25.07.2009
Pause estivale

Dans l'immédiat je me contenterai de vous livrer un échantillon des livres au hasard de la pile qui se dresse devant moi dans l'espoir de faire partager quelque uns de mes choix.
Au rayon histoire :
- « Mazarin, le maître du jeu », de Simone Bertière (Ed de Fallois). Chaque année qui passe me renforce dans mon intérêt pour les constructeurs des fondations de la France moderne : Louis XIII, Richelieu, Mazarin, et leur tragique précurseur Henri III.
- « Ramon », de Dominique Fernandez (Grasset) et « Alias Caracalla » de Daniel Cordier (Gallimard). Les années 30 et la seconde guerre mondiale me passionnent également et ces deux livres auscultent des trajectoires personnelles paroxystiques de ces temps.
Au rayon roman :
- « D'autres vie que la mienne », d'Emmanuel Carrère (POL) par fidélité à cet auteur dont on ne se détache pas surtout après « Un roman russe ».
- « La route », de Cormac Mc Carthy (Point poche). Comment vivre après l'apocalypse ?
- « Nirvana mode d'emploi » de Upamanyu Chatterjee (Ed Joelle Losfeld) pour plonger dans les paradoxes de l'Inde d'aujourd'hui.
- « Les lumières de Bullet Park » de John Cheever (Le serpent à plume) qui sait si bien mettre à jour les failles béantes de l'Amérique.
Ni biograpphie ni roman, « Alexandre » de Klaus Mann (Solin) sera une découverte sûrement pleine de surprises.
Coté polar m'accompagneront comme souvent les héros de Qiu Xiaolong, Denis Lehane, Jean d'Aillon et Jean-François Parot. Je tenterai également une plongée dans "1974" de David Peace (Rivages).
Je garderai près de moi au cours de cet été trois recueils de poèmes : le « poète d'aujourd'hui » consacré à René-Guy Cadou (Seghers), « Les matinaux » de Réné Char (Gallimard) et une plongée dans la poésie grecque antique proposée par Marguerite Yourcenar dans « La couronne et la lyre » (Gallimard).
Bon été à toutes et tous.
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21.07.2009
La France stagne à 64% de bacheliers : retrouver le chemin d'une ambition pour l'éducation

Le mot d'ordre des « 80% d'une classe d'âge au baccalauréat » lancé en 1984 par Jean-Pierre Chevènement a eu le mérite de mobiliser les énergies pour élargir l'accès du bac au plus grand nombre. En 10 ans, le nombre des bacheliers est effectivement passé 26 à près de 63% d'une classe d'âge, essentiellement grâce à la création des bacs professionnels et au renforcement des filières technologiques. Si l'obsession du chiffre a déclenché de profondes mutations quantitatives, force est de constater que depuis 1984 les enjeux qualitatifs ont été laissés au second plan.
L'effort devrait être aujourd'hui concentré sur les 36% de jeunes qui quittent le système éducatif sans aucun diplôme ou arrêtent au niveau du CAP et du BEP. La mise en œuvre généralisée du bac pro en 3 ans risque d'encore accroître cette proportion en rendant plus sélectif l'accès au bac professionnel. Toutes les études montrent que les racines de l'échec scolaire en France sont profondes puisque c'est dès l'école primaire que les écarts se creusent entre les catégories sociales.
Le redoublement a depuis toujours été la « soupape de sécurité » permettant de prolonger la présence dans le système des élèves en difficulté. La France est une championne mondiale du redoublement, de l'école primaire à l'université. Elle consacre des ressources phénoménales à un dispositif qui a montré son inefficacité pédagogique presque complète et contribue à stigmatiser les jeunes et à les enfermer dans une spirale de l'échec.
Pour sortir de cette impasse et relancer l'ambition éducative je propose 3 pistes de réflexion.
1) L'interdiction du redoublement tout en maintenant dans les établissements les moyens pédagogiques actuels qui seraient progressivement réorientés dans le cadre de l'autonomie de l'établissement vers la pédagogie différenciée et l'enseignement renforcé. Toutes les écoles primaires compteraient au moins un enseignant de plus qu'il n'y a de classes. Cette réforme marquerait la fin du modèle du face à face et la généralisation des enseignants surnuméraires travaillant en équipe en fonction des difficultés rencontrées.
2) Un pilotage global et cohérent de l'offre de formation post bac permettant d'aménager pour tous les bacheliers des parcours d'accès vers l'enseignement supérieur. Le rapprochement des BTS et des DUT, demain largement réservés aux bacheliers professionnels et technologiques, ainsi que la généralisation des années passerelles, permettraient de relancer la promotion sociale vers l'enseignement supérieur.
3) La reconnaissance pleine et entière du rôle de l'université et des lycées comme établissement de formation tout au long de la vie et la définition de nouveaux objectifs: 80% d'une classe d'âge au bac et 50% d'une classe d'âge diplômée du supérieur à l'âge de 30 ans. Le service public de formation continue prendrait ainsi son essors et le droit à la deuxième chance serait reconnu pour tous.
Je ne prétends pas détenir ici des solutions idéales ou abouties mais je propose des points de départ pour une discussion de fonds, autour d'un nouveau projet éducatif pour notre pays qui repose sur les principes du service public et renoue avec l'ambition d'un accès universel à la formation et aux connaissances.
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16.07.2009
Un appel pour refonder l’Université française
Lors des dernières semaines, des hommes et des femmes de gauche ont été amenés à prendre des positions différentes concernant le passage des universités aux compétences élargies.La question qui est désormais posée est de savoir si nous devons au cours des prochains mois nous jeter au visage cette divergence ou, comme le suggère Marcel Gauchet, considérer que "la LRU est d’abord un point de départ à partir duquel les universitaires doivent travailler". Je propose pour ma part de nous engager collectivement sur cette piste...
Pour ceux qui connaissent mal cette question qui peut apparaître assez technique, je rappelle qu’à l’occasion de ce vote en CA de l’université, il s’agissait de savoir si, dans le cadre de la loi "liberté et responsabilité des universités" (LRU), les universités devaient ou pas demander à gérer globalement leur budget ainsi que leurs ressources humaines. Certains rejetaient cette option par refus d’une loi qu’ils avaient combattue. D’autres, dont je faisais partie, malgré leurs réserves sur la LRU et les conditions de mise en œuvre de l’autonomie, pensaient que les universités devaient néanmoins se saisir de ces outils pour disposer de plus grandes marges de manœuvre à mettre au service de leur projet stratégique.
Cet épisode ne clôt pas le débat politique sur l’enseignement supérieur. Flou des missions, absence d’ambition politique nationale, autonomie octroyée sans réels moyens pour en tirer le meilleur parti, faible vision stratégique des établissements... L’université française a besoin de changer pour mieux répondre aux attentes des jeunes et réussir son insertion dans ses différents environnements internationaux, nationaux et régionaux.
Le 16 mai dernier, Le Monde publiait un "Manifeste pour la refondation de l’Université française". Ses premiers signataires n’avaient ni la même sensibilité politique ni la même appréciation sur la LRU. Ils écrivaient : "si des solutions susceptibles de réunir un très large consensus parmi les universitaires et les chercheurs, mais aussi au sein de l’ensemble de la société française, ne sont pas rapidement formulées, la catastrophe culturelle et scientifique sera consommée. […] L’enjeu n’est rien moins que de refonder l’Université française en la replaçant au centre de l’enseignement supérieur." Les auteurs proposaient quatre thèmes de réflexion : la place de l’université dans l’enseignement supérieur, les missions de l’université, les cursus de formation, et la gouvernance, en partageant leurs premières pistes de réflexion.
Je crois cette démarche salvatrice. En effet, les forces progressistes sortent souvent lessivées de leur confrontation avec les réformes sarkozystes. Les plus radicaux s’opposent frontalement mais ne parviennent pas à mettre en échec les projets, laissant leurs troupes amères et parfois démoralisées. Les plus "réalistes" s’opposent mais transigent pour permettre d’avancer et d’explorer de nouvelles pistes. Les uns et les autres finissent par s’affronter sous les regards gourmands de la droite. Le camp progressiste se fragmente à l’infini, et le sentiment s’installe que l’université n’est pas réformable, légitimant parfois des réformes plus agressives encore. Nous devons briser cette spirale infernale pour reconstruire une perspective réformiste et progressiste, à l’université comme ailleurs.
J’espère donc que des universitaires nantais, angevins, et manceaux se saisiront de cette démarche pour prendre à la rentrée des initiatives et structurer ce travail de réflexion. Ils renoueraient ainsi avec l’esprit des Etats généraux de la Recherche qui s’étaient tenus en 2004. Si les élus ne peuvent déclencher ce processus, ils peuvent néanmoins le soutenir et y participer, s’ils sont sollicités. Je souhaite pour ma part que les échanges reprennent et s’intensifient en-dehors des cadres formels de la gouvernance universitaire. Nous avons tant à construire ensemble.
11:34 Publié dans Société de la connaissance | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note
14.07.2009
Alimentation et gamme de prix: vrais et faux amis
Les travaux de l’Observatoire de la Qualité de l’Alimentation (OQALI) créé en 2008 sous l’égide de l’INRA et de l’AFSSA rejoignent ainsi les tests réalisés par la revue. Dans les premiers secteurs étudiés : les biscuits et gâteaux industriels, les céréales pour petit déjeuner et les produits laitiers ultrafrais, les différences de composition nutritionnelle sont plus liés aux familles de produits qu’aux segments de marché.
Ces données nous rappellent que ce sont souvent les mêmes unités de production qui fournissent les grandes marques et les marques distributeur ou d’entrée de gamme, la différence entre les produits se faisant plus sur le packaging et le marketing que sur la qualité des produits eux-mêmes. Les produits bon marché se distinguent néanmoins par le caractère lacunaire de leur étiquetage nutritionnel.
A cette proximité des produits s’oppose la réelle différence entre bio et alimentation conventionnelle. Le magazine TerraEco rappelle dans son numéro de juin que si le prix de l’alimentation bio reste élevée elle renvoie à un mode alternatif de consommation qui privilégie le mode de production et amène à prendre du recul par rapport à l’artificialisation des produits pour au contraire revenir au plus près du produit primaire et retrouver le sens de la préparation des repas.
Bon été gastronomique et à vos fourneaux !...

19:22 Publié dans Demain se décide aujourd'hui | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note
09.07.2009
L’OMC se montre ouverte à une taxe carbone aux frontières
Dans une précédente note, j’avais dénoncé la tentation du protectionnisme européen et souligné qu’il existait une alternative pour réguler les échanges internationaux : s’appuyer sur des normes sanitaires et environnementales, conformes au droit international, et dont la mise en oeuvre impliquerait de meilleures qualifications et conditions de travail pour les salariés et donc une amorce de convergence sociale à l’échelle de la planète. L’OMC apporte du crédit à cette thèse qu’une taxe carbone aux frontières pourrait être compatible avec ses règles.La taxe carbone aux frontières viendrait rétablir un cadre de concurrence équitable entre des pays qui imposent des mesures coûteuses aux entreprises pour réduire les émissions de CO2 et ceux qui ne font rien ou peu.
Le rapport publié le 26 juin souligne que les taxes carbone ou systèmes de quotas d’émission affectent la compétitivité des entreprises touchées et que des mécanismes d’ajustement aux frontières pour rétablir l’équité dans les échanges existent déjà pour les cigarettes, l’alcool, les combustibles,…
Plus important encore, le rapport confirme que le CO2 peut s’ajouter à cette liste en tant que mesure environnementale. En effet, comme je l’ai déjà signalé à de multiples reprises, les membres de l’OMC peuvent adopter des mesures incompatibles avec les règles "normales" de l’OMC si elles sont nécessaires à la protection de la santé et de la vie des personnes et des animaux, ou à la préservation des végétaux (article XX du GATT, toujours en vigueur).
Ainsi, quand un pays a soumis ses entreprises une taxe carbone ou un système de quotas d’émissions, il peut, sans se mettre en contradiction avec les règles de l’OMC, taxer à ses frontières les produits venant d’un pays qui n’impose pas les mêmes contraintes et qui pourrait sans cela pratiquer un dumping contraire à la protection de l’environnement.
Pour conclure, il faut souligner que ce rapport a été élaboré conjointement par l’OMC et le Programme des Nations Unies pour l’Environnement (PNUE). Il s’agit là d’une démarche intéressante car l’OMC n’est pas soumise au droit international produit au sein de l’ONU, dont le PNUE est une agence. Après l’alimentation, l’environnement rejoint ainsi les champs de coopération entre OMC et ONU ; cette logique peut-elle s’étendre par exemple au travail avec le BIT et se généraliser ? Il s’agirait d’une profonde évolution de la régulation du commerce international qui ouvrirait la perspective d’une mondialisation plus respectueuse de la justice sociale et du développement durable. La nécessaire prudence en la matière ne doit pas masquer le petit rayon de soleil qui perce à l’horizon.
08:00 Publié dans Décrypter l'actualité | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
06.07.2009
Les socialistes et la fontaine de l'histoire

Vincent Duclert, philosophe et historien des idées politiques spécialiste de Jean Jaurès, a publié il y a quelques semaines un petit livre provocateur sur la relation qu'entretiennent les socialistes avec leur histoire. Sa thèse centrale est à la fois simple et provocatrice : le mouvement socialiste peut disparaître car il a perdu le sens de son originalité fondamentale ; faute de connaître son histoire et d'en tirer des enseignements, il court le risque de ne plus trouver les ressources nécessaires à un nouveau départ. Le pire pour les socialistes serait de rejeter cette thèse avec dédain et continuer le « business as usual ». Nous devons au contraire avoir le courage de la discuter et d'en faire un point d'appui pour construire notre avenir.
L'analyse que fait Vincent Duclert de l'histoire du mouvement socialiste est assez tranchée. Pour lui, le mouvement socialiste s'est construit comme le triple héritier de la construction républicaine, du mouvement de conquête des libertés individuelles, et du combat social pour l'égalité et la justice. Un mot fédère ces trois sources du socialisme : la dignité humaine. A ses yeux, la force du socialisme vient de l'exemplarité de ses leaders : Jean Allemane, Jean Jaurès, Léon Blum, Pierre-Mendès-France et Michel Rocard, qui ont su rester fidèles, chacun dans leur contexte, à cette inspiration initiale. En mettant cette fidélité au-dessus de la simple lutte pour le pouvoir, ils ont à chaque fois mis la République et la liberté au-dessus du respect des dogmes et des règles de leur camp. On pensera à Jaurès, battu à Carmaux, refusant de devenir député de Paris pour s'engager corps et âmes dans la défense de Dreyfus contre l'avis de Jules Guesde ; à Léon Blum, défendant la liberté de penser contre le centralisme démocratique au congrès de Tours ou, prisonnier de Pétain et des nazis, élaborant « A l'échelle humaine » alors que Paul Faure, dernier secrétaire général de la SFIO, siégeait au Conseil National de Vichy ; ou enfin à Pierre-Mendès France, spolié de la victoire de 1956, démissionnant du gouvernement pour protester contre une guerre d'Algérie dans laquelle s'enfonçait la SFIO de Guy Mollet à la seule fin de garder le pouvoir.
Pour Vincent Duclert, ces symboles de la gauche ont pris le risque d'être rejetés aux marges du mouvement socialiste pour rester en capacité d'en renouveler la doctrine et d'en revivifier le combat. A cette place, ils ont su refuser le conservatisme idéologique pour faire le lien entre le mouvement socialiste, les intellectuels, et les mouvements civiques et sociaux les plus en prise avec les transformations de la société. Chacun d'entre eux a construit son parcours en élevant son niveau d'exigence à la fois sur la vision de la République, la promotion des libertés, et la réinvention du combat pour l'émancipation et la justice sociale.
L'auteur voit dans le Parti socialiste d'aujourd'hui non pas le continuateur de cette histoire mais le simple prolongement de la tradition conservatrice et bureaucratique du socialisme, que seul le génie politique de François Mitterrand a su porter durablement au pouvoir. Il considère le PS comme coupé des intellectuels et de l'ensemble des mobilisations et innovations qui traversent le corps social. Il voit son fonctionnement national comme une machine à broyer les personnalités et à normaliser toutes les originalités. Il explique le gouffre entre la dynamique locale du Parti socialiste et ses réalités nationales par son incapacité à penser son rôle historique et à l'inscrire dans une tradition d'éthique, d'engagement personnel et de créativité collective.
Le trait est forcé. Comme tout pamphlet, ce livre pèche par sa tendance manichéenne à opposer le camp des bons et celui des méchants. Les intellectuels et les personnalités de grande qualité existent au PS, les tentatives de rénovation ont été nombreuses, notre parti n'est pas sourd au mouvement social et aux mobilisations qui se construisent à ses marges. Ségolène Royal et Martine Aubry incarnent, chacune à leur manière, une tentative de repenser l'actualité du projet socialiste. La rapidité avec laquelle naissent et déclinent les astres de la galaxie socialiste est à la fois un signe de fragilité et de « plasticité » qui infirme l'idée d'un parti immobile et figé à jamais.
Plusieurs éléments donnent néanmoins du crédit à la thèse de Vincent Duclert et justifient qu'elle soit prise au sérieux. Le déclin de la culture politique et historique au sein du PS est réel. Un parti qui perd le sens de son identité et de son histoire perd pied dans un environnement en rapide transformation et face aux attaques d'une droite qui s'emploie à brouiller tous les repères. L'offre politique des socialistes reste trop faible et trop floue ; son peu de lisibilité déconcerte le « peuple de gauche » qui continue pourtant majoritairement de voir dans le PS le seul espoir de changement. On attend toujours la personnalité qui saura proposer une vision forte de la République, des libertés et de la question sociale, à laquelle il faut aujourd'hui ajouter la question écologique, en étant à la fois fidèle à notre histoire et pleinement ancrée dans les enjeux d'aujourd'hui.
Le PS reste effectivement largement coupé des intellectuels et du mouvement social. Quels que soient les efforts ponctuels mis en œuvre à Solferino, les règles et fonctionnement et la forme organisationnelle du PS rendent difficile un dialogue ouvert, constructif et productif avec l'extérieur. J'ajouterais, pour ma part, un point que Vincent Duclert n'aborde pas : le PS ne parvient pas à penser l'articulation entre les différents niveaux de gouvernement du local à l'international en passant par le national et l'Europe ; les tentations récentes de retour aux logiques nationales et protectionnistes sont stériles et constituent un signe évident de cette crise de la pensée.
Comme souvent dans ce cas, le livre de Vincent Duclert offre peu de perspective pour sortir de l’impasse politique qu'il décrit. Le retour à l'histoire ne se suffit pas à lui-même. L'appel implicite à la reconstruction du socialisme par les « marges » et le développement de nouvelles dissidences n'est pas convaincant. Jaurès ou Blum ont eu à cœur de construire l'unité des socialistes et, sans rien céder de leur identité et de leur conviction, de réussir les compromis nécessaires pour construire une démarche collective et durable.
C'est l'absence de personnalités de cette trempe qui a conduit aux déchirements du dernier demi-siècle et explique l'atonie d'aujourd'hui. Je ne crois pas à l’homme providentiel. Blum et Jaurès se sont d’abord imposés à travers leur capacité à inscrire la pensée socialiste dans le réel pour rendre crédible un espoir de changement. C’est le travail sur le projet et sur l’offre politique qui fera le renouveau du socialisme, mais dans la société d’aujourd’hui, on ne peut plus dissocier construction du projet, exemplarité des pratiques et force d’incarnation individuelle ou collective.
Demain comme hier, c'est de l'intérieur du mouvement socialiste que peut venir le renouveau le plus profond et le plus rapide de la gauche. Je veux en tous cas croire à ce scénario et y consacrer encore une partie de mon énergie.
Vincent Duclert, La gauche française devant l’histoire. A la reconquête d’une conscience politique, Seuil
09:36 Publié dans A la une : que faire du PS ? | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note
04.07.2009
PS : chacun chez soi… chacun pour soi ?

"Le PS à l'état primaires" souligne que le débat sur les primaires se saurait compenser le vide des idées, c'est l'offre politique qui fait le succès et non la mécanique de désignation. "Le désert des quadras" étrille avec férocité mais justesse le grotesque de la course à la désignation lancée par des quadras déjà vieillissants incapables de proposer un projet original. Cela me fait penser à une - vieille - chanson de Goldman: "Has been avant d'avoir été d'est un peu dur, ma vie tout l'monde aurait si bien pu s'en passer". Enfin dans "PS : chacun chez soi… chacun pour soi ?", Laurent Bouvet dénonce la multiplication des clubs et écuries présidentielles qui témoignent de la fragmentation et de la perte de substance du Parti Socialiste. Au moment où l'urgence devrait être pour chacun de réinvestir les débats du Parti Socialiste, les uns comme Valls lancent leur petite officine en tirant à boulet rouge sur la direction, et d'autres comme Hollande prennent de la "hauteur" en ayant un mot aimable pour la première secrétaire trop affaiblie pour mériter d'être attaquée.
On me rétorquera que ces analyses en forme de brulot ne font elles-même pas avancer le renouveau du socialisme. Peut-être, mais elles font du bien, elles montrent qu'un grand nombre de militants, d'élus, d'intellectuels, refusent qu'après la cuisante défaite des européennes, le petit jeu politicien reprenne comme si de rien n'était. Il est sain de dénoncer la médiocrité de la vie nationale de notre parti. Il est des temps où devient nécessaire de faire de la politique "à coup de marteau".
10:00 Publié dans A gauche et au PS, A la une : que faire du PS ?, Coup de coeur, coup de gueule | Lien permanent | Commentaires (5) | Envoyer cette note
03.07.2009
La France doit-elle dépenser plus pour l'enseignement supérieur ?
La Note relève trois faits intéressants. D'abord le faible niveau de dépense par étudiant en France : en général 2% du PIB dans l'OCDE contre 1,3% en France. Le deuxième fait c'est le faible taux d'obtention d'un diplôme à l'issue d'une formation supérieure : seule l'Italie est vraiment derrière nous dans les pays de l'OCDE.
Enfin le troisième élément c'est le rapport entre dépense par étudiant et croissance économique. Selon la Note, "tous les pays ayant un PIB par habitant supérieur à celui de la France présentent également des dépenses par étudiant plus élevées. L'effort consenti accroît la richesse nationale. Ainsi une augmentation des dépenses d'enseignement supérieur de 0,7 point du BIP de la France se traduirait par une croissance potentielle de 0,2 point au bout de 10 ans et de 0,4 point au bout de 15 ans, soit 2 points de PIB en 2017 et 4 à l'horizon 2022". Un argument intéressant au moment où le gouvernement promet d'investir dans la croissance.
Mais pour la Note, "l'accroissement des moyens de financement n'est pas une condition suffisante pour améliorer les performances de l'enseignement supérieur. D'autres facteurs sont aussi importants notamment l'organisation et la qualité de l'offre de formation et la qualité de l'orientation". L'augmentation de la dépense ne suffira pas à améliorer le rendement de l'enseignement supérieur.
On notera un dernier point : s'il y a croissance des dépenses ce ne sera pas du fait d'une croissance du nombre d'étudiants : celui-ci a déjà tendance à diminuer. La Note se garde de le signaler mais on a là une différence notable avec les autres pays développés, d'autant qu'on considère comme enseignement supérieur en France des formations courtes (bac +2) qu ne sont pas toujours comptabilisées dans les autres pays.
Si la croissance économique dépend du taux de diplômés du supérieur, l'augmentation du nombre d'étudiants et de ce taux dépend en partie de l'enseignement supérieur, mais en partie aussi de la capacité du système éducatif de base à se démocratiser. Car les étudiants supplémentaires dont l'économie pourrait avoir besoin ne seront pas trouvés dans les classes favorisées où déjà le taux d'accès au supérieur est très fort. Ils ne pourront être trouvés que dans les milieux défavorisés. C'est notre capacité à hisser jusqu'au supérieur les enfants issus des milieux ouvriers et issus de l'immigration qui sera déterminante.
L’enjeu politique majeur est donc celui d’une mobilisation rapide et massive pour réussir la démocratisation du système éducatif et celui de l’accès à l’enseignement supérieur. Il n’est pas de projet politique qui soit plus fédérateur, aussi essentiel à la fois pour l’épanouissement des jeunes, pour la justice sociale, et pour l’efficacité économique.
20:41 Publié dans Société de la connaissance | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note



