11.11.2009
Carte scolaire : la "simple ânerie"

"Le rapport de la Cour des Comptes sur l'assouplissement de la carte scolaire confirme que cette politique est néfaste. Quelle autre solution peut-on proposer ? Le rapport de la Cour des Comptes sur la politique de la ville, remis au Sénat le 3 novembre, analyse l'évolution des collèges depuis "l'assouplissement de la carte scolaire" voulu par le président de la République. Il montre que la ghettoïsation des établissements difficiles s'est accentuée. Sur 254 collèges ambition réussite, écrit Le Monde, 186 ont perdu jusqu'à 10% de leurs élèves. Essentiellement les moins pauvres. A Paris, le rectorat a inventé l'expression "collège dépressionnaire" pour désigner ces établissements d'une façon tristement éloquente.
Des effets déjà connus. A vrai dire, l'analyse de la Cour des Comptes avait déjà été faite il y a plus d'un an. Les inspecteurs généraux Jean-Pierre Obin et Christian Peyroux avaient remis à X. Darcos un rapport qui annonçait cette dégringolade. "Dans la plupart des départements visités", écrivaient-ils, "la question de la survie de certains collèges est ouvertement posée… C'est aux deux extrémités de la hiérarchie des établissements que la mixité sociale est mise le plus rudement à l'épreuve : dans les établissements les plus convoités, il y a peu d'élèves de condition modeste ; dans les collèges les plus évités, ce sont les catégories favorisées qui ont disparu." Ils posaient le diagnostic de la survie de ces établissements.
Double ânerie. Pour toute réponse, X Darcos s"était contenté de qualifier de "double ânerie" les conclusions du rapport des deux inspecteurs. Luc Chatel est plus aimable et annonce la publication d'un rapport interne à la fin de cette année.
Que faire ? L'ancienne carte scolaire avait montré ses limites. Elle n'avait pas réussi à lutter contre la ghettoïsation. Mais, inversement, les pays qui pratiquaient la liberté de choix totale (la Belgique, l'Angleterre) sont en train d'instaurer des règles. C'est cette gestion régulée que préconisait aussi Nathalie Mons, dans un article écrit pour le Café. "Tout dépend de la façon dont est conduite la réforme de la carte scolaire" écrivait-elle. "La recherche que j’ai menée sur les politiques de libre choix de l’école montre que dans les pays de l’OCDE il existe deux grandes voies de réforme de la sectorisation classique. Dans un premier cas, que j’ai appelé « le libre choix total », les familles choisissent l’école de leurs enfants et les établissements sélectionnent les élèves qu’ils souhaitent recruter. Il n’y a pas de médiateur entre les parents et le chef d’établissement qui - lorsqu’il est à la tête d’un établissement prestigieux - s’avère être le décideur final… La carte scolaire peut également être réformée selon une seconde logique que j’ai qualifiée de « libre choix régulé ». Dans ces pays, si le choix des parents s’impose comme la règle de base de l’organisation, les inscriptions sont cependant régulées en aval par les autorités locales en charge de l’affectation des élèves". Luc CHatel aura-t-il la volonté et la puissance politique nécessaire pour une politique de rééquilibrage social ? "
Retrouvez le dossier complet de la carte scolaire sur "le café pédagogique".
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04.10.2009
Lutter contre le décrochage universitaire : les pistes du Céreq
On le sait : la majorité des bacheliers poursuivent des études après l'obtention du baccalauréat... Mais en moyenne, 20 % des étudiants quittent chaque année l'université sans diplôme !Pour apporter un début de solution à cette hémorragie, le Céreq a mené une étude permettant de définir quatre profils-types d'étudiants dans ce cas de figure.
Selon le Céreq, il y a donc les « studieux », les « décrocheurs en errance », les « opportunistes » et les « raccrocheurs ».
Ainsi, les « studieux » étaient de bons élèves dans le secondaire, mais n'ont pas réussi à assimiler les méthodes de travail de l'université. Alors qu'ils étaient investis dans les études, ils se rendent compte tardivement de leur non-conformité au « métier » d'étudiant.
Les « décrocheurs en errance » sont encore plus en difficulté, avec des parcours d'essais et d'erreurs répétitifs. Ayant généralement changé d'orientation à plusieurs reprises et expérimenté le marché du travail, « leur sortie de l'université semble contrainte, ils la justifient notamment par le fait de ne plus pouvoir s'inscrire. »
Les « opportunistes » ont en revanche bien intégré la nécessité d'insertion, et décident de trouver tout de suite un emploi. Leur investissement en cours d'études dans des activités professionnelles ou associatives a provoqué autant d'occasions de s'évader du monde universitaire. Mais cette insertion souvent rapide se fait malheureusement au prix d'un certain déclassement.
Enfin, les « raccrocheurs » sont ceux qui quittent l’université pour s'inscrire rapidement dans une formation professionnelle : attachés à l'obtention d'une certification, ils cherchent souvent un diplôme par la voie de l'alternance. « La lassitude provoquée par les échecs semble être la cause de leur sortie précoce (…). Moins dépendants des verdicts scolaires que les jeunes studieux, ils semblent plus réactifs et autonomes dans la recherche de solutions. »
Tous ces « décrocheurs » ont plusieurs points en commun : ils ont souvent choisi l'université par élimination successive, de manière passive, et ils se sont peu questionnés sur leur orientation. De plus, le Cereq insiste sur leurs difficultés à s'approprier le « métier » d'étudiant, c'est à dire les codes (explicites et implicites) de l'université, notamment en ce qui concerne les attentes des enseignants sur les formes que doit prendre le travail d'approfondissement des cours.
En guise de piste, le Céreq propose d'anticiper ces sorties sans diplôme en repérant et en accompagnant les étudiants en position sensible, notamment grâce au tutorat et à l'orientation active... Encore faut-il que les critères soient opérationnels, puisque selon le territoire ou la spécialisation d'une université, le public concerné est plus ou moins sensible aux différentes difficultés qui se présentent à l'université.
Ces données existent, elles retracent une réalité qui doit être mise au cœur du débat universitaire. La formation de masse à bac+3 correspond à la fois à une nécessité de la société de la connaissance et à une forte demande des jeunes et des familles. Construite pour accueillir une minorité de jeunes, l’université doit profondément se transformer pour faire face à ce défi. Encore trop souvent choisie par défaut, elle ne peut rester la variable d’ajustement des formations post bac.
Toute réponse sérieuse à la massification de la formation à bac+3 repose sur une approche globale et coordonnée de l’offre de formation des BTS, classes préparatoires, IUT, licences universitaires dont les licences professionnelles. Permettre un choix éclairé, accompagner les jeunes de manière individualisée, fluidifier les parcours et les réorientations, ces questions restent largement devant nous...
Depuis plusieurs années, les universitaires se mobilisent pour mieux accueillir les jeunes et mieux les aider à réussir. Leurs efforts n’auront de sens que dans le cadre d’une véritable politique nationale de pilotage des formations post-bac. Il conviendra également de clarifier la commande politique : s’agit-il de former massivement au niveau L sur le modèle unique de la formation initiale sous statut scolaire ou de combiner cette voie avec l’alternance (dont l’apprentissage) et la formation continue ? L’université souffre aujourd’hui de l’absence de réponse collective à ces questions.
07:08 Publié dans Société de la connaissance | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
23.09.2009
Penser demain : l’éducation face au désengagement de l’Etat
Alors que l'on parle beaucoup du rapport Stiglitz qui remet en cause le PIB comme indicateur de la qualité de vie, il n'est pas inutile de regarder justement ce que l'on fait de ce PIB.Et en matière d'éducation, il n'y a pas de quoi applaudir...
Contrairement au discours officiel, la part du PIB consacrée à l’éducation se réduit sous les gouvernements successifs de droite.
En effet, rapporté à la richesse produite, l'effort de la France dans le domaine éducatif s'est encore réduit en 2007 : il ne représente plus que 6,6% du PIB contre 7,6% en 1995. Cela fait maintenant près de 15 ans que la priorité à l’éducation est devenue lettre morte dans notre pays.
Certes, les dépenses ont progressé, passant de 111 milliards en 1995 à 125 milliards en 2007 (inflation déduite), mais moins que la richesse nationale. L'Etat, qui prenait en charge 71,8% de la dépense nationale d'éducation en 1980, n'en représente plus que 62%. Soit 79,7 milliards avant pour 77,5 milliards maintenant...
Cette évolution porte la trace des différentes lois de décentralisation qui ont donné aux départements et aux régions des compétences nouvelles importantes. Le retrait de l’Etat oblige les collectivités à prendre en charge les rattrapages nécessaires, par exemple pour les personnels techniques des collèges et des lycées, ou à se substituer à l’Etat dans des domaines qui sont toujours de sa compétence comme l’équipement informatique et sa maintenance.
Le retrait de l’Etat pèse fortement sur les familles. Est-il logique que l’investissement dans la formation des jeunes soit progressivement renvoyé vers la sphère privée ? Au moment où les familles sont cruellement touchées par la crise et le chômage, elles ont au contraire besoin du soutien de la puissance publique.
La France n’a pas compris l’enjeu de la société de la connaissance. L’élévation du niveau de formation est nécessaire pour construire une société plus ouverte et plus créative, capable d’inventer des réponses nouvelles face à la mondialisation et au défi du développement durable. Non seulement la France se détourne de l’investissement dans l’éducation, mais elle persiste à concentrer ses moyens dans les filières les plus élitistes. L'Etat dépense 14 000 euros pour un élève de classe prépa, mais seulement 9000 euros pour un étudiant de l'université. Retrouver une ambition collective qui s’adresse à tous, tel est le défi que la gauche doit relever en matière de politique éducative.
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06.09.2009
Le Vatican, puissance universitaire française ?
Le Vatican doit-il détenir le pouvoir de permettre à des établissements privés français de délivrer des diplômes d’enseignement supérieur sans contrôle des pouvoirs publics ?Telle est la question posée par l’accord signé entre la France et le Vatican en avril 2009. Cet accord reste flou et difficile à interpréter mais laisse planer une lourde menace sur la cohésion de l’enseignement supérieur français et sur la laïcité, valeur centrale du pacte républicain...
Cet accord permet, dans le cadre de la législation européenne, la reconnaissance en France des diplômes délivrés par le Vatican en tant qu’Etat souverain. Il couvre y compris la délivrance de diplômes dont l’enseignement se déroule non pas au Vatican mais dans des établissements privés français qui ont passé des accords avec cet Etat.
La reconnaissance en France de diplômes délivrés au Vatican ne soulève pas de problèmes. La reconnaissance en France de diplômes délivrés par le Vatican à l’issue d’une formation qui se déroule en France dans un établissement privé mais relevant de disciplines étroitement liées à la vie de l’Eglise catholique comme par exemple le droit canon, peut se comprendre.
Mais si le Vatican confère un grade universitaire à des formations en histoire ou en mathématiques organisées par des universités privées en France, alors on organise un système universitaire parallèle, qui concurrencera directement les universités publiques, et cela sans aucun contrôle public. On voit bien dans ce dossier un nouveau témoignage du projet politique porté par Nicolas Sarkozy qui a contesté le principe même de la laïcité et s’est mis au service de l’Eglise au détriment de toutes les traditions républicaines.
Le paradoxe dans ce dossier est que cet accord ne répond à aucune demande, à aucun besoin, y compris des universités catholiques. Pour prendre l’exemple des Pays de la Loire, l’ensemble des masters (bac +5) délivrés par l’Université Catholique de l’Ouest le sont dans le cadre de conventions avec l’Université publique d’Angers ou avec celle de Nantes. L’offre de formation de l’UCO a donc été intégrée dans l’offre de formation publique, permettant ainsi d’assurer la cohérence de celle-ci, dans le respect de l’identité et de la spécificité de cet établissement. Les personnels et la précédente direction de l’UCO approuvaient ce dispositif et se méfiaient à juste titre d’une intrusion du Vatican susceptible de mettre les universités catholiques françaises sous une tutelle encore plus forte.
Je défends le principe d’une reconnaissance et d’une valorisation de l’ensemble de l’enseignement supérieur dans sa diversité, mais à la condition de structurer les réseaux d’acteurs et l’offre de formation autour des universités publiques. Dans ce dossier, une clarification est nécessaire et je l’attends notamment du Conseil d’Etat. Un rôle du Vatican dans l’organisation des formations canoniques délivrées par les universités catholiques ? Pourquoi pas… L’institutionnalisation d’un système parallèle d’enseignement supérieur sous tutelle étrangère et sans contrôle public ? Pour moi, la réponse est non.
07:51 Publié dans Société de la connaissance | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note
21.07.2009
La France stagne à 64% de bacheliers : retrouver le chemin d'une ambition pour l'éducation

Le mot d'ordre des « 80% d'une classe d'âge au baccalauréat » lancé en 1984 par Jean-Pierre Chevènement a eu le mérite de mobiliser les énergies pour élargir l'accès du bac au plus grand nombre. En 10 ans, le nombre des bacheliers est effectivement passé 26 à près de 63% d'une classe d'âge, essentiellement grâce à la création des bacs professionnels et au renforcement des filières technologiques. Si l'obsession du chiffre a déclenché de profondes mutations quantitatives, force est de constater que depuis 1984 les enjeux qualitatifs ont été laissés au second plan.
L'effort devrait être aujourd'hui concentré sur les 36% de jeunes qui quittent le système éducatif sans aucun diplôme ou arrêtent au niveau du CAP et du BEP. La mise en œuvre généralisée du bac pro en 3 ans risque d'encore accroître cette proportion en rendant plus sélectif l'accès au bac professionnel. Toutes les études montrent que les racines de l'échec scolaire en France sont profondes puisque c'est dès l'école primaire que les écarts se creusent entre les catégories sociales.
Le redoublement a depuis toujours été la « soupape de sécurité » permettant de prolonger la présence dans le système des élèves en difficulté. La France est une championne mondiale du redoublement, de l'école primaire à l'université. Elle consacre des ressources phénoménales à un dispositif qui a montré son inefficacité pédagogique presque complète et contribue à stigmatiser les jeunes et à les enfermer dans une spirale de l'échec.
Pour sortir de cette impasse et relancer l'ambition éducative je propose 3 pistes de réflexion.
1) L'interdiction du redoublement tout en maintenant dans les établissements les moyens pédagogiques actuels qui seraient progressivement réorientés dans le cadre de l'autonomie de l'établissement vers la pédagogie différenciée et l'enseignement renforcé. Toutes les écoles primaires compteraient au moins un enseignant de plus qu'il n'y a de classes. Cette réforme marquerait la fin du modèle du face à face et la généralisation des enseignants surnuméraires travaillant en équipe en fonction des difficultés rencontrées.
2) Un pilotage global et cohérent de l'offre de formation post bac permettant d'aménager pour tous les bacheliers des parcours d'accès vers l'enseignement supérieur. Le rapprochement des BTS et des DUT, demain largement réservés aux bacheliers professionnels et technologiques, ainsi que la généralisation des années passerelles, permettraient de relancer la promotion sociale vers l'enseignement supérieur.
3) La reconnaissance pleine et entière du rôle de l'université et des lycées comme établissement de formation tout au long de la vie et la définition de nouveaux objectifs: 80% d'une classe d'âge au bac et 50% d'une classe d'âge diplômée du supérieur à l'âge de 30 ans. Le service public de formation continue prendrait ainsi son essors et le droit à la deuxième chance serait reconnu pour tous.
Je ne prétends pas détenir ici des solutions idéales ou abouties mais je propose des points de départ pour une discussion de fonds, autour d'un nouveau projet éducatif pour notre pays qui repose sur les principes du service public et renoue avec l'ambition d'un accès universel à la formation et aux connaissances.
00:33 Publié dans Société de la connaissance | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note
16.07.2009
Un appel pour refonder l’Université française
Lors des dernières semaines, des hommes et des femmes de gauche ont été amenés à prendre des positions différentes concernant le passage des universités aux compétences élargies.La question qui est désormais posée est de savoir si nous devons au cours des prochains mois nous jeter au visage cette divergence ou, comme le suggère Marcel Gauchet, considérer que "la LRU est d’abord un point de départ à partir duquel les universitaires doivent travailler". Je propose pour ma part de nous engager collectivement sur cette piste...
Pour ceux qui connaissent mal cette question qui peut apparaître assez technique, je rappelle qu’à l’occasion de ce vote en CA de l’université, il s’agissait de savoir si, dans le cadre de la loi "liberté et responsabilité des universités" (LRU), les universités devaient ou pas demander à gérer globalement leur budget ainsi que leurs ressources humaines. Certains rejetaient cette option par refus d’une loi qu’ils avaient combattue. D’autres, dont je faisais partie, malgré leurs réserves sur la LRU et les conditions de mise en œuvre de l’autonomie, pensaient que les universités devaient néanmoins se saisir de ces outils pour disposer de plus grandes marges de manœuvre à mettre au service de leur projet stratégique.
Cet épisode ne clôt pas le débat politique sur l’enseignement supérieur. Flou des missions, absence d’ambition politique nationale, autonomie octroyée sans réels moyens pour en tirer le meilleur parti, faible vision stratégique des établissements... L’université française a besoin de changer pour mieux répondre aux attentes des jeunes et réussir son insertion dans ses différents environnements internationaux, nationaux et régionaux.
Le 16 mai dernier, Le Monde publiait un "Manifeste pour la refondation de l’Université française". Ses premiers signataires n’avaient ni la même sensibilité politique ni la même appréciation sur la LRU. Ils écrivaient : "si des solutions susceptibles de réunir un très large consensus parmi les universitaires et les chercheurs, mais aussi au sein de l’ensemble de la société française, ne sont pas rapidement formulées, la catastrophe culturelle et scientifique sera consommée. […] L’enjeu n’est rien moins que de refonder l’Université française en la replaçant au centre de l’enseignement supérieur." Les auteurs proposaient quatre thèmes de réflexion : la place de l’université dans l’enseignement supérieur, les missions de l’université, les cursus de formation, et la gouvernance, en partageant leurs premières pistes de réflexion.
Je crois cette démarche salvatrice. En effet, les forces progressistes sortent souvent lessivées de leur confrontation avec les réformes sarkozystes. Les plus radicaux s’opposent frontalement mais ne parviennent pas à mettre en échec les projets, laissant leurs troupes amères et parfois démoralisées. Les plus "réalistes" s’opposent mais transigent pour permettre d’avancer et d’explorer de nouvelles pistes. Les uns et les autres finissent par s’affronter sous les regards gourmands de la droite. Le camp progressiste se fragmente à l’infini, et le sentiment s’installe que l’université n’est pas réformable, légitimant parfois des réformes plus agressives encore. Nous devons briser cette spirale infernale pour reconstruire une perspective réformiste et progressiste, à l’université comme ailleurs.
J’espère donc que des universitaires nantais, angevins, et manceaux se saisiront de cette démarche pour prendre à la rentrée des initiatives et structurer ce travail de réflexion. Ils renoueraient ainsi avec l’esprit des Etats généraux de la Recherche qui s’étaient tenus en 2004. Si les élus ne peuvent déclencher ce processus, ils peuvent néanmoins le soutenir et y participer, s’ils sont sollicités. Je souhaite pour ma part que les échanges reprennent et s’intensifient en-dehors des cadres formels de la gouvernance universitaire. Nous avons tant à construire ensemble.
11:34 Publié dans Société de la connaissance | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note
03.07.2009
La France doit-elle dépenser plus pour l'enseignement supérieur ?
La Note relève trois faits intéressants. D'abord le faible niveau de dépense par étudiant en France : en général 2% du PIB dans l'OCDE contre 1,3% en France. Le deuxième fait c'est le faible taux d'obtention d'un diplôme à l'issue d'une formation supérieure : seule l'Italie est vraiment derrière nous dans les pays de l'OCDE.
Enfin le troisième élément c'est le rapport entre dépense par étudiant et croissance économique. Selon la Note, "tous les pays ayant un PIB par habitant supérieur à celui de la France présentent également des dépenses par étudiant plus élevées. L'effort consenti accroît la richesse nationale. Ainsi une augmentation des dépenses d'enseignement supérieur de 0,7 point du BIP de la France se traduirait par une croissance potentielle de 0,2 point au bout de 10 ans et de 0,4 point au bout de 15 ans, soit 2 points de PIB en 2017 et 4 à l'horizon 2022". Un argument intéressant au moment où le gouvernement promet d'investir dans la croissance.
Mais pour la Note, "l'accroissement des moyens de financement n'est pas une condition suffisante pour améliorer les performances de l'enseignement supérieur. D'autres facteurs sont aussi importants notamment l'organisation et la qualité de l'offre de formation et la qualité de l'orientation". L'augmentation de la dépense ne suffira pas à améliorer le rendement de l'enseignement supérieur.
On notera un dernier point : s'il y a croissance des dépenses ce ne sera pas du fait d'une croissance du nombre d'étudiants : celui-ci a déjà tendance à diminuer. La Note se garde de le signaler mais on a là une différence notable avec les autres pays développés, d'autant qu'on considère comme enseignement supérieur en France des formations courtes (bac +2) qu ne sont pas toujours comptabilisées dans les autres pays.
Si la croissance économique dépend du taux de diplômés du supérieur, l'augmentation du nombre d'étudiants et de ce taux dépend en partie de l'enseignement supérieur, mais en partie aussi de la capacité du système éducatif de base à se démocratiser. Car les étudiants supplémentaires dont l'économie pourrait avoir besoin ne seront pas trouvés dans les classes favorisées où déjà le taux d'accès au supérieur est très fort. Ils ne pourront être trouvés que dans les milieux défavorisés. C'est notre capacité à hisser jusqu'au supérieur les enfants issus des milieux ouvriers et issus de l'immigration qui sera déterminante.
L’enjeu politique majeur est donc celui d’une mobilisation rapide et massive pour réussir la démocratisation du système éducatif et celui de l’accès à l’enseignement supérieur. Il n’est pas de projet politique qui soit plus fédérateur, aussi essentiel à la fois pour l’épanouissement des jeunes, pour la justice sociale, et pour l’efficacité économique.
20:41 Publié dans Société de la connaissance | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note
30.06.2009
Une belle brochette
Cette cérémonie vient conclure près de quatre années de gestation parfois difficile mais finalement heureuse. Jacques Auxiette et les maires des trois villes siège des universités ont insisté sur la nécessaire fédération des forces régionales pour être plus visibles et mieux reconnus dans le paysage national et international. Les établissements d'enseignement supérieur et de recherche ont une responsabilité vis à vis de notre territoire qui se mobilise pour relever le défi de la société de la connaissance. Les collectivités locales, de plus en plus sollicitées pour financer tant l'immobilier universitaire que les projets de recherche ou les actions internationales souhaitent conclure un partenariat actif avec le PRES et partager des projets stratégiques. En effet, au-delà de la création d'une institution nouvelle, l'essentiel est de construire une vision stratégique qui ouvre de nouvelles perspectives de développement au bénéfice du monde universitaire et de notre Région.
Le Président du PRES Daniel Martina, Président de l'Université d'Angers, a souligné la nécessité d'ouvrir le PRES à l'ensemble des grandes écoles et centres de recherche aux côtés des fondateurs et des CHU. Il a rappelé les différentes missions du PRES dont certaines sont déjà effectives comme la création d'écoles doctorales régionales et d'autres font l'objet de travaux communs entre les équipes des universités et de l'École Centrale de Nantes s'agissant de formation continue, de valorisation, de politique internationale, etc. Il a également rappelé que tout en construisant son projet régional, le PRES devait dialoguer avec ses voisins et notamment avec "l'Université Européenne de Bretagne" pour gagner encore en pertinence et en efficacité. N'oublions pas que la Bretagne et les Pays de la Loire réunis ne pèsent en matière de recherche pas plus que Grenoble.
Les chercheurs et enseignants-chercheurs sont peut-être encore sceptiques vis à vis de ce projet qui sûrement trop tardé et complique encore leur paysage institutionnel. A eux de s'en saisir pour en faire un outil efficace au service de leurs projets et de leurs ambitions. Je connais la richesse et le potentiel de développement de l'enseignement supérieur et de la recherche en Pays de la Loire. J'attends de cette création un nouvel élan fondateur, une nouvelle aventure collective qui nous portera de la 8-10ème à la 5-6ème place nationale.
20:22 Publié dans Agir dans les territoires, Société de la connaissance | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note
26.05.2009
L’école de la République saignée à blanc

Pour 2010, le gouvernement confirme sa volonté de supprimer 34000 postes de fonctionnaires dont 21000 postes d’enseignants. Darcos prétend que le nombre des enseignants sera ajusté en fonction des besoins constatés mais tel ne sera pas le cas. Pour faire face à l’augmentation des effectifs dans le premier degré, le gouvernement a décidé de redéployer 500 postes d’enseignants détachés pour leur redonner la charge d’une classe.
Que faisaient jusqu’à présent ces enseignants ? Certains contribuaient au développement des langues, d’autres animaient les missions culturelles liées aux musées ou accompagnaient la généralisation de l’usage des technologies de l’information et de la communication dans les écoles.
C’est ici que l’hypocrisie gouvernementale atteint les sommets. Au moment où Darcos fait la pub des premières classes du programme Ecole Numérique, il supprime par dizaines les postes d’enseignants chargés d’accompagner leurs collègues dans la mise en place des nouveaux outils et l’innovation pédagogique.
Dans ma commune de Sainte-Luce-sur-Loire, la municipalité a fait du développement du numérique une de ses priorités et investit fortement dans les écoles. Celles-ci bénéficiaient jusqu’alors de la présence une journée par semaine d’un chargé de mission TICE. Cette présence est remise en cause pour la prochaine rentrée.
Quand l’État se désengage, la commune, elle, renforce son investissement. Pour lutter contre la "fracture numérique", nous avons mis en place en place en partenariat avec l’amicale laïque de Sainte-Luce une opération "coup de pouce informatique" en direction des enfants qui ne sont pas à l’aise avec le numérique ou n’ont pas accès à un ordinateur chez eux.
Mais le volontarisme des élus locaux ne pourra pas compenser le désengagement de l’État. Le changement de politique scolaire est désormais urgent si l’on veut sauver l’essentiel, un changement de ministre n’y suffira pas.
19:18 Publié dans Société de la connaissance | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
07.05.2009
Chômage et niveau de formation : sortir des mythes et affronter la réalité
« On pousse les jeunes à faire trop d’études qui ne servent à rien », « il vaut mieux un bon métier manuel que de s’éterniser dans les études », « l’université, cela ne mène à rien » : ces maximes représentent l’opinion dominante quant au lien qui existe entre formation et accès à l’emploi...Cette opinion majoritaire est pourtant fausse. L’accès à l’emploi s’améliore avec l’élévation du niveau de formation.
Les études longues facilitent l’accès à l’emploi. Cette évidence devrait être reconnue et portée comme une promesse par l’ensemble des responsables publics. Dans les 4 ans qui suivent la sortie de la formation initiale 9% des diplômés de l’enseignement supérieur sont au chômage contre 22% des titulaires de CAP et BEP et 37% des sans–diplômes. Quand on examine l’insertion dans l’emploi entre 5 et 10 ans après la sortie de formation cet écart persiste puisque le taux de chômage des diplômés de l’enseignement supérieur tombe à 5% contre respectivement 12 et 24%.

Ces chiffres globaux marquent évidemment des disparités significatives. Le titulaire d’un BEP dans les métiers de la restauration ou de la métallurgie, métiers qui peinent à recruter, trouvera peut-être plus facilement un emploi qu’un titulaire d’une licence de lettres ou sciences humaines, mais cela reste à prouver. Il faudrait pour affiner cette réflexion disposer de données détaillées par formation ce qui manque encore cruellement en France. Il est vrai également que beaucoup de jeunes qui entrent dans l’enseignement supérieur y connaissent l’échec et que ces jeunes là ont souvent du mal à retrouver le chemin de la formation et de l’emploi.
Les universités et leurs partenaires devraient donc avoir comme priorité absolue de d’améliorer l’orientation, de renforcer l’aide à la réussite en première année, et de généraliser le suivi de l’insertion professionnelle des étudiants. Cela leur permettrait à la fois de rétablir leur image et d’apporter la démonstration de leur efficacité.
Mais nous devons avant tout dénoncer la préférence française pour les études courtes, qui confine à l’obscurantisme. La France est le dernier grand pays développé à raisonner de la sorte. Partout ailleurs, le taux d’accès à l’enseignement supérieur est plus élevé que chez nous. Les transformations de nos sociétés, la montée en puissance de l’économie de la connaissance, l’accroissement de la concurrence internationale, appellent au contraire un renforcement de l’effort de formation supérieure en France.
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