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16.11.2007

Alimentation : ce qu’ils vous préparent !

Les industriels de l’alimentation sont confrontés à la hausse brutale des prix agricoles. Ils aimeraient pouvoir répercuter ces hausses sur les distributeurs et les consommateurs mais ceux-ci se rebiffent. Rassurez-vous, les industriels ont plus d’un tour dans leur sac !

4fb0ad76ff40b8ed246e6dbd4602ed5a.jpg Dans son édition du 8 novembre, Le Monde évoque les deux stratégies empruntées par les industriels : monter en gamme en proposant des produits à plus forte valeur ajoutée, réduire les coûts de fabrication des produits classiques.

En proposant des produits nouveaux, centrés sur la santé et la nutrition, et qui n’ont pas d’équivalent sur le marché, les industriels peuvent fixer librement leurs prix en l’absence de concurrence et donc de comparaison possible. Rappelez-vous Actimel, vendu à prix d’or par Danone pour un bénéfice nutritionnel improbable. Ce type de stratégie nécessite néanmoins des moyens en recherche et développement qui ne sont pas à la portée de tous.

Pour les PME de l’agroalimentaire, il est beaucoup plus accessible de s’adapter en réduisant les coûts de fabrication. Pour y parvenir, la présidente d’une agence spécialisée dans l’innovation alimentaire évoque la riante perspective « des yaourts sans lait, des steaks avec 50% de soja » et rajoute : « nous sommes même loin d’avoir tout exploré. Si le soja est trop cher, on mettra autre chose ». Les industriels peuvent aussi baisser le poids d’un produit sans en changer le prix, ou renoncer à leur marque et passer sous marque distributeur pour réduire les coûts de marketing et de publicité. Séduisant, non ?

Agriculture et alimentation sont ainsi entrées dans les turbulences. Le développement des agrocarburants, les aléas climatiques, la hausse de la demande des pays émergents, la désorganisation de la production liée à la réforme de la PAC,5dfb2371f13a9c942e700ade7cbef709.jpg se sont combinés pour produire un cocktail explosif. Les prix flambent, les pays pauvres ne peuvent plus nourrir leur population, les consommateurs européens trinquent... et l’industrie agroalimentaire renoue avec ses pires démons en envisageant tous les tripatouillages possibles de ses produits pour sauver ses marges : la santé face aux enjeux financiers. Il est temps de se rappeler que l’alimentation représente un enjeu éminemment politique et qu’il n’est pas opportun de la laisser entre les mains des seuls intérêts privés.

Commentaires

Je ne connais pas la situation dans l'agroalimentaire, mais pour avoir eu l'occasion de rencontres avec des industriels d'autres secteurs, les pratqiques de la grande distribution en terme de politique d'achat poussent au crime.

La demande d'une baisse permanente des coûts est souvent explicitement complétée par une demande de délocalisation.

Cela m'a rappelé ce que m'avait expliqué le DRH d'un site de production AIRBUS, qui me disait que les agences de notation internationales qui évaluent la société comme tous les grands groupes, avaient parmis les centaines de critères d'évaluation, le pourcentage d'intérimaires employés par la société. Ce pourcentage ne devant pas passer sous un certain seuil, afin que la société offre aux investisseurs une garantie de flexibilité et d'adaptabilité.

Dans ces deux cas, l'enjeux, c'est la chaîne de commandement, qui a le pouvoir sur qui, qui impose ses conditions à qui, et quels sont les critères qui déterminent les ordres du donneur d'ordre.

J'ai tendance à penser que les critères de la grande distribution ne sont pas plus légitimes que ceux des industriels, qui doivent en tout état de cause préserver voir développer une marge bénéficiaire s'ils veulent se développer, investir, etc.

Ecrit par : Filip | 19.11.2007

Il serait important de légiférer (ou d'appliquer la législation, je ne sais pas ce qu'il en est) de manière rigoureuse...) sur l'étiquetage. Ca n'est qu'une partie du problème, mais révélatrice de la contradiction des intérêts et de la volonté de tromper, et où l'industriel et le législateur sont en friction directe. Il n'est par ex. pas admissible de décomposer le sucre en 3 ingrédients (sucre, glucose, fructose-glucose de blé - le dernier dada) ni de citer dans les listes d'ingrédients des éléments composites (ex. chocolat, contenant sucre et graisses). Mon esprit prompt aux procès d'intention craint que l'objectif soit de faire remonter dans la liste des ingrédients les mots "valorisants" et de fractionner, donc faire reculer, les ingrédients moins valorisants. J'en suis à lire la liste des ingrédients dans toutes les langues fournies sur l'emballage car les précisions varient d'une langue à l'autre; certes, ça fait travailler le suédois...

Ecrit par : Marc G. | 19.11.2007

3 remarques suite à vos contributions:
- l'alimentation n'est pas une marchandise comme une autre. Ses enjeux nutritionnels, sanitaires et symboliques justifient un niveau de protection plus élevé du consommateur
- transformation, distribution, tout le monde est responsable. A la pression commerciale des uns réponds la "créativité" débridée et sans limite des autres. Dès règles plus précises sur ce qui est autorisé ou pas sont nécessaires. Nous devons surtout renforcer les droits des consommateurs et de leurs associations.
- l'étiquetage représente un enjeu majeur pour renforcer les droits des consommateurs mais il ne peut être qu'un outil et ne se suffit pas à lui-même.

Cordialement,

Christophe Clergeau

Ecrit par : Christophe Clergeau | 20.11.2007

Connaissant l'intérêt des lecteurs pour les questions liées aux politiques publiques touchant à l'alimentation, je mentionne (mais probablement l'avez vous déjà lu dans Que Choisir ou autres sources) la vive protestation de la ministre de la culture contre d'éventuelles contraintes appliquées à la publicité pour des produits "néfastes" (faisons vite) pour les enfants, à la télé. Mme Albanel, spécialiste reconnue des questions alimentaires, nous explique que la justification de cette contrainte n'est pas prouvée. Un ami qui lui veut du bien a dû le lui expliquer. J'espère que cette histoire fera du bruit, non (seulement) pour le plaisir de la polémique, mais parce que seule la peur de l'opinion publique peut aider la majorité en place à surmonter sa symbiose avec les puissances de l'argent. Il me tarde de voir quelle décision finale sera donnée...

Ecrit par : Marc (Ste-Luce) | 27.04.2008

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