18.07.2008

L’abandon du nouveau franchissement de Loire : une décision sage

Lors du comité de pilotage qui s’est réuni le 11 juillet, le conseil général de Loire-Atlantique a annoncé l’abandon, faute d’engagement de l’Etat, du projet de franchissement de Loire (pont ou tunnel), qui était envisagé entre Nantes et Saint-Nazaire, à la hauteur de Paimboeuf. Ayant toujours été opposé à la réalisation de ce nouveau franchissement, je considère son abandon comme une décision sage, la meilleure pour l’avenir de notre territoire.

11c13ebbcd8a3b63baaed84102eea1ba.jpg Il ne s’agit pas pour moi de nier les problèmes aigus de déplacement au sein de l’agglomération nazairienne ou les difficultés de liaison entre sud et nord de la Loire qui découlent de la saturation du pont de Cheviré. Pour autant, je n’ai jamais pensé qu’un nouveau franchissement à mi-distance entre Nantes et Saint-Nazaire soit la solution. Inévitablement, sa réalisation, et les infrastructures routières ou autoroutières associées, aurait donné naissance à un formidable aspirateur à voiture, qui aurait transformé le Pays de Retz en vaste banlieue de Nantes et de Saint-Nazaire. Cette orientation est à l’opposé de la stratégie d’aménagement du territoire qui est la notre et qui vise à contenir l’étalement urbain pour au contraire renforcer le cœur des agglomérations. Puisque ce franchissement ne se fera pas, il sera indispensable de mettre en place des moyens alternatifs de déplacements entre Saint-Nazaire et le Sud-Loire et au sein de l’agglomération nantaise. C’est en effet le renforcement des franchissements de Loire au sein de périphérique qui permettra de soulager ce dernier en en détournant la circulation de transit intra-urbaine.

Ce dossier du franchissement de la Loire pose également la question du notre modèle de développement et des relations entre les territoires de l’ouest de la France et l’Etat.

Pour construire un développement durable, nous devons stopper la frénésie de construction d’infrastructures nouvelles, notamment de déplacement. La réalisation de ces infrastructures est fortement consommatrice d’espaces naturels et accélère l’étalement urbain. La raison essentielle de s’y opposer est peut-être ailleurs : le financement de ces infrastructures accapare des montants considérables au détriment d’autres politiques publiques plus cruciales encore pour l’avenir de nos territoires. Le franchissement de Loire aurait coûté au contribuable de 500 à 800 millions d’Euros, sans compter les liaisons routières associées. C’est donc une dépense de plus d’un milliard d’Euros qui est ainsi évité. C’est ressources seront plus utiles pour soutenir l’éducation et la recherche, renforcer la formation professionnelle et les solidarités, valoriser notre environnement et développer les transports collectifs, comme l’annonce d’ailleurs le Conseil Général. Il est temps d’assumer avec force le choix d’un développement fondé sur la qualité de cadre de vie, l’investissement dans les ressources humaines et le développement des connaissances, plutôt que sur le béton. La réalisation de l’aéroport de Notre-Dame-des-Landes représente déjà une charge lourde qui se suffit à elle-même.

Si ce projet de franchissement est abandonné, c’est aussi et surtout parce que l’Etat a refusé de s’engager sur ce dossier. Pour ma part, je ne le regrette pas mais je commence à me demander si l’Etat n’a pas tout simplement décidé d’abandonner l’Ouest de la France à son destin et renoncé à y investir. Personne ne connaît aujourd’hui le concours financier de l’Etat à l’aéroport de Notre-Dame-des-Landes ; il refuse de contribuer au financement de la liaison tram-train entre Nantes et cet aéroport, pourtant indispensable dans une logique de développement durable et d’aménagement du territoire ; la réalisation du barreau TGV au sud de l’Ile-de-France, qui permettrait de mieux relier l’Ouest au reste de l’Europe, ne progresse pas ; et l’Etat refuse enfin de soutenir les sites universitaires de l’Ouest dans le cadre du plan Campus. La liste est longue des abandons de l’Etat. Cette situation appelle une réaction collective de protestation mais aussi de mobilisation pour construire collectivement notre avenir en comptant sur nos propres forces. Cela nécessité de faire des choix ; de ce point de vue, le franchissement de Loire n’était pas prioritaire, l’Ouest à d’autres chantiers à ouvrir et d’autres urgences.

Commentaires

Je ne partage absolument ta vision des choses. A compter du moment où la construction de l'aéroport de Notre Dame des Landes est inscrite dans notre futur proche, il est absolument nécessaire d'accompagner cet investissement par une politique d'accès routier cohérent et par le développement d'activités annexes créatrices de richesses et donc d'emplois. Se réjouir d'un abandon du projet de franchissement est manifestement contre-productif et tourne le dos aux potentialités de développement économique dont cet aéproport est porteur.
Si on veut suivre ton point de vue, alors il faut arrêter immédiatement tout le projet lié à cet aéroport.
Tu oublies dans ta réflexion que le futur se prépare longtemps à l'avance.

En 1977, lorsque la municipalité d'Alain Chénard envisageait un périphérique autour de l'agglomération nantaise, la droite lui reprochait de vouloir interdire tout accès à la ville aux véhicules et l'accusait même de vouloir réintroduire un "octroi" aux entrées de la cité.....oubliant ainsi les efforts annoncés pour développer un système de transports en commun qu'aujourd'hui beaucoup de villes françaises et étrangères lui envient.

Sans cette vision prospective, sans cette cohérence dans l'action, notre agglomération n'aurait pas pu atteindre aussi vite le facteur d'unité absolument nécessaire à l'émergence, dans la conscience collective, du sentiment de "vivre ensemble".

La construction d'un aéroport est, certes, une opération éminemment structurante mais à la seule condition d'être accompagnée par les investissements qui boosteront son activité.

Sinon, ce ne sera qu'un déménagement local consistant à évacuer du ciel de la ville de Nantes, la noria d'avions dont les nuisances sonores aujourd'hui ne sont plus à démontrer.

Se battre pour que l'Etat prenne toute sa part à ce qui aurait été une opération indispensable d'aménagement du territoire, voilà qui aurait été acceptable. Mais se réjouir de cet abandon du projet de franchissement.... c'est regarder l'avenir avec des lunettes en carton.

Ecrit par : patrick | 25.07.2008

Je partage l'argumentaire sur le côté gouffre financier. L'argent qui aurait été dépensé pour ce franchissement ne l'aurait pas été pour soutenir "l’éducation et la recherche, renforcer la formation professionnelle et les solidarités, valoriser notre environnement et développer les transports collectifs". Tout à fait d'accord aussi que "Pour construire un développement durable, nous devons stopper la frénésie de construction d’infrastructures nouvelles, notamment de déplacement".

Ces arguments ont été largement développés par les opposants à Notre-Dame des Landes : coût faramineux à la charge pour l'essentiel des collectivités qui viennent de voter une participation financière sans en connaître le montant; infrastructure d'un autre âge alors que le prix du pétrole augmente et que le trafic du nombre d'avions diminue (même si le nombre de voyageurs augmente...; nécessité d'avoir un nouveau rapport écologique aux déplacements.

Pourquoi donc Christophe n'as-tu pas défendu le même point de vue à propos du projet de nouvel aéroport que celui que tu développes à propos du franchissement?

La remarque "La réalisation de l’aéroport de Notre-Dame-des-Landes représente déjà une charge lourde qui se suffit à elle-même" m'apparait complètement déplacée par rapport aux attendus développés pour le franchissement.

Quand à la conclusion de Patrick : "c'est regarder l'avenir avec des lunettes en carton",je ne saurai trop lui proposer de se procurer pour ses vacances quelques bons ouvrages sur le futur écologique de la planète ou sa disparition. Les zones mortes des océans évoquées sur ce blog peuvent servir d'apéritif...

Ecrit par : Maurice L. | 31.07.2008

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