16.06.2009

PS : quelques pistes pour s’en sortir

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La situation du PS est suffisamment sérieuse pour mériter quelques développements. Je me permets donc de vous proposer une note inhabituellement longue que vous lirez, je l’espère, jusqu’au bout et qui ne manquera pas de vous faire réagir. J’espère qu’elle contribuera à donner aux militants socialistes comme aux autres quelques repères et signes d’espoir.

Prenons le temps de la réflexion : la fuite en avant ne sert qu’à masquer nos faiblesses et nos responsabilités.

Depuis dimanche soir, les leaders socialistes agitent de nouvelles solutions miracles. Les uns font des primaires ouvertes la réponse au repli sur lui-même du Parti Socialiste. Je ne suis pas contre. C’est peut-être la seule méthode possible pour déborder les résistances internes au changement. Néanmoins, la période récente montre qu’en l’absence de réelle transformation interne, l’ouverture sur l’extérieur ne dure qu’un temps et que le PS retombe très vite dans ses ornières.

D’autres brandissent la nécessite de construire la « maison commune de la gauche ». Le rassemblement de la gauche est indispensable et doit rester le cœur de notre stratégie ; mais ce n’est pas quand on est faible et divisé qu’on est le mieux placé pour rassembler. Quels sont d’ailleurs les partenaires qui accepteraient ainsi de se mettre en rangs serrés derrière le Parti Socialiste sans autre forme de procès ? Sûrement pas les Verts en tous cas.

D’autres enfin appellent à une refondation totale du PS ou à une rénovation exemplaire. Ces formules font sourire. Elles sont brandies après chaque échec par ceux-là même qui s’efforcent ensuite d’étouffer les tentatives de changement de peur qu’elles ne mettent en cause leur pouvoir.

Non, décidément, ce ne sont pas quelques formules miracles, vite trouvées et vite abandonnées qui donneront une nouvelle jeunesse au Parti Socialiste. Ces gesticulations ne visent qu’à empêcher le débat de fond et l’établissement des responsabilités dans l’échec du PS. Nous avons besoin de temps pour mener jusqu’à son terme une réflexion approfondie.

Il faut tirer un bilan sincère des derniers mois : l’obsession présidentielle et le ratage du congrès de Reims expliquent non seulement la défaite mais le déclin du PS.

La politique a besoin de leader, nul ne le contestera. Au Parti Socialiste, tout le monde pense avoir l’étoffe d’un leader et c’est bien là que le bât blesse. La multiplication des ambitions conduit à celle des coteries, la recherche des accords d’appareil l’emporte sur le débat de fond.
Nous avions pourtant été nombreux à décrire le scénario que nous venons de vivre de nombreux mois avant le congrès de Reims. Les signataires de la contribution des « socialistes de l’Ouest », comme Pierre Moscovici et bien d’autres, avaient défendu une thèse simple : pour permettre une clarification politique, ceux qui pensaient la même chose devaient se retrouver sur la même motion et, puisqu’aucun leader ne s’imposait naturellement, confier à une personnalité non présidentiable la mise en œuvre d’un programme de travail s’appuyant sur une démarche collective. A défaut, les motions se multiplieraient sans raison, les présidentiables compteraient leurs troupes, les alliances les plus absurdes deviendraient possibles, le Parti Socialiste perdrait alors toute crédibilité et s’enfoncerait dans la crise.

C’est bien ce scénario qui s’est développé depuis un an. Les militants ont refusé de départager des motions creuses et souvent proches les unes des autres. La fusée Delanoë s’est écrasée sitôt lancée, Martine Aubry épaulée par les plus vieux courants du PS a surgi de nulle part, un vote truffé de fraudes scandaleuses de part et d’autre n’a pu départager les deux candidates, et quelques jours après le congrès, un texte que personne ne connaît et qui n’a jamais été soumis aux militants a donné naissance à une majorité improbable. Sur ces bases corrompues, la nouvelle direction n’a jamais pu faire redémarrer le navire socialiste.

L’échec des européennes n’est donc pas celui de Martine Aubry, personne n’a d’ailleurs osé le prétendre. Il marque le point final d’une catastrophe politique prévisible et dans laquelle pourtant tous les leaders du PS ont foncé tête baissée. Il est encore temps de se reprendre.

L’enjeu ce n’est pas de prendre le contrôle du PS mais de convaincre les Français. De ce changement de culture dépend notre salut.

Cela paraîtra paradoxal mais la véritable ligne de fracture au sein du PS est là. La grande majorité des dirigeants de notre parti pense que le pouvoir nous reviendra mécaniquement, quand l’impopularité et l’usure du pouvoir auront raison de la droite. Cette culture est ancienne : on l’appelle entre nous la « théorie du balancier ». Elle nous rapportera peut-être un jour la majorité du Sénat mais sûrement pas la victoire aux élections présidentielles.

Pour toute une série de responsables du PS, seules comptent les techniques de prise du pouvoir interne : s’attirer les bonnes grâces des grosses fédérations, passer des accords, briser les personnalités originales, claquemurer le PS rue de Solférino, cultiver l’esprit de boutique d’un parti aux faibles effectifs plus facile à contrôler. Le nombre, la vie, les idées, l’intelligence, leur font peur. C’est cette culture qui a pris le pouvoir au congrès de Reims et qui l’a mené à l’abattoir.

Les élections européennes nous montrent que les Français peuvent choisir à gauche une autre voie que le soutien au PS pour construire l’alternance. Je suis convaincu qu’ils se trompent, que le rassemblement construit par Daniel Cohn-Bendit reste fragile et que les Verts ne sont pas porteurs d’un projet de gouvernement global, cohérent et crédible, susceptible de rassembler une majorité de suffrages dans un second tour.

C’est à nous d’en convaincre les Français. Nous devrions être portés par une seule ambition : construire un projet, organiser le dialogue avec les Français, convaincre, rassembler, et rendre l’espoir à la gauche. Si cet objectif devient le notre, c’est alors la culture politique même du PS qui s’en trouvera chamboulée : chacun prendra conscience que nous ne pouvons créer qu’en valorisant toutes les intelligences, que nous ne pourrons convaincre qu’en étant nous mêmes unis, que nous ne pourrons gagner qu’en additionnant nos forces. Alors le débat sur le leadership deviendra possible même si il ne sera jamais facile.

L’avenir du PS ne passe donc ni par un leader providentiel – on les a déjà tous essayés ! – ni par une réforme institutionnelle miracle. Cet avenir passe par un changement de mentalité et de culture politique, une révolution des esprits, la redécouverte de la fraternité socialiste, du plaisir d’agir ensemble pour nous idées, de la conscience aigue de notre solidarité de destin. C’est cela qui nous permet de gagner localement et qui nous manque crucialement au niveau national.

Les électeurs sont libres et c’est tant mieux, à nous d’être à la hauteur.

Le temps des électorats captifs est terminé et il s’agit d’une bonne nouvelle. Au moment des élections, les citoyens choisissent d’aller ou voter ou pas, de choisir telle offre ou telle autre et ils le font en conscience. La crise de la démocratie est une formule creuse quand la participation est inférieure à 50% pour certains scrutins mais supérieure à 80% pour un autre, et cela dans le même pays et à seulement deux ans d’intervalle.

Le rapport des citoyens à l’élection a changé et nous devons nous adapter. La politique est devenue une question d’offre et non d’identité. Confrontés à un choix, les électeurs peuvent piocher dans un éventail parfois très large en fonction de ce qu’ils perçoivent comme la meilleure réponse à leurs questions. Cela nous oblige à plus de créativité dans la production des idées et dans la manière de s’adresser aux Français.

L’électorat socialiste comprend au moins trois composantes. Une partie des électeurs nous est toujours fidèles, ce qui ne veut pas dire qu’ils ne sont pas critiques. Une autre, souvent issue des milieux populaires, ne se mobilise que si nous savons créer un espoir de changement crédible à leurs yeux, à défaut, ces électeurs là se réfugient le plus souvent dans l’abstention. La troisième composante de notre électorat potentiel est à la recherche d’une offre politique réformiste et ouverte, refuse tout dogmatisme et proclame son attachement à l’Europe, à l’écologie et aux libertés ; critique à l’égard du PS, cet électorat nous abandonne souvent, il nous a largement préféré le Modem en 2007 et Europe Écologie dimanche dernier.

Le défi pour le PS est de s’adresser à ces trois électorats et de les rassembler autour d’un projet progressiste. Les bases de notre projet existent. Je reprendrais volontiers les mots de mon ami Philippe Quéré : « nous voulons la liberté pour tous. Nous voulons contribuer à l’émancipation de chacun ». Pour convaincre, il nous faut d’une part donner une traduction concrète à cette ambition et d’autre part proposer une méthode qui vise à conduire le changement en s’appuyant sur les dynamiques citoyennes et la participation des acteurs eux-mêmes.

Que celles et ceux qui partagent à la fois cette analyse et cette ambition se reconnaissent et se tendent la main. Alors, le renouveau du PS peut être aussi rapide que son déclin.

Commentaires

Globalement d'accord, mais il faudra tout de même un cadre, une procédure, un chemin à suivre, pour mener ce travail, ces échanges, cette réflexion, pour élaborer notre nouvelle vision, notre nouveau discours, notre projet de société et les propositions qui le composeront.

Mais je suis tout à fait d'accord sur l'enjeu de notre culture collective et de la manière dont chacun va commencer par donner dans son engagement, sans penser à recevoir autre chose que la satisfaction d'une dynamique collective, d'une richesse collective, et l'espoir d'une victoire collective !

Ecrit par : Filip | 16.06.2009

Bonjour camarades

ton analyse est tres juste Christophe un declin certain,du a l absence de responsabilite de notre ps de plus en plus eloigne de sa base.

ABSENCE de democratie lors de la designation des candidats aux europeennes, attention aux regionales nous sommes prets de voir plusieurs listes avec l etiquette PS

le renouveau se fera que si nous allons unis dans une meme direction.

pour cela le choix est hyper simple soit: une ligne tres a gauche ou une vision social democrate.

un choix a assurer en eliminant tout rapprochement avec les ecologistes qui n hesiteront pas a rejoindre bientot les theses de sarkosy dont ils peuvent assurer la pereinite alors qu il n ont plus rien a attendre du ps a ce jour.
restez confiants en notre parti c est provoquer le sursaut avant 8 mois...

yves-pierre

Ecrit par : plassard | 16.06.2009

Christophe,
Si je partage une grande partie de ton analyse, je pense qu'elle ne prend pas suffisamment en compte l'évolution démographique de notre pays. La population vieillit et une partie de plus en plus importante du corps électoral est constituée de retraité(e)s, donc de personnes âgées plus préoccupées par le maintien de quelques acquis sociaux dans un monde " à sécuriser".
Nos propositions parlent-elles ( lorsque nous en faisons ) à cet électorat?
D'autre part, je crois que notre parti doit évoluer dans son fonctionnement. Le monde bouge. Les citoyens, bien formatés par les médias, cultivent le culte du chef. Et notre PS, de part son organisation en motions et écuries, attise les ambitions de petits seigneurs. Ne peut-on mettre en place un mode de désignation de notre 1er(e) secrétaire par un scrutin "majoritaire" qui réduirait les textes d'orientation à l'essentiel: ce que nous approuvons au lieu de ce qui existe aujourd'hui à savoir, ce qui nous différencie?

Ecrit par : Pavageau | 16.06.2009

Bonjour,

Assez surpris de voir un peu de remise en question de la part d'un militant PS, j'ai pris le temps de lire votre billet. Je partage un certain nombre de point d'analyse avec vous. Ce qui m'ennuie c'est ce que vous suggérez. D'une part je suis extrêmement surpris que les 12% à gauche du PS ne fasse pas partie des électeurs que vous ayez envie de "toucher" ou de convaincre, preuve s'il en est que le socialisme en a un bon coup dans l'aile... et d'autre part j'ai la bizarre impression que vous ne vous projeter qu'en terme électoral... Le but du PS ne serait-il que de gagner des élections ?

J'ai des ami-e-s militants PS (et même élus locaux ou permanents de votre fédération) et en discutant avec eux ce qui me frappe le plus c'est le renoncement dont il font preuve. En effet je les ai entendu de nombreuses fois se lamenter sur l'incapacité de certains représentants du parti (élus locaux, secrétaire départemental...) à mener une quelconque politique. Quand je leur pose la question du "maintien de l'étiquette PS" à ces élus ou dirigeants, ils me répondent qu'ils sont obligés, que sinon tel canton va être perdu, ou qu'untel est incompétent mais populaire alors on le garde dans nos rangs...

Ce type de position me paraît invraisemblable. Je crois qu'on ne peut pas faire de la politique comme ça, je crois que tant que le PS, fera des comptes d'apothicaire pour maintenir sa boutique au lieu de défendre des positions résolument socialistes, au lieu d'être présent sur le terrain avec les gens qui sont dans la mouise à cause de la politique libérale de la droite (en dehors des périodes de campagnes électorales !), alors le PS n'aura aucune chance de mieux se faire comprendre et donc de mieux se faire élire...

Ce point de vue vaut tant pour l'échelon locale (même si vous semblez le négliger...) que pour l'échelon national.

La politique n'est pas qu'une affaire de communication...

Bon courage parce qu'il va vous en falloir...

Ecrit par : Vincent | 17.06.2009

Bonjour Christophe,
je t'ai écouté lundi au conseil fédéralet je partage tes propos.
Je viens de lire,ce que j'appellerai,en étant simple et sincère avec toi,un schémas directeur de préparation pour un très proche avenir,à condition d'etre entendu et écouté,c'est là le plus important .
Amitié,je rejoind Paris pour le congrès de l''APAJH dès ce matin et je reviens samedi soir.
Bon courage et à bientot.
Philippe NICOLAS

Ecrit par : nicolas philippe | 18.06.2009

Bonjour Christophe,
je n'avais pas visité ton blog depuis plusieurs mois. Ta position sur la réunification de la Bretagne ne m'avait pas convaincu.
Tu me diras que cette question d'organisation territoriale utilisée par SARKOZY à des fins purement tactiques n'est pas essentielle mais là encore tu ne me convaincras pas.
Il me semble que dans une société ouverte comme la nôtre où les identités collectives de masse construites sur l'appartenance à une profession ou à un groupe social (les marxistes préfèreront parler de classe sociale) se sont diluées, il est nécessaire de redéfinir de nouvelles représentations d'une communauté de destin. Ce n'est que grâce à ces nouvelles représentations que l'on pourra construire une fraternité vivante.
Le drame du PS est de ne pas avoir perçu combien sa représentation du monde et partant son discours hérités de la société industrielle sont aujourd'hui caducs.
JAURES comme MITTERRAND avaient une vision de l'histoire de France qui leur permettaient d'inscrire le combat politique des socialistes dans une perspective historique.
C'est cette perspective qui semble aujourd'hui cruellement absente du discours du PS.
Voilà pourquoi SARKOZY a pu tenter de récupérer l'héritage de JAURES sans recevoir un démenti catégorique.
Attention à ne pas se méprendre sur mes propos : je ne pense pas que le renouveau du grand parti de la gauche de gouvernement dont la France a besoin, viendra d'un culte voué au passé et à l'histoire du socialisme.
Je pense au contraire qu'il faut résolument regarder le monde actuel avec toutes ses potentialités nouvelles d'émancipation mais aussi avec toutes ses nouvelles formes d'asservissement.
Le projet des socialistes - c'est à dire de la gauche de gouvernement, européenne, démocrate et réformiste - c'est évidemment celui de l'émancipation de chacun mais c'est d'abord celui de l'émanicipation des "damnés de la terre", c'est le combat pour la dignité des hommes et des femmes les plus faibles de notre société.
Avec le RSA SARKOZY a parfaitement réussi à brouiller les cartes : sa politique n'est pas apparue comme étant uniquement favorable aux plus aisés, ce qu'elle est pourtant globalement.
SARKOZY a depuis longtemps construit une représentation du monde dans laquelle chacun est sensé accéder à sa liberté par ses propres moyens. C'est petit à petit un retour avéré vers l'état de nature où règne la loi de la jungle (dont on sait bien qu'elle profite d'abord aux plus faibles !).
Mais cette politique est aussi conforme aux aspirations d'une grande majorité de la population qui est sensible à l'individualisation du discours politique "à chacun selon ses capactités ou selon son travail".
Si les socialistes n'ont comme seul axe de bataille que la défense de l'Etat et de la puissance publique ou celles des statuts sociaux collectifs, ils ne répondront pas aux aspirations de la population la plus dynamique.
Il faut construire une nouvelle représentation du monde dans laquelle la liberté individuelle réussira à s'épanouir avec et même grâce à celle de l'autre. Face à la société de libre concurrence proposée par la droite il faut opposer le projet d'une société de partenariats dans laquelle une large place serait faite à la coopération librement négociée de préférence à des formes de régulations autoritaires, générales et abstraites.
C'est probablement l'une des clés du succès écologiste qui repose sur une approche à la fois individuelle et collective du progrès sociétal et non pas seulement social.
En tous cas c'est un projet aux antipodes du projet sarkozyste qui repose lui (RSA excepté) sur une philosophie individualiste très classique, laquelle suppose que la recherche par chcun de la maximistaion de son profit individuel permettra d'améliorer le sort de tous.
Voilà quelques réflexions rapides pour un renouveau du PS qui devra s'incarner dans de nouvelles figures.
Alors Christophe, garde-toi des appartchiks et suis ton chemin d'homme libre.
C'est la meilleure contribution que tu puisses apporter au PS et à travers lui à celles et ceux qui ont besoin de la gauche pour défendre leur sort.




écologiste. s'émanciper que dans le respect de l'autre la solidarité
ce projet pourra s'inscrire.
qui sont sensibles aux sirènes sarkozystes du "à chacun selon ses capactités".

Ecrit par : yann gratesac | 18.06.2009

Yann,

Très largement en accord avec tes analyses et grandes lignes de propositions.

Très sincèrement, ces analyses et propositions existent au sein du PS.

Par une étrange alchimie, elles n'émergent pas à la surface du discours du PS, car rien n'émerge à la surface depuis quelques années....

Ecrit par : Filip | 18.06.2009

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