22.10.2009

Un milliard d’affamés

73577336_f51d0f7df8.jpg Le vendredi 16 octobre marquait la journée mondiale de l’alimentation. Deux jours plus tôt, l’Unicef s’était déclaré profondément préoccupé par le nombre croissant d’enfants affectés par la faim et la sécheresse dans la Corne de l’Afrique : en 2009, ce sont environ 500 000 enfants de moins de cinq ans qui souffriront de malnutrition sévère. Par ailleurs, selon l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture, le nombre de personnes qui souffrent de la faim devrait dépasser le milliard cette année.

La communauté internationale s’était engagée à réduire le nombre de personnes qui souffrent de la faim à moins de 420 millions d’ici à 2015. Mais cet objectif ne pourra plus être tenu, car les causes structurelles multiples expliquant cette situation se sont aggravées : conflits entre pays, guerres civiles, désorganisation des systèmes agricoles… sans oublier les conséquences de la récession mondiale. Car si les prix agricoles ont baisé après la flambée de 2007 et 2008, ils restent encore bien plus élevés qu’il y a quelques années.

A ceci s’ajoute une chute vertigineuse des investissements étrangers dans les pays en développement (-32% par rapport à 2007) et de l’aide publique au développement (-25% par rapport à 2007 pour les 71 pays les plus pauvres). Pour ces pays, le coût de l’accès au financement s’est accru en même temps que les débouchés commerciaux se réduisaient. Non seulement les générations actuelles sont privées d’une partie de leurs maigres revenus mais ce sont aussi les chances des générations futures d’avoir une vie meilleure qui se trouvent amoindries …

Alors que les pays riches se concentrent sur leurs propres difficultés et que les banques recommencent à distribuer de faramineux bonus grâce à une politique fiscale lamentable, la FAO appelle à "une assistance immédiate pour éviter une aggravation de la situation", car ces bouleversements ont eu "des effets dévastateurs sur la plupart des populations pauvres dans le monde" qui pèseront sur le développement ultérieur de ces pays (à savoir : travail des enfants, émigration segmentée et vente d’actifs comme le bétail).

Cependant, il faut être conscient que l’assistance et l’injection monétaire dans des systèmes ravagés ne ferait que réduire le choc. Il faut aller plus loin. Des changements structurels s’imposent pour assurer durablement une hausse de la production vivrière : infrastructures commerciales, régulation des prix de vente, modernisation agricole, aide aux petits producteurs... La question de la gouvernance reste incontournable pour permettre des solutions durables au problème de la faim. L’aide internationale doit être un outil pour alimenter les populations et non pour alimenter les comptes en banques des guérillas.

Agrimonde.gif Des pistes concrètes existent pour progresser rapidement. Les chercheurs du programme Agrimonde ont développé deux scenarii pour nourrir la planète en 2050 qui compterait alors près de 40% de population supplémentaire. Après avoir reconstitué les quantités de nourriture produites entre 1961 et 2003, ils ont construit un outil utilisable pour chaque pays, exprimé en kilocalories, qui propose deux options. La première privilégie les rendements sans se soucier de l’écologie et permet de produire 3588 kilocalories par jour et par habitant de la planète, dont 834 d’origine animale. La deuxième option propose un développement écologiquement intensif sur la base d’une consommation de 3000 kilocalories par jour et par personne, dont 500 seulement d’origine animale. Ce scénario supposerait que les pays développés révisent leur régime alimentaire pour diminuent leur consommation d’un quart et permettre ainsi d’augmenter d’autant celle de l’Afrique sub-saharienne.

Le programme Agrimonde rappelle aussi deux choses fondamentales. D’une part, il est nécessaire de réduire fortement les gaspillages, estimés à 800 kilocalories par habitant et par jour. D’autre part, il est indispensable d’établir une régulation des échanges internationaux de produits agricoles et alimentaires afin de protéger le développement des agricultures locales.


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