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10.04.2008
Entre agrocarburants et émeutes de la faim : pour le retour des politiques agricoles
Il y a encore quelques mois l’agriculture européenne se cherchait une nouvelle vocation et faisait le pari du non alimentaire et des agrocarburants. J’ai à plusieurs reprises montré dans ce blog à quelles impasses menaient les agrocarburants. La semaine dernière, le gouvernement allemand a sonné l’hallali en annonçant l’arrêt de son programme. Non seulement le bilan environnemental des agrocarburants est négatif, mais en plus ils dégradent prématurément les mécaniques automobiles.
Aujourd’hui les pauvres ont faim dans le monde entier. L’alimentation manque et les prix explosent. Les agrocarburants ne sont bien sûr pas les seuls responsables de cette situation mais ils ont accentué les déséquilibres en détournant une partie des agriculteurs de la production alimentaire. L’explosion de la consommation qui accompagne celle du pouvoir d’achat dans les nouvelles grandes puissances comme la Chine ou l’Inde, l’urbanisation galopante qui grignote les terres cultivables, le réchauffement climatique qui provoque des sècheresses exceptionnelles comme en Australie, tous ces phénomènes se combinent pour conduire à une hallucinante pénurie alimentaire mondiale.
Ces deux dernies mois les émeutes de la faim se sont accélérées. Elles ont déjà fait des dizaines de morts et des centaines de blessés au Cameroun, à Haïti, en Egypte,… L’alimentation n’est pas une marchandise comme les autres. Depuis des décennies, les politiques libérales poussent au développement des cultures d’exportation et au démantèlement des systèmes de contrôle des échanges et des prix. Les cultures vivrières locales sont fragilisées, l’autosuffisance alimentaire régresse, les politiques agricoles volontaristes sont remises en cause.Quand on parle de sécurité alimentaire dans nos grands pays développés, on fait référence à la sécurité sanitaire des produits. On a oublié que ce terme avait historiquement une autre signification : celle de l’accès garanti à la nourriture pour la population. L’insécurité alimentaire est de retour et appelle de nouvelles réponses politiques.
Les crises actuelles plaident pour le retour de politiques publiques agricoles, nationales, régionales et mondiales, pour assurer la production en quantité suffisante d’une nourriture sûre et de qualité. Ces politiques doivent s’organiser autour de quelques principes simples : économiser l’espace et consacrer les surfaces cultivables à l’alimentation, reconnaître le droit à la souveraineté alimentaire c'est-à-dire le droit pour chaque pays de viser l’autosuffisance et de protéger ses frontières, mener une révolution agronomique durable qui permette des gains de productivité rapides dans une agriculture adaptée aux contextes locaux et respectueuse de l’environnement.
La faillite du libéralisme à tout crin est de plus en plus évidente chaque jour. Elle sonne le retour d’une action publique collective, pragmatique, à l’écoute des besoins des populations.

11:25 Publié dans A la une: nouveaux désordres agricoles , Demain se décide aujourd'hui | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note
Commentaires
Christophe, voyons !
"La faillite du libéralisme à tout crin".... Sauf erreur de ma part, le développement des agrocarburants est le fruit d'au moins trois facteurs:
- La volonté de certains pays, au premier rang dès quels le Brésil, d'aller vers une auto suffisance énergétique en se rendant le plus autonome possible des énergies fossiles
- La course au profit des certaines grandes sociétés et grands producteurs agricoles
- De très importantes subventions publiques pour favoriser ces nouvelles cultures
Que le bilan environnemental des agrocarburants soit discutable, cela semble établit, que leur développement soit un des éléments qui réduisent l'offre alimentaire, ou tout du moins qui freine sa croissance, cela semble également établit, mais dire qu'il s'agit là d'une preuve de la faillite du libéralisme, sans moi.
Capitalisme financier + Politique nationale + subventions publiques, ce n'est pas là le libéralisme !
Cela ne veut pas dire que je ne partage pas tes analyses quant à des pistes pour répondre au défit alimentaire qui devient particulièrement urgent, mais par contre, je ne partage pas l'interprétation que tu fais de ton propre diagnostic.
Ecrit par : Filip | 10.04.2008
Filip oublie une chose essentielle : l'arrivée massive des OGM sur tous les marchés agricoles qui ne permettront plus des production vivrières localisées et qui ne sont que la carte d'identité de multinationales qui, détenant la semence générique seront à même d'imposer demain leur prix. La production de carburants est effectivement un facteur aggravant comme tu l'as déjà expliqué Christophe, mais elle est à mon avis plus facilement contrable que l'avancée des cultures OGM dont on apprend que la France est le second pays européen en terme de surfaces cultivées derrière l'Espagne.
Ecrit par : patrick | 10.04.2008



