06.10.2008
Lait contaminé à la mélamine en Chine : un scandale riche d’enseignements
Le récent scandale concernant le lait frelaté en Chine montre que ce pays est loin d’avoir maîtrisé ses risques alimentaires. S’il s’agissait d’un accident industriel, le problème rencontré ne serait pas très différents des crises connues en Europe ces dernières années mais il ne s’agit pas de cela. Les industriels chinois ont utilisé délibérément un produit dangereux pour accroître leurs profits.La mélamine est une résine qui permet de rehausser le taux apparent de protéines d’aliments ; le danger qu’elle représente pour la santé est parfaitement connu et elle est interdite en Europe. Son utilisation délibérée montre donc à quel point, en Chine, la santé des populations peut être méprisée au nom de la performance économique.
Les premiers éléments de l’enquête menée sur place montrent que les entreprises concernées ont bénéficié de nombreux passe-droits leur permettant d’éviter les contrôles sanitaires. La confusion qui existe entre les autorités politiques et les responsables économiques, tous issus du vivier du parti communiste, rend impossible une information fiable des consommateurs et une indépendance de la régulation sanitaire.
N’oublions pas qu’une telle situation était courante en France il y a encore quelques dizaines d’années. Il a fallu la construction du marché unique européen, puis les crises de sécurité des produits alimentaires des années 90, pour que l’Europe se dote d’un système indépendant et performant d’évaluation des risques et de contrôle de la chaîne alimentaire.
L’incapacité de la Chine à maîtriser les normes européennes dans le secteur laitier a d’ailleurs amené l’Union Européenne à refuser toute importation chinoise. L’annonce de mesures spécifiques de contrôle portant sur les produits chinois transformés contenant de la poudre de lait montre que nous importons des produits agroalimentaires chinois sans que leur sécurité et leur traçabilité puissent être intégralement garanties. Une telle situation devrait pousser l’Europe à prendre des mesures d’embargo plus strictes, mesures que les règles de l’OMC autorisent parfaitement.
En Chine même, la colère des populations monte contre le pouvoir. Après l’environnement, la sécurité des aliments devient une préoccupation forte pour la population qui n’hésite pas à protester et à mettre en cause des autorités souvent inertes. Si la Chine n’est pas encore un pays démocratique, son opinion publique s’éveille progressivement autour de la revendication du droit à la dignité humaine. La santé, les conditions de travail et l’environnement seront-ils en Chine les questions par lesquelles la démocratie arrive ?
09:10 Publié dans Coup de coeur, coup de gueule | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note




Commentaires
Il faut être bien optimiste et bien humaniste pour penser que les Chinois vont renverser leurs gouvernants au motif que l'environnement et les bébés sont malades à cause d'un urbanisme désastreux et d'un libéralisme scandaleux.
La Chine incarne aujourd'hui ce qu'il y a de pire dans le communisme et ce qu'il y a de pire dans le capitalisme : un régime totalitaire, l'absence de libertés individuelles, des inégalités sociales inacceptables et une confiscation des richesses par les bien-nantis... qui sont les héritiers de la nomenklatura.
Ecrit par : Spring Roll | 06.10.2008
Christophe,
Si je ne me trompe pas, les principaux actionnaires de la firme agroalimentaire "chinoise" à l'origine de la distribution, sur les marchés asiatiques, de lait maternisé et "enrichi" à la mélamine, sont en fait des groupes agroalimentaires occidentaux (notamment néo-zélandais) qui ont délibérément, au nom de la performance économique, choisi de délocaliser leur production en Chine, là où les contrôles sanitaires sont encore entre les mains de politiciens véreux et corrompus qui n'ont plus de communiste que le nom de leur Parti, et dont les cadres sont entièrement "vendus" aux grands groupes capitalistes mondiaux. Je doute, malheureusement, que l'OMC et l'Union Européenne aient le pouvoir de mettre un terme à ces pratiques. La gangrène qui ronge la nomenklatura du PCC n'est qu'un des effets secondaires, et pervers, de ce cancer qu'est la mondialisation de l'économie.
Sylvain.
Ecrit par : Sylvain Phlipponneau | 06.10.2008
Bonjour ,
Au moment ou la crise financière neutralise des hommes, femmes , jeunes et vieux , l'Afrique est malheureusement oubliée.
Pour la première fois, des économistes africains donnent leurs solutions concernant la dette africaine dans un ouvrage de référence pour qui s'intéresse à l'économie africaine.
Selon monsieur Désiré Mandilou la dette entre pays ne se rembourse pas ! Il le démontre dans sa contribution à l'ouvrage collectif
"LA DETTE AFRICAINE L'ÉTAT DES SAVOIRS par MANDILOU DÉSIRÉ".
http://www.myspace.com/desiremandilou
Qu'en pensez-vous ?
Ecrit par : patcheko | 08.10.2008
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