sur notre planète avec moins de 1 dollar par jour. Face à l'explosion des prix alimentaires et de ceux de l'énergie, ces populations ont parfois vu leur pouvoir d'achat divisé par deux en quelques mois, fragilisant ainsi gravement leur accès à l'alimentation.

Josette Sheeran, directrice du programme alimentaire mondiale, qualifie cette situation de « tsunami agricole ». En effet, les désordres actuels ne concernent plus, comme souvent par le passé, quelques pays menacés par la famines. La crise « frappe tous les pays. Nous sommes confrontés à la première crise alimentaire globale » (Le Monde du 27 juillet 2008).
Cette situation dramatique qui menace la vie de dizaines de millions de personnes dans le monde doit nous rappeler à deux exigences. La première est l'exigence de solidarité. La paix et le développement durable n'ont de sens que dans un monde solidaire qui met en place des régulations nouvelles et investit collectivement pour rapprocher les niveaux de vie. L'autonomie alimentaire est la clé du bien-être et le socle du développement. Il ne revient pas au nord de « nourrir la planète », chaque pays ou région du monde doit se voir reconnaître le droit à la souveraineté alimentaire. Pour atteindre cet objectif nous devons réinventer une agronomie adaptée à chaque situation locale et tourner le dos au modèle hyper technologique que symbolisent les OGM.
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09.05.2008
Vers le retour des farines animales ?
Il est par exemple indispensable d’alerter l’opinion sur la possibilité d’un retour prochain des farines de viandes et d’os dans l’alimentation animale. Depuis de nombreux mois, les producteurs de porcs français et européens plaident pour le retour de ces farines dont l’utilisation est interdite depuis la crise de la vache folle. Les farines ont été remplacées par des céréales dans l’alimentation des porcs. Confrontés à l’augmentation des cours mondiaux des céréales, les producteurs espèrent du retour des farines une économie de 4 centimes par kilo de viande !

Le gouvernement français est réticent mais l’union européenne semble plus réceptive. Il est vrai que porcs et volailles sont omnivores et non végétariens et que d’un point de vue purement zootechnique l’utilisation des farines animales n’a rien d’aberrant. L’histoire a néanmoins montré les dangers de cette pratique et la nécessité d’un encadrement très rigoureux. La volonté d’utiliser les farines pour baisser les coûts de production n’est pas rassurante car elle s’inscrit dans un contexte où des producteurs aux abois risquent de faire peu de cas des règles sanitaires.
La maîtrise sanitaire de l’alimentation nécessite une attention toujours accrue. La diffusion de plusieurs études récentes montrant l’omniprésence des pesticides dans les aliments nous rappelle que la priorité doit être donnée à la mobilisation des acteurs et à la recherche de nouvelles améliorations. Le retour des farines aurait une très grande portée symbolique et serait perçue par tous, producteurs comme consommateurs, comme un signe de relâchement de l’effort collectif mené au bénéfice de la protection de la santé.

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26.04.2008
Vins et pesticides : un mauvais ménage
Il y a encore quelques jours, les consommateurs français pouvaient se moquer des vins frelatés italiens dangereux pour la santé. Mais depuis lors le réseau européen Pesticides Action Network Europe (PAN-Europe) a publié une étude qui établit la présence généralisée de pesticides dans les vins commercialisés en Europe et en France. Deux voies s’offrent à nous pour aborder cette question. La première, rassurante, part du constat suivant lequel les taux de pesticides constatés restent inférieurs aux limites maximales autorisées et donc que les vins concernés sont sans danger pour les consommateurs.
A contrario, on peut s’étonner que les normes en matières de pesticides étant beaucoup plus laxistes pour le vin que pour l’eau, la quasi-totalité des vins analysés révèlent une teneur très supérieure à la norme maximale pour l’eau, plusieurs centaines ou milliers de fois supérieure dans certains cas. Cet élément peut légitimement soulever des interrogations.
Pour élargir le débat, on peut souligner que la viticulture européenne, qui représente 3.5% de la surface agricole utile, absorbe 15% des volumes de pesticides de synthèse. De nombreux viticulteurs ont réagi à cette pratique en se tournant vers l’agriculture biologique. Hier marginale, la viticulture bio a été dynamisée par de nombreux jeunes viticulteurs, héritiers de famille aux pratiques conventionnelles, qui ont choisi de se tourner vers le bio pour encore mieux valoriser l’authenticité du vins comme produit de terroir en symbiose avec son environnement. La législation européenne a encouragé cette évolution en rendant possible depuis juin 2007 l’attribution du label bio au vin et non plus au seul raisin.
Les vins issus de l’agriculture biologique ont passé avec succès le test de l’étude PAN-Europe. Pour la FNAB, la solution à la présence de pesticides dans le vin est toute trouvée : c’est le bio !
07:05 Publié dans A la une : nouveaux désordres agricoles | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note
10.04.2008
Entre agrocarburants et émeutes de la faim : pour le retour des politiques agricoles
Il y a encore quelques mois l’agriculture européenne se cherchait une nouvelle vocation et faisait le pari du non alimentaire et des agrocarburants. J’ai à plusieurs reprises montré dans ce blog à quelles impasses menaient les agrocarburants. La semaine dernière, le gouvernement allemand a sonné l’hallali en annonçant l’arrêt de son programme. Non seulement le bilan environnemental des agrocarburants est négatif, mais en plus ils dégradent prématurément les mécaniques automobiles.
Aujourd’hui les pauvres ont faim dans le monde entier. L’alimentation manque et les prix explosent. Les agrocarburants ne sont bien sûr pas les seuls responsables de cette situation mais ils ont accentué les déséquilibres en détournant une partie des agriculteurs de la production alimentaire. L’explosion de la consommation qui accompagne celle du pouvoir d’achat dans les nouvelles grandes puissances comme la Chine ou l’Inde, l’urbanisation galopante qui grignote les terres cultivables, le réchauffement climatique qui provoque des sècheresses exceptionnelles comme en Australie, tous ces phénomènes se combinent pour conduire à une hallucinante pénurie alimentaire mondiale.
Ces deux dernies mois les émeutes de la faim se sont accélérées. Elles ont déjà fait des dizaines de morts et des centaines de blessés au Cameroun, à Haïti, en Egypte,… L’alimentation n’est pas une marchandise comme les autres. Depuis des décennies, les politiques libérales poussent au développement des cultures d’exportation et au démantèlement des systèmes de contrôle des échanges et des prix. Les cultures vivrières locales sont fragilisées, l’autosuffisance alimentaire régresse, les politiques agricoles volontaristes sont remises en cause.Quand on parle de sécurité alimentaire dans nos grands pays développés, on fait référence à la sécurité sanitaire des produits. On a oublié que ce terme avait historiquement une autre signification : celle de l’accès garanti à la nourriture pour la population. L’insécurité alimentaire est de retour et appelle de nouvelles réponses politiques.
Les crises actuelles plaident pour le retour de politiques publiques agricoles, nationales, régionales et mondiales, pour assurer la production en quantité suffisante d’une nourriture sûre et de qualité. Ces politiques doivent s’organiser autour de quelques principes simples : économiser l’espace et consacrer les surfaces cultivables à l’alimentation, reconnaître le droit à la souveraineté alimentaire c'est-à-dire le droit pour chaque pays de viser l’autosuffisance et de protéger ses frontières, mener une révolution agronomique durable qui permette des gains de productivité rapides dans une agriculture adaptée aux contextes locaux et respectueuse de l’environnement.
La faillite du libéralisme à tout crin est de plus en plus évidente chaque jour. Elle sonne le retour d’une action publique collective, pragmatique, à l’écoute des besoins des populations.

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