28.04.2009

Droit de suite

Plusieurs notes récentes ont connu dans l'actualité et le débat public des prolongements qu'il me paraît utile de signaler aux lecteurs de ce blog...


Education : renouer avec l'égalité et le sens de la réforme

ecolier.gifLe récent livre de Christian Baudelot et Roger Establet sur l'efficacité du système éducatif français alimente le débat. Ceux que ce livre intéresse pourront, à défaut de le lire, en découvrir les lignes forces dans un entretien publié dans le numéro d'avril du magazine "Alternatives économiques".

Au cours d'une récente émission de France Culture ("La suite dans les idées" du 24 mars 2009), Christian Baudelot et Claude Thélot mettaient l'accent sur deux faits marquants du débat éducatif : les pays les plus performants sont les plus égalitaires, ils ont refusé un élitisme facteur d'exclusion et de ségrégation pour se donner les moyens d'un accompagnement individualisé contribuant à la réussite du plus grand nombre. En France, les pratiques pédagogiques continuent à ignorer les constats les mieux établis par les sciences de l'éducation, comme par exemple l'inefficacité totale des redoublements, qui se traduisent par un gaspillage de ressources sans profit pour les jeunes, mais auxquels les enseignants restent viscéralement attachés.

La première étape d'une réforme progressiste de l'éducation est donc peut-être de créer le climat de confiance qui permettrait d'enclencher une réflexion collective, sans a priori, fondée sur des faits éclairés par les sciences sociales. Construire le monde commun du débat est déjà un grand pas vers des changements acceptables pour tous. Ce n'est pas avec Fillon et Sarkozy que l'on peut espérer y parvenir.


Antennes-relais et téléphones portables: le débat s'amorce malgré Roselyne Bachelot

téléphone.jpgLa première table-ronde du "Grenelle des ondes" s'est tenue le 23 avril à l'initiative du gouvernement. La méthode de travail est restée floue et le calendrier annoncé, qui prévoir la clôture des travaux pour le 25 mai, laisse peu d'espoir de voir réalisé un travail approfondi.

Dès l'ouverture de la séance, les propos de Roselyne Bachelot ont fait l'effet d'une douche froide puisqu'elle a délibérément choisi de centrer la réflexion sur les téléphones portables en considérant qu'il n'existait aucune incertitude sur l'innocuité des antennes-relais. Dénoncée par les ONG, cette position a été contredite par la secrétaire d'Etat à l'Ecologie, Chantal Jouanno, qui a évoqué la possibilité de suspendre les implantations d'antennes-relais dans l'attente des résultats de deux grandes enquêtes scientifiques en cours. A suivre donc ,en espérant que le gouvernement clarifie rapidement sa position.


La cour de justice des communautés européennes garantit l'accès à l'information sur les OGM

« Le fait que les cultivateurs d’OGM courent le risque de voir leurs champs fauchés par des opposants ne dispense pas les pouvoirs publics de préciser la localisation de ces champs à qui les demande. » C’est ce qu’a précisé la Cour de Justice européenne dans un récent arrêt. La directive sur la dissémination d’OGM prévoit bien que « le public intéressé peut demander la communication de toute information (et celle) relative au lieu de dissémination ne saurait en aucun cas rester confidentielle. » Un arrêt que les acteurs du dossier OGM gardent sous le coude dans la perspective d’éventuelles autorisations de culture à venir. » ("Que choisir?", Avril 209, p4)

Comme on peut le constater, le chemin est semé d'embûches pour les OGM. Si leurs promoteurs arrivaient à surmonter des oppositions politiques de plus en plus fortes au sein de l'Union Européenne, il serait probable que les citoyens mobilisés leur fassent barrage dans les campagnes.

 

26.04.2009

Tien An Men 20 ans après

tien-an-men.jpg

Chacun garde à l'esprit cette photo d'un jeune chinois défiant l'avancée des chars dans les rue de Pékin. Il risquait sa vie, au lendemain de l'entrée de l'armée dans la ville qui avait déjà fait plusieurs centaines de morts. Le contexte de la glasnost en Russie, la mort de l'ancien secrétaire général du Parti Communiste Hu Yoabang, puis le 80ème anniversaire des manifestations nationalistes de 1919 ont soudé la jeunesse étudiante dans la revendication de la démocratie censée parachever la modernisation chinoise.

La répression brutale de la place Tien An Men a stoppé nette la timide ouverture de la vie politique en Chine. Encore aujourd'hui, le souvenir de ces manifestations justifie aux yeux des dirigeants chinois l'immobilisme dans ce domaine. Mais 20 ans après, force est de constater que la libéralisation économique a suivi son cours et que les évênements de 1989 n'ont marqué qu'une courte pause dans un mouvement historique.

Deng Xiaoping aura été en 1989 à la fois l'homme de la répression politique et celui de l'accélération des réformes économiques. En 1992, il fait entériner par le bureau politique du parti la décision d'«accélérer le rythme de la réforme et de l'ouverture » et la mise en place d'une « économie socialiste de marché », objectif inscrit dans le préambule de la nouvelle Constitution en mars 1993. En une décennie, la Chine allait ensuite changer de visage et entrer de plein pied dans la cour dans grandes puissances économiques.

Si la démocratisation n'est toujours pas à l'ordre du jour en Chine, les conséquences d'une croissance rapide et anarchique nourrissent l'émergence progressive d'une scène citoyenne qui, sans rejeter ni les principes politiques en vigueur ni les objectifs de développement portés par le régime, critique et met en débat les réalités concrètes de la société chinoise.

L'explosion de la corruption, les conséquences d'un libéralisme débridé sur l'environnement ou la santé, l'accroissement des inégalités, l'exode rurale massif qui alimente la pauvreté dans les grands centres urbains, déclanchent à la fois des mobilisations collectives et des débats contradictoires. Si le régime chinois continue de pratiquer une représsion souvent butale contre les mouvements populaires, les militants et les intellectuels, ils est également contraint de lâcher du lest en limogeant les autorités locales les plus incompétentes et en encadrant les pratiques les plus contestables.

Ces déséquilibres humains et territoiriaux, ces sous-produits toxiques de la croissance chinoise, alimentent désormais un débat de fonds qui traverse le Parti Communiste Chinois comme la société toute entière, sur la meilleure manière d'inscrire la croissance dans le temps en cherchant à mieux la concilier avec la cohésion sociale, la protection de la santé et celle de l'environnement. La montée en puissance des classes moyennes se traduit en effet par une pression accrue sur le régime de citoyens largement dépolitisés mais qui souhaitent une meilleure qualité de vie, une garantie de promotion sociale pour leurs enfants et une plus grande efficacité des services publics.

La prise de conscience progressive des dangers liés aux déséquilibres sociaux et environnementaux ouvre une nouvelle voie de progrès vers les libertés publiques et un jour la démocratie. En identifiant de nouveaux besoins de régulation la Chine redécouvre les vertus de l'état de droit et le rôle positif de « lanceurs d'alerte » qui ne sont pas encore reconnus comme de nécessaires contre-pouvoirs. Sans pouvoir encore être qualifiée de naissance d'une société civile chinoise, cette émergence d'un agenda politique centrée sur la construction des problèmes devant faire l'objet d'une réponse collective témoigne d'un affaiblissement progressif du monopole du Parti Communiste dans la régulation des politiques publiques. Dans ce contexte, quand les intérêts des citoyens et salariés chinois rejoignent ainsi ceux des européens, s'ouvre à terme la perspective d'un dialogue possible sur l'équité des échanges internationaux et leur composante sociale et environnementale.

Cette perspective est certe ténue et doit être abordée avec prudence mais elle est suffiament fondée pour justifier dans nos pays de faire prévaloir une logique de dialogue et d'ouverture sur la tentation du repli nationaliste et protectioniste.

23.04.2009

La crise n'a pas effacé l'urgence environnementale

greenplanet.jpg Il y a quelques mois, François Hollande avait raillé les positions des écologistes tenant de la « décroissance » sur le thème « ils voulaient la décroissance, ils sont servis, elle a pour nom la crise économique ». Ce raccourci avait le mérite de relativiser certaines outrances et de rappeler la nécessité de mener une réflexion équilibrée sur le social et l'environnemental. Il est toujours utile de rappeler que le développement durable s'appuie sur ses trois piliers : social, démocratique et environnemental. Pour autant, il ne faudrait pas jeter le bébé avec l'eau du bain, et renvoyer aux oubliettes l'urgence environnementale aux lendemains d'une crise dont personne ne connait la durée.

Il y a quelques semaines, j'animais en Loire-Atlantique plusieurs réunions sur la crise autour de la présentation du projet de plan de relance proposé par le Parti Socialiste. A chaque fois, le public était plus large que celui des seuls militants socialistes et les mêmes remarques sont venues naturellement dans le débat : « vous avez raison, la politique de la relance menée par la droite n'est ni efficace ni équilibrée, vos propositions sont intéressantes, il faut plus soutenir la consommation et l'investissement productif des entreprises, mais croyez-vous qu'il suffisse de réussir une relance économique pour régler les problèmes de fonds qui ont provoqué la crise ? Pensez-vous pouvoir, après la crise, tout reprendre comme avant, et si non quel est le projet de société nouveau qui est proposé par le Parti Socialiste ? »

Nous n'avons pas encore toutes les réponses à ces questions. On sent bien que se produit en ce moment un basculement des valeurs et des manières de voir le monde et de lui donner sens. Certains à gauche se conteraient bien de réactiver les positions « mouvementistes » ou « maximalistes » en puisant de nouveau aux sources des années 60 et 70. Je pense qu'ils passeraient à coté des questions nouvelles qui sont posées à l'ensemble de nos sociétés, qui ont besoin de trouver un nouveau chemin de développement écologiquement et socialement soutenable.

Ces derniers jours de vacances m'ont permis, entre autres, de lire de manière plus approfondie la presse. J'ai été frappé par l'omniprésence de l'urgence environnementale, notamment autour des enjeux du changement climatique. Quelques exemples me viennent à l'esprit : la fonte et la déstabilisation plus rapides que prévu des calottes glacières, de nouveaux scenarii envisageant une hausse rapide et brutale du niveau des mers, des pays entiers comme les Maldives ou Kiribati qui se vivent comme condamnés et préparent un véritable déménagement de leurs populations. Au fil de ces lectures me reviennent à l'esprit d'autres articles de ces dernières semaines centrés, eux, sur les conséquences sanitaires des questions environnementales, avec l'impact direct des pesticides sur la santé humaine, ou les conséquences d'une présence de plus en plus forte de divers produits chimiques dans l'alimentation.

Ces deux problématiques se rejoignent sur un point majeur : il est urgent de réagir, nous payons aujourd'hui des décennies de pratiques inappropriées et de décisions erronées. Dans ces domaines, les effets de latence sont très importants et il ne sera pas possible d'obtenir des résultats rapides. Pour autant, des décisions rapides et courageuses sont nécessaires pour éviter l'irréparable.

Dans les deux cas, crise économique et sociale d'une part, déséquilibres sanitaires et environnementaux de l'autre, le libéralisme porte une lourde responsabilité. Plutôt que de négliger l'urgence environnementale pour mieux nous concentrer sur l'urgence sociale, il nous faut affronter simultanément ces deux défis. Il en va de notre crédibilité politique, il en va de l'unité de la gauche. Les citoyens attendent de nous ce projet global de développement durable, et l'identité collective de la gauche dans sa diversité repose sur cette capacité à faire sens contre le libéralisme, à la fois sur le terrain social et écologiste.

20.04.2009

Série noire pour les OGM

Carotte.jpg Les mauvais nouvelles s'accumulent pour les partisans des OGM. Une série de publications et de décisions récentes renforcent le camp des anti-OGM. Les deux éléments les plus spectaculaires sont la décision inattendue de l'Allemagne d'interdire la culture du maïs MON810 de Monsanto, et la contestation de la performance agronomique des OGM par une étude indépendante menée aux USA.

Toutes les nouvelles ne sont pas mauvaises pour les OGM. Au début du mois, l'Afssa a rejoint les positions de la Commission Européenne et de l'Autorité européenne de Sécurité des Aliments pour contester la qualité scientifique des études autrichiennes sur lesquelles le gouvernement de ce pays s'est appuyé pour prolonger son moratoire.

Mais à coté de ce renfort, les positions des pro-OGM sont en train de craquer sur de nombreux fronts. A l'étranger, l'actualité récente ressemble à une série noire : 82 000 hectares de maïs OGM improductifs en Afrique du Sud, des contaminations avérées de variétés sauvages par du maïs OGM au Mexique, une nouvelle étude accréditant la thèse de la nocivité du Round Up sur êtres humains en Argentine. Il faut remarquer que ces nouvelles proviennent de pays qui sont en pointe dans le développement des cultures transgéniques et éclairent le futur possible d'une humanité livrée à Monsanto.

Le principal argument en faveur des OGM résidait dans leur performance agronomique et l'amélioration des rendements liée à la lutte contre les ravageurs. Mardi 14 avril, l'Union of Concerned Scientist (UCS), groupe indépendant d'experts lié au MIT, a publié un rapport qui conteste vigoureusement cette thèse. Après avoir compilé toutes les données produits aux USA sur la culture du soja et du maïs OGM, l'UCS arrive à la conclusion que la contribution des OGM à l'augmentation des rendements est marginale et que celle-ci s'explique d'abord par d'autres facteurs d'innovation agricole. Les semenciers et les associations de producteurs de maïs contestent ces conclusions mais l'UCS affirme que les OGM de sont qu'une « fausse promesse ».

C'est en Europe que le coup le plus rude a été porté aux OGM ces derniers jours. Alors que la Commission européenne cherche à tout prix a lever le moratoire sur le MON810 décidé par 5 pays européens dont la France, l'Allemagne décide à son tour d'interdire la culture du MON810 en mettant en avant les résultats de plusieurs études récentes qui soulignent les dangers des OGM pour l'environnement et leur impact sur des organisme non ciblés, notamment des papillons et coccinelles. Nul doute qu'à l'approche des élections européennes, la Commission européenne aura de plus en plus de mal à imposer une décision qui serait prise contre l'opinion publique et un nombre croissant de grands Etats membres.

17.04.2009

Bonnes questions, mauvais timing !

logo-ps.jpg Au cours de ces derniers jours, Arnaud Montebourg et Manuel Valls ont fait l'actualité du Parti socialiste. Le premier, secrétaire national à la rénovation du PS, a publié un rapport sur le recours à des primaires ouvertes pour désigner le candidat socialiste à l'élection présidentielle de 2012 ; le second, tout en défendant la même idée, a revendiqué un changement de génération pour porter le combat des socialistes. Dans les deux cas, ces questions sont légitimes mais ne sont pas posées au bon moment. Chaque socialiste devrait plutôt avoir à coeur de jouer l'unité et la cohésion pour gagner les élections européennes de juin, qui sont la première des étapes à franchir pour regagner le pouvoir national.

La question des primaires fait figure d'épouvantail au PS. Avec d'autres, j'ai pendant longtemps défendu l'idée d'un grand Parti socialiste, plus vaste et plus ouvert sur la société, capable de comprendre ses transformations et de porter ses aspirations. Ce combat reste d'actualité. Enlever aux militants le pouvoir de désigner leur candidat enlèverait une partie de son sens et de son intérêt à l'acte d'adhésion à un parti politique. Pour autant, il faut bien constater que toutes les tentatives de rénovation du Parti socialiste menées depuis 20 ans ont échoué et que le conservatisme l'a emporté sur l'esprit de changement. Si on laisse de coté ce qu'il apparaît désormais comme la parenthèse mitterrandienne, le PS n'a jamais su s'adapter aux institutions de la Vème République. Des primaires ouvertes aux citoyens se sont-elles pas devenues la seule voie possible pour transformer le mouvement socialiste et construire la dynamique nécessaire à une victoire en sélectionnant, à travers un véritable débat politique, la personnalité la mieux à même de porter notre message ? Les références italiennes ou américaines montrent que sans être la panacée, cette méthode présente bien des avantages.

Les générations qui ont incarné hier le pouvoir socialiste peuvent-elles encore faire gagner la gauche demain ? La question posée par Manuel Valls comporte son lot d'injustice : Ségolène Royal ou Martine Aubry ne sont pas âgées, et nombre d'élus de leur génération montrent à la tête des grandes collectivités leur force de conviction et leur créativité. Mais force est de constater que cette génération politique de sait plus se porter à la hauteur des enjeux et parler à la France de son avenir, de sa mission. La politique a besoin de souffle et d'espérance, elle doit mobiliser les énergies, les unir vers un but commun pour transcender les contingences et les égoïsmes. François Mitterrand croyait à la force des idées, nous croyons encore à la force du discours politique quand il n'est pas artificiel ou plaqué sur une réalité qu'il ignore, mais au contraire à la fois ancré dans l'histoire et dans l'épaisseur humaine et sociale du quotidien ; quand il ne se contente pas de commenter l'actualité mais regarde plus large, plus loin et porte une vision assumée de l'avenir. Nos dirigeants ont-ils encore ce "jus" et cette force de caractère ? Il est permis d'en douter.

Ces deux questions soulevées par d'encore "jeunes" responsables socialistes montrent que le congrès de Reims n'a rien réglé et que le mouvement socialiste a plus que jamais besoin de débattre.

Mais avant de débattre, il va falloir se battre tous ensemble pour conserver le leadership du camp du changement et convaincre les Français exaspérés par la crise que la gauche socialiste peut encore porter leurs espoirs. Le combat européen doit donc mobiliser toutes nos énergies. Face à la crise, la France à besoin de la gauche ; pour combattre la crise, la gauche a besoin d'une Europe plus forte, plus démocratique et plus sociale. Ceux qui prétendent demain changer la gauche ou porter ses espoirs sont d'abord attendus à ce rendez-vous là.

14.04.2009

Payer pour plus de chômage : le scandale des heures supplémentaires

Le recours aux heures supplémentaires coûte cher et supprime des emplois. Contestable dans une période de croissance supposée, cette politique est criminelle en pleine récession et explosion du chômage. Les finances publiques sont fortement mobilisées pour subventionnées des heures supplémentaires qui accélèrent la destruction des emplois. Il faut « arrêter les frais », tel est le sens de la pétition lancée par les magazines "Alternatives économiques" et "Marianne".

35heures.jpgLe paquet fiscal mis en place par le gouvernement Sarkozy en 2007 aura donc coûté 7,7 milliards d'Euros pour 2008, sa première année de mise en oeuvre. L'allègement des droits de succession a pesé pour 2 milliards, j'y reviendrai très prochainement, et les exonérations liées aux heures supplémentaires ...pour 4,3 milliards !

Au 4ème trimestre 2008, les heures supplémentaires bénéficiant du dispositif d'exonération de tout prélèvement ont atteint 184 millions soit +28% en un an alors qu'au cours de cette période le taux de croissance est passé de +1,7% à -4,6% en rythme annuel.

Ces chiffres aberrants montent que les entreprises ont utilisé les heures supplémentaires non pour faire face à des surcroîts de charge de travail mais pour compenser le départ non remplacé de salariés voire pour remplacer des salariés qu'elle venaient de licencier. Les 40 millions d'heures supplémentaires en plus en un an correspondent à 90 000 emplois à temps plein sur le trimestre qui n'ont pas été créés.

Entre fin 2007 et fin 2008, 115 000 salariés du secteur concurrentiel ont perdu leur emploi. Selon "Alternatives économiques", « une part significative de ces salariés est donc victime d'un dispositif qui, non seulement coûte cher aux contribuables, mais commence à peser sur l'emploi de façon considérable ».

« Le contribuable a mieux à faire que de payer pour supprimer des emplois; l 'économie a mieux à recevoir que des subventions qui créent du chômage ; l'Etat a mieux à dépenser que de creuser des déficits qui accentuent la détresse de beaucoup ».

Alors, avec moi, soyez nombreux à signer la pétition contre les heures sup d'Alternatives économiques et de Marianne, ainsi que celle du Parti Socialiste pour l'abrogation du paquet fiscal.

10.04.2009

Les antennes-relais et téléphones portables sur la sellette

antenne-relais.png

En quelques semaines, le débat sur les dangers des ondes de radiofréquence a changé de nature. Il y a peu, ceux qui se disaient sensibles aux champs électromagnétiques passaient pour des hurluberlus ; désormais il ne se passe pas une semaine sans que la presse fasse état d’une décision de justice ou d’une mobilisation locale contre les antenne-relais des opérateurs téléphoniques.

Le sujet est suffisamment sérieux pour que le gouvernement prévoie une table-ronde sur les dangers potentiels des téléphones mobiles et des antennes relais. Initialement prévue le 26 mars, cette table-ronde aura lieu le 23 avril et sera pilotée par Roselyne Bachelot, ministre de la Santé, qui est attendue au tournant sur ce dossier.

Trois décisions récentes de justice, à Versailles, Carpentras et Angers viennent de déboucher sur une interdiction des antennes-relais. A chaque fois, le juge met en avant les incertitudes scientifiques, la proximité de lieux de vie des enfants, les troubles de voisinage ou le manque d’information et de concertation. Dans l’agglomération nantaise, les mobilisations locales se multiplient comme encore dernièrement à Saint-Herblain et dans ma commune de Sainte-Luce.

Aucun avis scientifique n’a tranché la question des risques sanitaires associés à ces ondes. La recherche est très récente dans ce domaine et chacune de ses avancées met en lumière de nouveaux enjeux. C’est par exemple le cas de la récente découverte d’une exposition élevée à la périphérie de la zone couverte par les antennes–relais. La publication des résultats de l’étude « Interphone » sur la téléphonie mobile lancée en 2000 dans 13 pays est de nouveau repoussée faute d’accord entre les chercheurs qui y participent.

La polémique bat désormais son plein entre les défenseurs des opérateurs, et les associations comme la CRIIREM et « Robin des toits » qui soulèvent, au nom de la précaution, les questions les plus sensibles. Le Parlement Européen a manifesté son inquiétude en adoptant il y a quelques jours une résolution. L’Office Parlementaire des Choix Scientifiques et Techniques a lancé sur ce sujet une mission. La ville de Paris a quant à elle choisi d’organiser une conférence de citoyens, déjà contesté par certaines associations.

Treize années sont passées depuis la crise de la vache folle, mais notre société n’a pas encore appris à traiter démocratiquement les enjeux liés à l’innovation technologique. A ne pas vouloir prendre au sérieux la démarche de précaution, on court le risque d’accroître la méfiance des citoyens et de faire reculer encore un peu plus l’acceptabilité sociale d’un certain niveau de risque.

Les ingrédients d’une démocratie scientifique et technique réussie sont pourtant connus : une transparence de l’information, une expertise indépendante doublée d’une contre-expertise associative et citoyenne dotée de réels moyens, une mise en débat professionnalisée des enjeux (conférences de consensus, jurys citoyens, …) et une véritable délibération démocratique débouchant sur des décisions en permanence suivies et réévaluées. Il serait temps de s’y mettre.

06.04.2009

Baudelot, Establet : l’élitisme républicain en débat

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Cela fait désormais près de 40 ans de Christian Baudelot et Roger Establet publient ensemble des ouvrages majeurs qui éclairent et nourrissent le débat public. Refusant de céder aux dogmes ou de faire crédit aux idées reçues, ils proposent toujours de revenir aux faits et aux chiffres pour mettre en lumière le réel. Ils posent ainsi les fondations d’une critique sociale qui ouvre un chemin sur lequel la gauche devrait s’engager si elle souhaite construire un projet de conviction et non se limiter à broder sur l’air du temps. Je vous suggère donc de profiter des vacances ou du week-end de Pâques pour lire leur, court, dernier livre « L’élitisme républicain » publiée au Seuil dans la collection « La République des idées ». En guise d’amuse-bouche je vous propose ci-dessous quelques extraits de l’introduction de cet ouvrage.


« Ce livre propose précisément d’examiner les difficultés du système éducatif français à la lumière des enquêtes réalisées par le programme international pour le suivi des acquis des élèves, mieux connu sous le nom de PISA.

Disons-le d’emblée, la plupart des problèmes identifiés par cet exercice de comparaison à grande échelle pointent un même ensemble de causes : l’élitisme républicain de notre école, sa culture du classement et de l’élimination précoce, sa tolérance aux inégalités et à leur reproduction. Sous la carrosserie égalitaire de notre République, c’est une sorte d’aristocratisme inavoué qui fait tourner le moteur. En dépit des politiques de démocratisation entreprises ces dernières décennies (mais souvent inachevées), l’école française est en effet trop et trop tôt sélective. Elle demeure au XXIème siècle otage des idées qui l’ont du naître à la fin du XIXème : distinguer une petite élite sans se soucier d’élever significativement le niveau des autres. Pour certains, peu nombreux, la méritocratie scolaire est une course aux meilleures positions ; pour d’autres, très nombreux, elle se traduit par une relégation rapide et désormais particulièrement coûteuse sur le marché du travail.

Les résultats sont là et ils ne sont pas très brillants : la France, qui a longtemps cru disposer de la meilleure école du monde, fait figure de mauvaise élève dans sa catégorie, celle des pays riches et développés. Non seulement elle compte un taux très élevé de jeunes en échec, mais elle ne parvient pas à fournir des élites assez étoffées pour répondre aux besoins de la nouvelle donne économique. En somme, elle n’est ni juste ni efficace. Pire : dans cette affaire, comme souvent, l’école est à l’image de la société qui l’entoure, une société qui se pense plus juste et plus égalitaire que beaucoup d’autres alors qu’elle est restée, en pratique, élitiste et inégalitaire. […]

Le centre principal de nos difficultés se situe à la base du système : la France n’a pas su se doter d’un véritable tronc commun assurant une formation élevée au plus mauvais élève sortant du plus mauvais de nos collèges. Elle s’accommode d’un modèle qui produit de vastes bataillons d’élèves en échec et une élite trop rare, quand les transformations de l’économie exigent des élites plus nombreuses et des qualifications plus élevées pour l’ensemble de la population. Comme l’ont noté plusieurs observateurs, l’école française est l’une des meilleures du monde … pour une petite moitié de ses élèves, et l’une des plus mauvaises pour l’autre moitié. La France est ainsi le pays du grand écart : si ses élites scolaires font presque jeu égal avec l’excellence internationale, 40% de ses effectifs se situent dans les profondeurs du classement. D’un coté, on tutoie la Finlande et la Corée du Sud, de l’autre, on voisine avec le Mexique et la Turquie.

C’est en s’attaquant à la définition du tronc commun et à l’ambition de l’école obligatoire que l’on se donnera des chances de mettre fin au formidable gâchis de « capital humain » qui caractérise aujourd’hui notre système éducatif. »

02.04.2009

Répondre aux besoins des plus pauvres pour relancer l’activité

La crise économique en cours oblige à reprendre la réflexion sur le développement économique sous des angles radicalement différents. C’est ainsi que les plus hautes autorités défendent désormais l’idée de réorienter les flux financiers vers les exclus du système et y voient « un potentiel de croissance négligé ».

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Cette thèse développée la semaine dernière dans le supplément économie du Monde repose sur quelques idées simples. La croissance passée était fondée sur un endettement croissant qui captait l’épargne des pays émergents pour les orienter vers les pays riches. Dans les pays développés, les inégalités se sont accrus et avec elles la concentration des revenus dans un nombre toujours plus limité de mains. Cette concentration des richesses a alimenté des bulles spéculatives dans l’immobilier et les marchés financiers. L’éclatement de ces bulles spéculatives a détruit des centaines de milliards d’euros de richesse et le cœur de l’économie traditionnelle des grands pays développés va mettre plusieurs années à s’en remettre.

Pour retrouver plus rapidement de la croissance, il faut se tourner vers les populations et les territoires qui avaient été négligés pendant des décennies. Leurs besoins sont immenses, leur permettre d’accéder à la dignité et au bien-être devient la planche de salut de l’économie mondiale.

Cette analyse rejoint les positions défendues par la gauche depuis de nombreuses années. Plutôt que de conforter les revenus élevés pour soi-disant « libérer leur créativité » comme l’a inutilement tenté Nicolas Sarkozy, il fallait au contraire aider les plus défavorisés et soutenir l’activité par la consommation. C’était vrai il y a deux ans, cela l’est plus encore aujourd’hui... et cette orientation est au coeur du plan de relance proposé par le Parti Socialiste.

Ce qui est vrai en France l’est à l’échelon de la planète. Si les pays riches peuvent dépenser des centaines de milliards pour renflouer leurs systèmes bancaires, alors ils ont également les moyens de dégager les quelques dizaines de milliards d’euros qui permettraient de mettre un terme à la faim dans le monde et d’accélérer le développement du Sud. Ils contribueraient ainsi à la fois à une relance mondiale et à la détente des pressions migratoires.

Le second levier pour ouvrir le chemin d’une nouvelle croissance est l’accès au crédit pour toutes celles et ceux qui portent des projets de développement et ne peuvent les mettre en œuvre faute de financement. Dans le monde entier comme dans les quartiers populaires de notre pays, jeunes et moins jeunes regorgent d’idées pour créer leur activité, répondre aux besoins sociaux en donnant naissance à de nouveaux modèles économiques.

La mobilisation de l’épargne populaire par des fonds d’investissements locaux, l’intervention des banques coopératives et mutualistes, ainsi que la généralisation du micro-crédit, pourraient contribuer à libérer ces initiatives. La croissance de demain ne sera pas la même qu’hier et doit en partie reposer sur ces nouveaux acteurs. Ces nouvelles stratégies imposent d’inventer de nouveaux produits, plus économes d’un point de vue tant financier qu’environnemental, et un nouvel esprit d’entreprendre qui limite les profits financiers et priorise les fondamentaux de l’entreprise : rémunérer le travail, innover et investir.

Ces débats ne sont pas théoriques. Ces voies nouvelles sont inventées et expérimentées chaque jour par des acteurs locaux sur l’ensemble dans la planète. Il ne suffit pas de proclamer qu’un autre monde est possible, il faut le construire ici et maintenant.



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