09.07.2008
L'orientation scolaire : une machine à exclure
Dans son "bilan 2008 des résultats de l'école", consacré cette année à l'orientation, le Haut Conseil de l'Éducation (HCE) se penche sur les mécanismes d'orientation dans le secondaire et s'interroge sur les mécanismes "d'exclusion" des élèves en échec. Le bilan annuel du HCE doit être prochainement remis au président de la République… Qu’en fera-t-il ?
Le constat est simple. "À l'issue du collège, l'orientation fonctionne comme un couperet pour de nombreux élèves : ils sont quatre sur dix environ à considérer que leur orientation a été plus subie que voulue", note le HCE. En effet, l'orientation reproduit une hiérarchie entre les élèves, actée dès l'école primaire, en s’appuyant plus sur les capacités des élèves dans la maîtrise des savoirs abstraits que sur leurs aptitudes professionnelles. De même, l'origine sociale des élèves influe fortement sur leur orientation : les enfants de cadres demandent presque tous une seconde générale, tandis que les fils et filles d'ouvriers ne sont que 6 sur 10 à faire ce choix.
Ainsi, l'orientation à la française procède par "exclusions successives". La multiplicité des diplômes est difficile à appréhender pour les élèves et leurs parents. Malgré une offre de formation abondante, le choix des élèves reste limité. Puisque les établissements ne peuvent pas offrir toutes les spécialités, le choix est souvent imposé aux élèves en fonction des formations proposées dans le lycée le plus proche.

Pour remettre à plat le système d'orientation, le HCE fait quatre propositions :
1) Confier aux Régions les missions d'accueil et d'information, à travers une "tutelle unique". Aujourd'hui, plusieurs structures se superposent, ce qui génère des "coûts inutiles" et un "défaut de coordination", tout en étant peu lisible pour les usagers. L'État conserverait la charge de définir une politique d'orientation tout au long de la vie, une responsabilité qu'il ne doit pas "déléguer".
2) Redéfinir la mission de conseiller d'orientation-psychologue. Le HCE relève un décalage entre les missions théoriques et la pratique quotidienne, d’où un besoin d’améliorer la formation sur les métiers et les filières. De plus, les directeurs de CIO dépendraient des Régions et des enseignants pourraient exercer la fonction de conseiller, dans le cadre d'une "seconde carrière".
3) Donner aux professeurs toute leur place dans l'orientation. Le HCE propose de créer une mission de professeur référent en orientation, rémunérée spécifiquement. Ces enseignants volontaires seraient chargés de suivre individuellement les élèves. Tous les enseignants pourraient par ailleurs bénéficier d'une formation à la connaissance du marché de l'emploi.
4) Renforcer l'éducation à l'orientation. Dans ce domaine, les professeurs documentalistes peuvent jouer un rôle important. Il ne s'agit pas de proposer aux élèves plus d'information, mais de les aider à trouver l'information adéquate (et au bon moment) dans les centres d'information et de documentation.
Je partage largement ces propositions qui contribuent à remettre l'orientation au cœur du processus éducatif alors qu'il est le plus souvent repoussé à ses marges. Je suggèrerais comme piste de réflexion supplémentaire la mise en place d'un suivi systématique des élèves au cours des trois ans suivant leur départ d'un établissement afin de valoriser auprès de la communauté éducative l'efficacité et la réussite de l'orientation proposée aux élèves. Que fera Nicolas Sarkozy de ces différentes idées? Au moment où il veut supprimer les IUFM et réduire les postes dans la fonction publique, est-il vraiment prêt à donner les moyens nécessaires pour améliorer un système dont les lacunes sont nombreuses ?
Le constat est simple. "À l'issue du collège, l'orientation fonctionne comme un couperet pour de nombreux élèves : ils sont quatre sur dix environ à considérer que leur orientation a été plus subie que voulue", note le HCE. En effet, l'orientation reproduit une hiérarchie entre les élèves, actée dès l'école primaire, en s’appuyant plus sur les capacités des élèves dans la maîtrise des savoirs abstraits que sur leurs aptitudes professionnelles. De même, l'origine sociale des élèves influe fortement sur leur orientation : les enfants de cadres demandent presque tous une seconde générale, tandis que les fils et filles d'ouvriers ne sont que 6 sur 10 à faire ce choix.
Ainsi, l'orientation à la française procède par "exclusions successives". La multiplicité des diplômes est difficile à appréhender pour les élèves et leurs parents. Malgré une offre de formation abondante, le choix des élèves reste limité. Puisque les établissements ne peuvent pas offrir toutes les spécialités, le choix est souvent imposé aux élèves en fonction des formations proposées dans le lycée le plus proche.

Pour remettre à plat le système d'orientation, le HCE fait quatre propositions :
1) Confier aux Régions les missions d'accueil et d'information, à travers une "tutelle unique". Aujourd'hui, plusieurs structures se superposent, ce qui génère des "coûts inutiles" et un "défaut de coordination", tout en étant peu lisible pour les usagers. L'État conserverait la charge de définir une politique d'orientation tout au long de la vie, une responsabilité qu'il ne doit pas "déléguer".
2) Redéfinir la mission de conseiller d'orientation-psychologue. Le HCE relève un décalage entre les missions théoriques et la pratique quotidienne, d’où un besoin d’améliorer la formation sur les métiers et les filières. De plus, les directeurs de CIO dépendraient des Régions et des enseignants pourraient exercer la fonction de conseiller, dans le cadre d'une "seconde carrière".
3) Donner aux professeurs toute leur place dans l'orientation. Le HCE propose de créer une mission de professeur référent en orientation, rémunérée spécifiquement. Ces enseignants volontaires seraient chargés de suivre individuellement les élèves. Tous les enseignants pourraient par ailleurs bénéficier d'une formation à la connaissance du marché de l'emploi.
4) Renforcer l'éducation à l'orientation. Dans ce domaine, les professeurs documentalistes peuvent jouer un rôle important. Il ne s'agit pas de proposer aux élèves plus d'information, mais de les aider à trouver l'information adéquate (et au bon moment) dans les centres d'information et de documentation.
Je partage largement ces propositions qui contribuent à remettre l'orientation au cœur du processus éducatif alors qu'il est le plus souvent repoussé à ses marges. Je suggèrerais comme piste de réflexion supplémentaire la mise en place d'un suivi systématique des élèves au cours des trois ans suivant leur départ d'un établissement afin de valoriser auprès de la communauté éducative l'efficacité et la réussite de l'orientation proposée aux élèves. Que fera Nicolas Sarkozy de ces différentes idées? Au moment où il veut supprimer les IUFM et réduire les postes dans la fonction publique, est-il vraiment prêt à donner les moyens nécessaires pour améliorer un système dont les lacunes sont nombreuses ?
07:13 Publié dans Demain se décide aujourd'hui, Société de la connaissance | Lien permanent | Commentaires (5) | Envoyer cette note




Commentaires
En terme de constat, il n'y a rien de neuf visiblement.
Je ne connais pas une personne dans mon entourage qui ai eu l'occasion d'une expérience pertinente en matière de recours aux services d'orientation. Et il suffit d'avoir connu quelques difficultés dans son parcours scolaire pour avoir fait l'expérience de la manière dont les regards se font condescendants et dont les conseils d'orientation sont des "ordres".
Je suis très sceptique sur l'implication des enseignants dans ces processus.
S'il faut réinvestir cette question, c'est en se donnant les moyens d'avoir des conseillers d'orientation dignes de ce nom, avec une réelle connaissance des métiers et des formations.
Il faut aussi effectivement se donner les moyens de connaître réellement les parcours des jeunes pendant et après leur formation, pour se rendre compte de la réalité des passerelles, des évolutions, des retournement de situation, et cela afin d'éviter que l'orientation consiste à ranger les élèves dans des boites qui sont sensées leur convenir en fonction de leur plus ou moins grandes difficultés.
À quel âge chacune, chacun, devient ce qu'il est adulte ?
L'orientation est un risque, et il conviendrait que les adultes qui y prennent part sachent organiser le pari en lequel consiste toujours une telle décision.
Et si nous voulons promouvoir l'égalité des chances, la réussite pour tous, l'épanouissement personnel, cela ne peut pas être dissocier des conditions d'enseignements, du temps péri-scolaire, etc.
Il faut parier vers le haut, et s'en donner les moyens, et non pas ranger les élèves dans des boites !
Ecrit par : Filip | 09.07.2008
Un point en particulier est à mon avis très intéressant dans les constat du HCE : la prise de connaissance du marché de l'emploi par les enseignants (formation générale et professionnelle). Tous les ans la société qui m'emploie accueille des apprentis et nous sommes régulièrement sidérés du discours des enseignants sur les métiers et la vie en entreprise. Ils n'y connaissent pas grand chose et formatent leurs élèves de façon rigide. Le plus dur est pour les élèves en alternance qui, une semaine sur 2, ont un son de cloche différent de ce qu'on leur demande de faire la semaine suivante. Le corps enseignant et le monde du travail n'échange pas assez malgré les quelques passerelles qui existent aujourd'hui.
Enfin, une remarque plus générale sur l'orientation. Je suis encore surpris de lire que l'orientation est un risque. L'orientation et donc le premier travail devraient être une étape dans la vie et surtout une étape qui ne se vit pas aussi dramatiquement que l'on peut le lire ou le laisser entendre à travers le discours actuel. J'entends très souvent autour de moi des personnes qui aimeraient faire une autre activité que celle vers laquelle ils se sont orientés initialement. Et souvent, ce n'est pas parce que l'orientation était mauvaise mais tout simplement parce qu'avec de l'expérience, un peu de maturité et une meilleure connaissance de soi (et on n'a pas tout ça à 20 ans !) on se découvre des envies d'activité professionnelle différentes. Mais c'est là où notre système coince et où notre société est complètement rigide. Un des objectif du PS est certainement de travailler sur ce thème et de ne pas s'arrêter à une bonne orientation initiale. Il faut que la première orientation ne soit pas une mauvaise expérience mais il faut absolument trouver les moyens d'assouplir son parcours professionnel pour rebondir et mieux s'épanouir.
Ecrit par : Emmanuel | 16.07.2008
Les enseignants(-chercheurs) du supérieur pourraient peut-être contribuer plus à ce chantier qu'ils ne le font à cette heure. Traditionnellement dans les composantes professionnalisantes, mais de plus en plus dans toutes les composantes, il est demandé aux équipes pédagogiques une connaissance des métiers, non à une fin d'orientation, mais à une fin de définition des cursus et de leur validation par des organismes d'évaluation (la CTI, pour ce qui me concerne). Les projets d'étudiants en collaboration (réelle) avec les entreprises, les nombreux stages et visites en entreprise sont des occasions fréquentes et toujours instructives de sentir le terrain et interroger les entreprises sur leur relation avec le milieu de l'enseignement et leurs besoins. Au cours des salons et réunions où les établissements d'ens. sup. exposent leurs formations, nous rencontrons beaucoup de familles et de jeunes qui viennent s'informer, souvent longtemps avant l'heure de l'orientation, et poser des questions très générales sur les métiers, les filières. Ces dialogues sont vraiment intéressants et, je crois, utiles aux deux parties ; accessoirement, notre statut - jugé par certain(e)s rétrograde- de fonctionnaire de l'Etat français nous y encourage à discuter non seulement comme promoteur de telle ou telle boutique de formation, mais en essayant de répondre avec sincérité et neutralité, selon nos connaissances. Beaucoup d'enseignants-chercheurs y investiraient volontiers plus de temps, si l'heure n'était pas à l'empilement des projets et au dépilement des moyens humains.
Ecrit par : Marc (Ste-Luce) | 16.07.2008
Emmanuel,
Lorsque je parle de "risque", il n'y a pas de connotation morale dans ce terme. Je renvoie juste au fait très concret que faire un choix d'orientation ne peut pas se faire en toute certitude, il y a une part d'inconnue, un pari, et donc, un risque. Pour avoir enseigné quelques années en terminale, j'ai pu voir la difficulté pour de très nombreux élèves de faire ce choix.
Il me semble par ailleurs que nos analyses se rejoignent sur l'utilité des passerelles, sur la possibilité de se "réorienter", en cours de formation, mais aussi en cours de carrière.
A cet égard, le service public de l'emploi pourrait, comme cela est proposé par plusieurs des contributions du congrès, accompagner chacune et chacun non seulement en période de perte d'emploi, mais plus globalement pendant toute la durée de la vie active, pour pouvoir régulièrement faire des points d'étape sur le déroulement de la carrière, sur les évolutions professionnelles envisageables et de quelle manière.
Ecrit par : Filip | 17.07.2008
Je retiens de vos contributions deux idées fortes: l'orientation doit être une mission partagée par tous les acteurs du système éducatif et s'inscrire dans un processus continu de construction de son parcours professionnel tout au long de la vie.
Il faudra une réforme radicale de l'existant pour me convaincre que le service public de l'emploi pourrait devenir capable de prendre en charge cette problématique de formation tout au long de la vie et d'évolution des parcours professionnels. Il me semble nécessaire, au moins dans un premier temps, de renforcer considérablement des droits et l'information des salariés en matière de formation professionnelle. C'est plutôt dans l'entreprise, les zones d'activité ou les bassins d'emploi que cet accompagnement pourrait être développer. Ce n'est pas forcément incompatible avec l'idée des maisons de l'emploi mais celles-ci sont pour le moment un échec et leur projet initial devra être révisé de fond en comble.
Christophe Clergeau
Ecrit par : Christophe Clergeau | 18.07.2008
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